Méthanisation : faut-il mettre les gaz ?

Yves Argouarc'h, conseiller

D'ici la fin du mois d'avril, le tarif de rachat de l'électricité issue des unités de méthanisation augmentera de 20 % environ. Cette disposition peut relancer des projets qui avaient, jusqu'à présent, du mal à s'équilibrer. Mais encore faut-il se poser les bonnes questions avant de se lancer ! Entretien avec Yves Argouarc'h, spécialiste des nouvelles énergies au CER FRANCE Finistère.

Dois-je produire sur mon exploitation les intrants nécessaires au fonctionnement d'une unité de méthanisation ?

Yves Argouarc'h : «Les installations en place et les projets en cours reposent très souvent sur un approvisionnement extérieur qui n'apporte pas toujours des garanties en matière de fonctionnement (irrégularité des produits) et de pérennité (contrats de courte durée). La hausse du prix de rachat de l'électricité pourrait rentabiliser des projets plus petits, reposant sur des intrants issus de l'exploitation : effluents d'élevage, produits végétaux de type paille ou dérobées. Ce choix implique une assise foncière suffisante pour assurer les volumes nécessaires, et maintenir ceux destinés à l'alimentation des animaux. Il ne faudra pas non plus surestimer les rendements des cultures dérobées, car l'installation devra fonctionner au maximum de ses capacités.»

Quelle quantité de chaleur pourrais-je utiliser ?

«Une station de méthanisation produit de l'électricité, mais également de la chaleur. Il serait possible de percevoir jusqu'à 0,201 €/kwh électrique, pendant 15 ans, dont 0,040 € liés à l'utilisation de la chaleur produite par l'unité de méthanisation (prime à l'efficacité énergétique). En dessous de 40 % de récupération de chaleur, la prime à l'efficacité énergétique est de zéro. Au dessus de 75 % de récupération, elle est de 0,040 €. Elle varie proportionnellement entre ces deux seuils. Il est donc important de faire l'inventaire des possibilités d'utilisation de cette chaleur : eaux de lavage, buvée, chauffage des bâtiments d'élevage ou d'habitation, séchage des céréales, du foin, du digestat… À moins de se situer à proximité d'une serre chauffée.»

Quelles sont les démarches administratives à réaliser pour ce type d'installation ?

«Depuis août dernier, les démarches sont simplifiées. Elles sont au nombre de trois : une demande de permis de construire, une demande de raccordement au réseau électrique, un dossier au titre des installations classées qui peut n'être qu'un dossier de déclaration.»

Une unité de méthanisation traite-t-elle le lisier ?

«Non. Il n'y a aucun abattement d'azote, de phosphore ni de potasse. Par contre, une unité de méthanisation peut s'adosser à une station de traitement et utiliser une partie de ses infrastructures. À condition, bien entendu, d'en vérifier la faisabilité technique.»

Comment juger de la fiabilité d'une installation ?

«C'est une des principales difficultés actuellement. Il n'y a que 14 unités en fonctionnement en France. Le recul technique est donc pour le moment insuffisant. Cela dit, les intervenants s'appuient pour la plupart sur le savoir faire allemand (4 500 unités en fonctionnement). Il n'est sans doute pas bon d'essuyer les plâtres, mais la fiabilisation des unités de méthanisation pourrait être rapide. Cette fiabilité porte également sur les risques induits. Il faut savoir que le biogaz est stocké sous une membrane souple, mais à une faible pression, ce qui limite les risques.»

Au final, la méthanisation vous paraît-elle rentable ?

«Ce sera probablement vrai dans un certain nombre de cas. Mais, ce type de projet nécessite de lourds investissements. Il faut donc bien le raisonner, en vérifiant qu'il peut être adapté à sa propre exploitation. Pour cela, il faudra rechercher l'autonomie maximale en matière d'approvisionnement pour en sécuriser les coûts et les volumes, viser la meilleure production électrique possible et la récupération maximale de chaleur. Il faudra également s'assurer d'avoir la main d'oeuvre nécessaire, et rechercher le maximum de subventions tant qu'elles existent. En résumé, il faut se méfier des effets de mode et s'assurer de la cohérence du projet dans le fonctionnement global de son exploitation.»

Source CER FRANCE Finistère

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