Marché de Noël : Entre tradition et kitsch, Strasbourg soigne ses touristes

Poupées russes, angelots en plastique et vin chaud: au-delà de la tradition et du kitsch, Strasbourg compte sur son 439e marché de Noël pour attirer les touristes étrangers et générer 160 millions d'euros de retombées financières.

Pour la capitale alsacienne, qui se targue d'organiser la plus ancienne manifestation du genre en France - le « Christkindelsmärik » ou marché de l'enfant Jésus a été créé en 1570 -, l'enjeu économique est de taille. Quelque deux millions de visiteurs sont attendus tout au long du mois, pour une manifestation prolongée cette année jusqu'au 31 décembre à la demande de la municipalité.

Même les trams qui sillonnent l'agglomération ont été placardés de bannières proclamant « Strasbourg, capitale de Noël ». Au total, 300 chalets sont répartis sur 12 sites du centre-ville, déjà très fréquentés en ce début décembre. Au pied des maisons typiques à colombages et de la cathédrale du XVe siècle, les ruelles se sont parées d'une multitude de lumières et autres guirlandes. Et beaucoup d'échoppes, proposant chaussures fourrées, lampes d'ambiance ou figurines en bois, respectent à peu près « l'esprit de Noël » mis en avant par la municipalité qui souhaite éviter toute dérive mercantile.

Pourtant sur la place Broglie, face à la mairie, l'ambiance sous les néons clinquants tient parfois plus de la fête foraine que de la féerie hivernale. « Bien sûr, c'est très commercial. Mais ça fait partie du jeu, on le savait avant de venir », résume en souriant Catherine, une sexagénaire venue spécialement de Saint-Etienne avec ses deux filles adultes pour goûter à l'ambiance alsacienne. Dérive mercantile ou pas, Strasbourg est en tout cas aux petits soins pour les touristes: elle leur a construit des locaux d'accueil chauffés près du parking où les autocars les déversent par centaines. « Nous avons trois heures pour faire le tour, pas de temps à perdre », expliquent Hans et Renate, un couple d'Allemands tout juste débarqués de leur car et qui doivent rentrer le jour même à Nuremberg.

Quelques rues plus loin, Ileanna et Giancarlo, un couple d'Italiens venu de la région de Savone, dégustent une « crêpe au caviar » dans un des petits chalets du « village russe » - la Russie est l'invitée d'honneur de cette édition -. « La ville est très belle et c'est dépaysant », jugent les quinquagénaires qui observent avec curiosité les jeunes femmes russes en tenue traditionnelle, affairées à peindre des poupées gigognes. Dans les rues, sur les chalets, les pères Noël sont partout. Ils se déhanchent sur les comptoirs des marchands de vin chaud sous forme de petites figurines de plastique, ou décorent les ballons de baudruche. Sur le parvis de la cathédrale, un trio de musiciens tziganes a revêtu houppelande rouge et barbe blanche, tandis qu'un peu plus loin, près de la patinoire dressée pour l'occasion, Daniele, un jeune commerçant italien, offre un bonnet de Père Noël pour chaque bol de soupe aux lentilles acheté.

Même les mendiants se sont mis à l'heure de Noël: chacun à son coin de rue, deux jeunes SDF qui font la manche ont affublé leur chien d'un bonnet et d'un manteau rouge. « Depuis que j'ai fait ça, les gens donnent un peu plus », explique l'un d'eux, dont l'initiative a cependant un inconvénient: « à cause du chien, les touristes veulent me prendre en photo, mais je refuse ».

Source AFP

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