Naissance du deuxième groupe coopératif laitier français

Catherine Perrot

Les responsables d’Agrial (à gauche) et d’Eurial (à droite), à Nantes, le 18 janvier dernier : complémentaires sur leurs activités et leurs territoires, les deux coopératives se retrouvent dans leurs politiques de marques et leurs ambitions à l’export.
Les responsables d’Agrial (à gauche) et d’Eurial (à droite), à Nantes, le 18 janvier dernier : complémentaires sur leurs activités et leurs territoires, les deux coopératives se retrouvent dans leurs politiques de marques et leurs ambitions à l’export.

Les coopératives Agrial et Eurial viennent d’annoncer leur rapprochement, devant déboucher sur une fusion de leurs activités laitières d’ici deux ans. Cette fusion donnera naissance au deuxième groupe coopératif laitier français.

Quelques mois à peine après l’échec du rapprochement avec Terra lacta (ex Glac), qui lui a préféré le privé Bongrain(1), Eurial annonce de nouvelles fiançailles : cette fois, la promise est la coopérative d’origine normande Agrial, plus particulièrement sa filière laitière, Filae.
Cette annonce importante a été faite à Nantes, le 18 janvier dernier, à l’issue d’un Comité central d’entreprise exceptionnel, par Jean-Luc Rabillard et Olivier Prételat, respectivement président et directeur général d’Eurial, et Rémi Pelhate et Ludovic Spiers, respectivement président de la branche lait et directeur général d’Agrial.

Un ancien et un nouveau dans le monde du lait

Créé il y a plus de 20 ans, Eurial rassemble 2 500 exploitations laitières adhérentes de quatre coopératives : Ucal, Colarena Presqu’île, Poitouraine et la laiterie coopérative du Pays de Gâtine. Principalement fromager, le groupe Eurial transforme un milliard de litres de lait par an, dont 200 millions de litres de lait de chèvre. Il est leader sur le marché du chèvre français, avec la marque Soignon. Il est aussi, depuis peu de temps, le premier producteur français de mozarelle, grâce à l’usine d’HCI Herbignac qui tourne à pleine capacité, quatre ans après sa mise en service.
Agrial, lui, est un nouveau venu sur le lait. D’origine normande, et se définissant comme « multi spécialiste », Agrial est surtout connu pour ses activités en légumes de première et quatrième gammes, les cidres et jus de pomme. Il possède les marques leader que sont Florette, Créaline, Loïc Raison ou encore Danao. Le groupe a 10 000 adhérents, dont 2 700 sont producteurs de lait.
Agrial est entré récemment dans le monde du lait, notamment en reprenant les activités de collecte de l’ancienne ULN (Union laitière normande). Il a également investi dans des unités de transformation, en particulier avec Senagral, créé avec Senoble en 2012, et aujourd’hui quatrième opérateur français en produits laitiers ultra-frais.
Pour Agrial, investir le secteur laitier, et en particulier la transformation laitière, était logique et stratégique, compte-tenu de son implantation dans un territoire très laitier (Basse-Normandie, Pays de la Loire, Bretagne et Centre). « Pour nous, le lait, cela a été un choix délibéré, on n’y a pas été contraints. Cela correspond à la demande de nos adhérents », confie Ludovic Spiers.
Rencontrer Eurial a constitué « une chance dans la mise en place de notre projet laitier ». En effet, le rapprochement avec Eurial permet à Agrial de profiter de toute l’« histoire laitière, des moyens de recherche et développement, du back office », du groupe ligérien-poitevin. De son côté Eurial rencontre, avec Agrial, un acteur déjà bien implanté à l’international, et qui affiche clairement des ambitions de croissance. De plus, les zones de collectes laitières d’Eurial et d’Agrial sont contiguës, renforçant ainsi le caractère complémentaire des deux structures. « Nous disposons d’un bassin privilégié pour faire du lait demain ».

Ambitions

En se rapprochant, puis en fusionnant, les deux coopératives, toutes les deux en bonne santé financière, ont ainsi pour objectif de préparer l’après 2015 et la fin des quotas. Elles souhaitent conforter et développer leurs débouchés, en particulier sur les marchés à l’export, car c’est là que se situent les marges de progression et les meilleurs gages de la pérennité des exploitations de leurs coopérateurs. « À deux, nous aurons des possibilités de développement que nous n’aurions pas eu seuls. C’est une fertilisation croisée. »
Après consultation de toutes les instances concernées, et notamment de l’autorité de la concurrence, la branche laitière d’Agrial, baptisée Filae, devrait donc rejoindre Eurial via des prises de participations de chaque côté. La nouvelle entité portera le nom d’Eurial : « On ne pouvait rêver meilleur nom », expliquent les responsables d’Agrial, qui y retrouvent le « ial », caractéristique de leur coopérative et la dimension européenne qu’ils ambitionnent d’atteindre.
Le nouveau groupe aura son siège social à Nantes, et constituera à terme, avec 2 milliards de litres de lait, le deuxième groupe laitier coopératif français, et le sixième opérateur laitier français. Cette fusion se fera sans restructuration, sans réduction du nombre d’emplois. « Mais on reste très petits par rapport à nos voisins », confient les responsables des deux coopératives. Ils estiment d’ailleurs que « ce rapprochement est une base pour aller plus loin demain ».

(1)Sur cette décision de Terra lacta, la Fédération nationale des coopératives laitières avait exprimé ses craintes d’un affaiblissement de la coopération, la FDSEA 85 avait fait part de ses interrogations et ses inquiétudes, et bien sûr, Eurial, avait dit sa très grande déception, (lire Loire-Atlantique agricole du 12 octobre 2012, page 7).
(2) Agrial ne met pas tout le lait qu’elle collecte dans l’union avec Eurial, car une partie de son lait est sous contrat de longue durée avec Bongrain.

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Commentaires 1

szut

c est bizarre, on parle pas de mieux rémunérez les coopérateurs!!!!

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