Maîtrise de la reproduction en élevage allaitant : un impact économique conséquent

Dr Didier GUERIN

Maîtrise de la reproduction en élevage allaitant : un impact économique conséquent

Gestion de la reproduction en élevage allaitant => L’impact de la fécondité sur la rentabilité globale en élevage allaitant est mal connu alors que sa maîtrise peut constituer un levier d’amélioration économique conséquent.

Si les suivis de fécondité en troupeau laitier se sont largement développés, il peut être étonnant de constater que de tels systèmes d’amélioration de la rentabilité en élevage allaitant n’aient pas vu les mêmes succès. Le manque d’éléments de bilan et d’analyse facilement disponibles au niveau de l’éleveur, associé à une sensibilisation insuffisante de l’impact du volet fécondité sur la rentabilité globale de l’élevage ont fortement participé à cette situation. Or, maintenant, des bilans fiables, issues des enregistrements obligatoires effectués par les éleveurs, sont disponibles dans tous les élevages. Cela ouvre ainsi la porte à une analyse rationnelle dans tous les élevages allaitants de la fonction reproduction avec tous les impacts positifs que cela peut engendrer.

Un impact économique à deux niveaux

Le premier effet d’une bonne maîtrise de la reproduction s’évalue en nombre de veaux produits par vache et par an. Ainsi, le seul fait de passer d’un intervalle vêlage – vêlage (IVV) moyen de 370 jours à 380 jours sur 37 vaches équivaut à la perte d’un veau, même si le bon d’équarrissage n’est pas présent ! La productivité numérique, qui intègre cette notion d’IVV moyen associée aux taux de gestation et de mortalité, constitue une notion primordiale à connaître pour tout éleveur. De plus, étant donné que la fonction de reproduction sera la première détériorée lors de toute présence de facteurs de déséquilibre dans l’élevage, de bons résultats sur ce point caractérisent de bonnes situations sanitaires avec toutes les conséquences bénéfiques que cela engendre, notamment en matière économique.

Maîtrise de la reproduction en élevage allaitant : un impact économique conséquent

Une efficacité de la reproduction à mesurer dans chaque élevage

Le nombre de veaux sevrés par vache mise à la reproduction et par an est le critère le plus important, mais il est trop global et ne permet aucune recherche des causes des plus ou moins mauvais résultats. Trois critères plus analytiques permettent de caractériser l’efficacité de la reproduction des troupeaux allaitants : le taux de gestation, l’intervalle entre vêlages (IVV) et le taux de mortalité. Leur détermination suppose un inventaire précis et rigoureux de toutes les femelles mises à la reproduction et de tous les mouvements d’animaux avec leur état de gestation lors du mouvement.

Un taux de gestation supérieur à 92 %

Le taux de gestation  est le seul mode d’expression de la fertilité. Calculé sur une durée de 12 mois variable suivant les troupeaux en fonction des périodes de vêlages, il est égal à la proportion de femelles pleines par rapport au nombre de femelles mises à la reproduction. La valeur seuil généralement retenue se situe à 92 %. Au dessous, on peut considérer que le résultat est mauvais.

Un intervalle entre vêlages inférieur à 370 jours

L’intervalle moyen entre vêlages successifs est l’illustration la plus pratique de la fécondité d’une vache. La moyenne des intervalles entre vêlages (IVV) traduit la fécondité du troupeau. L’objectif étant d’avoir un IVV moyen de l’ordre de 365 à 370 jours. L’objectif est de 365 jours pour les multipares et 370 jours pour les primipares. Le pourcentage de primipares déterminera l’objectif du troupeau. Une moyenne supérieure à 380 jours est le premier indicateur d’infécondité. Cette moyenne est toutefois la résultante de situations très inégales. Elle peut parfois traduire, soit des intervalles individuels longs pour l’ensemble des vaches du troupeau soit des intervalles très longs (supérieurs à 390 jours) sur un certain nombre de vaches. Plus de 10 % des vaches avec des IVV supérieurs à 390 jours constitue un 2ème critère d’alerte.

