Marché des vins français : Menace d'une pénurie

Marion Ivaldi

La campagne 2011-2012 devrait être marquée par des difficultés d'approvisionnement et une tension sur les prix. Un contexte tout particulièrement marqué sur les vins IGP de cépage rouges.

“ Déjà de gros metteurs en marché essaient de réserver des vins ”, confie Bernard Augé, directeur de la Fédération régionale des caves coopératives viticoles du Languedoc-Roussillon. Début juin, alors que la campagne 2010-2011 n'était pas bouclée, le vignoble méditerranéen frémissait d'une certaine torpeur : les prévisions donnaient la récolte 2011 pour faible, au mieux identique à celle de 2010, soit entre 11 et 12 millions d'hectolitres (contre 17 millions d'hectolitres, il y a encore cinq ans). Les prix évoqués étaient, sans surprise, à la hausse et un nouveau vent d'optimisme soufflait dans le vignoble. Philippe Vergnes, président du syndicat des vignerons du Languedoc, reconnaissait : “ il y a longtemps que nous n'avions pas connu ça. Psychologiquement ça va mieux grâce à ces prix corrects retrouvés ”.
Déjà certains se posaient la question d'un risque de pénurie de vin en 2011-2012. Et, si la production en était convaincue, du côté des acheteurs, les analyses cherchaient plutôt à temporiser les choses. “ Il y a des hausses de prix au cours de la campagne 2011-2012, mais il n'y a pas d'emballement ”, assurait le cabinet de courtage languedocien Passerieux Vergnes Diffusion.

La récolte 2011 des vins IGP de cépage était en partie déjà réservée par les opérateurs en mai. Cette anticipation tend à s'exacerber d'année en année. (P. Cronenberger)

La récolte 2011 des vins IGP de cépage était en partie déjà réservée par les opérateurs en mai. Cette anticipation tend à s'exacerber d'année en année. (P. Cronenberger)

Manque de rouge

Rouge, cépage et origine : les vins alliant ces trois qualités risquent d'être au centre de convoitises accrues en 2011-2012. La demande en rouge est en effet en forte croissance, notamment à cause de l'appel d'air provoqué par la Chine. “ Les prix de certains rouges devraient dépasser les blancs ”, pronostique Michel Bataille, président de la cave de Foncalieu. Cette nouvelle campagne devrait également confirmer la tendance déjà amorcée en 2010-2011 au développement des vins de cépage et à la disparition de production des vins d'entrée de gamme sans mention de cépage (vins sans IG et IGP de département). L'offre française abandonne ainsi son segment d'entrée de gamme et de premier prix, ce que regrette Bernard Augé. “ Il ne faudrait pas que ce segment disparaisse car cela fait peser un risque de baisse de prix sur les vins un peu mieux valorisés. ”
Face à cette absence d'offre, les stratégies commerciales s'adaptent. Les opérateurs se concentrent sur les vins de cépage, notamment IGP. Cette catégorie voit augmenter ses volumes (+ 12 %) et ses prix (+ 14 %) au cours de la campagne écoulée. Ces vins sont à 90 % des IGP d'Oc dont le rendement autorisé a été relevé en 2010 à 90 hl/ha contre 80 hl/ha précédemment. Objectif de cette hausse : maintenir une marge attractive à la production face aux vins sans indication géographique (VSIG) pour sécuriser et développer le sourcing. La stratégie a, semble-t-il, bien fonctionné.

Diversification des origines

Mais la demande en vin de cépage a ses limites et le marché historique pour les vins sans cépage n'a pas disparu : l'Allemagne reste ainsi acheteuse de ce type de vins. C'est une des raisons qui ont poussé les opérateurs français à aller s'approvisionner en VSIG en Espagne ou en Italie. Selon FranceAgriMer, les importations françaises, tous vins confondus, ont grimpé de 17 % sur la période janvier-février 2011 par rapport à la moyenne 2006-2010 (1). Ces vins entrent dans l'assemblage de vins de Différents Pays de la Communauté Européenne (DPCE) dont les règles ne limitent pas la part des différentes origines. Par ailleurs, les importations ont visé à satisfaire la démarche de certains distributeurs qui n'ont pas hésité à abandonner l'origine France. Leclerc a ainsi basculé son premier prix de marque distributeur en vin espagnol.
Cette diversification risque de perdurer l'an prochain. A moins que le vignoble du Languedoc ne soit plus le seul à pourvoir le marché français en VSIG. Bordeaux projette ainsi d'y amener une partie de sa production d'AOC générique. “ Notre objectif est de porter la production girondine à 300 000 hl de VSIG ”, indique Patrick Vasseur, président de la FDSEA. Cette politique vise à soulager l'appellation d'un trop plein de stocks qui pèsent sur le marché, l'empêchant de bénéficier de hausses de prix comparables aux autres vignobles français. Pour Michel Bataille, la concurrence girondine n'est pas à craindre : “ le profil de leurs vins correspond au palais asiatique mais pas à celui de l'Europe continentale. Ces vins pourront néanmoins servir à des assemblages ”, estime-t-il.
La tendance va-t-elle se poursuivre ? Michel Bataille y croit : “ nous entrons dans une phase durant laquelle la production va retrouver des couleurs ”. De quoi certainement jouer en défaveur du maintien des droits de plantation. Les opérateurs ne manqueront certainement pas de faire remarquer à la Commission leur difficulté à s'approvisionner…

 

(1) Les importations françaises sont majoritairement d'origine espagnole ou italienne.

Source Réussir Vigne Juillet-Août 2011

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