Livre - AgroÉconomicus, manifeste d’agriculture collabor’active

Delphine BISSON

Livre - AgroÉconomicus, manifeste d’agriculture collabor’active
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Après Agronuméricus, Hervé Pillaud signe là son deuxième livre orienté sur la thématique de l'agriculture au cœur des défis d’une société en pleine redéfinition. A paraitre le 8 février prochain.

Nous entrons dans un nouveau cycle de mutation, mais est-ce les nouvelles technologies qui font évoluer la société, ou l’évolution de la société qui capte les nouvelles technologies dont elle a besoin pour mettre en œuvre les mutations profondes qui sont en train de s’opérer ? L’agriculture saura-t-elle épouser ces mutations de la société ? Après avoir adopté le numérique, comment l'agriculture va-t-elle entrer dans l'ère du numérique grâce aux plateformes, aux blockchains et à l'économie collaborative ?

Quelques-unes des questions auxquelles veut répondre Hervé Pillaud dans son 2e ouvrage, Agroéconomicus, qui paraîtra en amont du salon de l’agriculture, le 8 février prochain.

  • L’agriculture va devoir entrer dans l’ère du numérique

Dans mon 1er ouvrage, Agronuméricus internet est dans le pré, j’ai voulu montrer comment le numérique entrait dans l’agriculture, que ce soit dans la gestion des exploitations, la technique, la communication ou encore le conseil et la formation. 

Dans ce 2e essai, je me projette dans l’avenir pour esquisser comment l’agriculture va devoir entrer dans l’ère du numérique. Beaucoup s’accordent à penser que nous sommes à une bifurcation de civilisation comme l’humanité en a peu connu. Le monde est engagé dans toute une série de mutations extrêmement profondes, si profondes qu’elles remettent en question tout notre modèle sociétal patiemment édifié depuis près de deux siècles. L’agriculture n’échappe pas à ces changements, elle en est peut-être même un des prémices ?

  • La « révolution verte » n’est pas le fruit du hasard

De 1880 à nos jours, l’agriculture a vécu une révolution comme aucun autre secteur économique et social n’en a connu : nous sommes passés de plus de 70 % de la population à tout juste 2 %, en multipliant par 10 la productivité. Nous évoluons désormais dans un monde globalisé où les besoins ne sont pas forcément en adéquation avec les capacités de production dans l’espace et dans le temps. S’il s’agit bien d’une révolution verte qui s’est déroulée au cours du XXe siècle, il faut admettre que les révolutions ne tombent pas du ciel ; elles n’apparaissent pas mystérieusement. Elles sont le fruit de conditions particulières, réunies à un moment de l’histoire, où des séries de mutations radicales s’imposent. C’est la rupture, à la fois industrielle et politique, dans le prolongement de 1789, qui a fait muter la société. L’agriculture les a adoptées bien plus tard au gré des migrations des campagnes vers les villes. Elle a su, pour s’adapter, adopter les technologies nécessaires jusqu'à celles du numérique. 

  • Vers une « société du bien commun »

Plateformes et blockchains sont les outils de cette mutation. 

Les plateformes sont des interfaces d’intermédiation ouvertes. « Plateformiser » implique de revoir intégralement le fonctionnement de l’écosystème, que ce soit pour l’entreprise, les institutions ou même la vie de la cité. 

La blockchain va permettre la suppression de tiers de confiance, elle sera génératrice d’économies, d’horizontalisation des process ; de sécurisation de la vie privée. La confiance en sera renforcée parce qu’élargie au réseau : la décentralisation devient protectrice, la gestion des droits plus équitable. 

Nous entrons dans une société de réseaux, plateformes et blockchain en sont les instruments. Nous pouvons apercevoir les contours d’une « société du bien commun » dont plateformisation et blockchain seront les piliers. Ils ne doivent pas être pensés comme une révolution, mais comme les dispositifs d’un monde entré en révolution. La « révolution verte » et le développement des structures agricoles au milieu du XXe siècle se sont fait dans cet esprit de « l’intérêt général » avant d’épouser les contours d’une société urbaine, nationale et industrielle. Au moment où toute une série de disruptions de plus en plus brutales sont en train de devenir les instruments privilégiés de changements sociétaux radicaux, saurons-nous à nouveau nous adapter ?

  • Penser nos réseaux au travers de plateformes et de blockchains

L’agriculture devra intégrer de nouveaux fondamentaux sur le plan environnemental, économique et social. La désintermédiation rendue possible par la blockchain et les plateformes ouvre le champ à de multiples potentialités. Ce futur possible, c’est celui d’un monde plus horizontal où l’agriculture sera partie prenante. Les technologies qui se présentent à nous permettent de mobiliser l’intelligence collective et de rompre avec les logiques pyramidales en œuvre dans nos sociétés. Le principe de coopération sur lequel s’est fondé le développement de l’agriculture devrait reprendre tout son sens, cette fois en y associant un nombre d’acteurs jamais atteint. Il nous faut retrouver nos fondamentaux. Retrouver nos fondamentaux, c’est cultiver le réseau, privilégier le collectif et le collaboratif. L’agriculture est un puzzle de micro entreprises diverses et variées. Le réseau est dans les gènes de l’agriculture et plus globalement du monde rural. Les exemples de réussite en la matière ne manquent pas, ils sont décrits dans le livre. Si les réseaux restent fondamentaux, leur structuration évolue. Nous ne devons plus penser réseaux structurés, mais collaboratifs et maillés. Le temps n’est plus à intégrer les plateformes de mise en réseau dans nos organisations, mais de penser nos réseaux au travers de plateformes et de blockchains. 

Dans les années soixante, nos aînés n’ont eu d’autre choix que de sauter du bocal pour aller chercher une eau plus fraîche et plus nourricière dans un bocal plus grand. Les agriculteurs ont toujours fait preuve d’adaptabilité pour y arriver. C’est à nouveau un véritable saut de grenouille, « leapfrogging » disent les Anglais, que l'agriculture va devoir réaliser dans les années qui viennent. 

"C’est ce que j’ai essayé d’esquisser au travers de cet essai. Si Agroéconomicus est un manifeste, il l’est pour ouvrir les pistes d’un futur possible où l’agriculture n’aura d’autres choix que d’être collaborative et où les agriculteurs seront des acteurs essentiels. Malgré la crise récurrente et la morosité ambiante, je reste résolument optimiste, je sais que nous allons encore une fois réussir ! "

Source Agri85

Publié par Delphine BISSON

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