Un taux de mortalité des veaux inférieur à 5 %

Le taux de mortalité des veaux avant le sevrage viendra compléter ces deux critères pour déterminer le nombre de veaux sevrés par vache mise à la reproduction ou productivité numérique. Ce taux de mortalité doit être inférieur à 5 %.

L’âge moyen au 1er vêlage est un élément complémentaire qui nécessite également une observation car il peut dégager une importante marge de progression économique dans certains élevages et constitue un critère d’image du troupeau.

Maîtrise de la reproduction en élevage allaitant : un impact économique conséquent

Une analyse des résultats pour situer son cheptel et déterminer les éventuelles marges de progression

L’analyse des résultats d’un troupeau à partir des critères ci-dessus peut se faire à l’aide du graphique « Résultats de la reproduction en fonction du taux de gestation et de l’IVV » qui permet de le situer par rapport aux deux seuils retenus. Cette analyse permettra la quantification des pertes et impliquera la recherche des facteurs de risques spécifiques à l’élevage et la mise en place d’un plan de prévention et de lutte adapté à chacun en fonction de ses objectifs.

Des informations disponibles dans tout élevage : le « bilan sanitaire d’élevage » prérempli et le document en annexe du livre des bovins « critères de reproduction »

Chaque campagne, chaque éleveur reçoit, en septembre, le bilan sanitaire d’élevage prérempli fourni par GDS Creuse et, en début d’année, un document d’accompagnement (Critères de reproduction) du livre des bovins fourni par la Chambre d’Agriculture. Ces synthèses sont effectuées à partir des notifications de mouvements. Ainsi, chacun dispose de sa productivité numérique, du nombre de naissances avec leur répartition, des mortalités par classe d’âge, de l’âge de vêlage des génisses, de l’IVV moyen, du nombre de vaches avec un IVV supérieur à 390 jours, du nombre de vaches sans vêlage… et peut donc faire son bilan reproduction et initier l’analyse correspondante.

Le bilan de reproduction, un acte de gestion incontournable

A la fin de chaque campagne, un bilan sera systématiquement réalisé afin d’établir un état des lieux de la situation par période de reproduction. Le troupeau sera positionné par rapport aux différents critères. Toute action préventive repose d’abord sur l’appréciation du degré d’infécondité initiale du troupeau. Il convient de vérifier si elle est le fait de l’ensemble des vaches ou si elle relève d’une situation hétérogène. D’une façon générale, l’analyse vise à identifier les individus qui pénalisent la fécondité globale du troupeau et à rechercher s’ils ont des caractéristiques communes.

La réalisation et l’analyse du bilan de reproduction constituent une base de gestion incontournable pour chaque éleveur en raison des implications économiques et sanitaires directes et indirectes que cela représente. Dans son approche globale du troupeau que chaque éleveur a intérêt à effectuer, sa non-réalisation est d’autant plus dommageable pour les raisons suivantes :

  • Les éléments rationnels de bilan sont disponibles dans les élevages du fait des obligations réglementaires, il suffit de les consulter et les analyser.
  • Des marges de progression existent dans nombre d’élevages.
  • Les implications économiques de l’amélioration en cas de résultats favorables ou du maintien si la situation est favorable sont importantes de manière directe et indirecte.
  • Les moyens de lutte qui découlent de l’analyse sont faciles à mettre en place pour peu qu’une certaine remise en cause de quelques aspects de la conduite de l’élevage sont acceptés d’où l’importance de l’accompagnement et de la pertinence du conseil.
  • L’apport de « sécurité » obtenue s’avèrera très appréciable, notamment, dans les grands effectifs.

Pour répondre aux attentes de l’éleveur qui peuvent être résumées sous l’adage suivant : avoir un troupeau « sain, sûr et rentable », le bilan de reproduction représente une étape indispensable. C’est, de plus, la première étape de la « sanitaire’ attitude ».

Les deux prochains articles évoquerontles causes puis le diagnostic et la prévention de l’infécondité.

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