Nord-Pas-de-Calais : 7 agriculteurs jouent collectif et local

Arnaud Carpon

Nord-Pas-de-Calais : 7 agriculteurs jouent collectif et local

Au bord d'une route très fréquentée reliant Béthune à Armentières, dans le Nord-Pas-de-Calais, sept agriculteurs, dont cinq jeunes, se sont associés pour ouvrir et tenir un magasin Au rendez-vous fermier où ils vendent leurs produits à un prix rémunérateur.

Il n'y avait plus de salades depuis le début de l'après-midi. Comme je devais passer pas loin du magasin, je suis venu refaire le plein.» Arnaud Brief ne vient pas apporter ses produits à la supérette du coin, mais réapprovisionner son propre magasin. Installé en maraîchage et en horticulture, ce jeune agriculteur s'est associé avec six autres producteurs du secteur pour ouvrir et gérer un magasin – Au rendez vous fermier – où ils vendent une partie de leurs produits. Chaque associé étant spécialisé dans une production, leur surface de vente n'a rien à envier aux rayons frais de la grande surface voisine. Les consommateurs y trouvent presque toutes les denrées alimentaires : des fruits, des légumes, du boeuf, de l'agneau, des volailles, des oeufs, des produits laitiers, de la charcuterie, du miel, des confitures... Le tout à des prix identiques à ceux observés en grandes surfaces, la qualité en plus.

Que des produits 100 % fermiers

Arnaud et Stéphanie Brief se sont installés à Calonne-sur-Lys, à quelques kilomètres du magasin. Avec un autre couple de jeunes maraîchers, ils approvisionnent le magasin en fruits et légumes. « Je commercialise environ 30 % de ma production par le biais du magasin. Le reste est vendu à des grossistes, affirme Arnaud. J'espère augmenter progressivement le volume commercialisé en vente directe. » Valérie et Dominique Watte, éleveurs à Lozinghem, quant à eux, fournissent les produits laitiers. « A trois associés, nous produisons 500000l de lait. Nous transformons 100000l en beurre, fromages blancs, glaces, yaourts et crèmes dessert que nous vendons en direct à la ferme et surtout dans notre magasin collectif.»

Outre sa production, Dominique est aussi l'un des cogérants du magasin. «Notre initiative est née il y a trois ans, explique-t-il. Nous faisons tous partie du Groupement régional de développement agricole. A l'occasion de l'assemblée générale du printemps 2006, l'un de nous à lancer l'idée de créer un magasin pour vendre nos produits. » La proposition séduit d'emblée une douzaine de producteurs installés autour de Béthune.

Quelques mois plus tard, et après le retrait de quelques personnes pour des contraintes de temps ou de production, sept agriculteurs se lancent dans l'aventure. Propriétaire d'une vieille grange située au bord de l'axe Béthune-Armentières, le père de l'un des producteurs accepte de prendre en charge sa rénovation pour ensuite louer le bâtiment. Les producteurs se mettent d'accord pour respecter deux règles d'or : tous les produits vendus, élaborés ou non, doivent provenir de la ferme et le magasin doit être tenu par les agriculteurs eux-mêmes. Pour proposer la gamme de produits la plus large possible, les associés offrent l'accès au magasin à vingt-quatre autres agriculteurs locaux. «Nous avons d'abord veillé à ce que leurs produits ne viennent pas en concurrence avec ceux d'un associé, précise Dominique. Nous avons ensuite visité les exploitations pour nous assurer des modes de production et de transformation. »

Attachés à la notion de terroir, les associés souhaitent privilégier des exploitations à taille humaine. «Nous avons reçu plusieurs demandes pour la mise en rayon de produits locaux, signale Dominique. Mais si le producteur n'est pas agriculteur ou si nous jugeons la fabrication trop industrielle, nous refusons.» Par respect de cette déontologie, les associés ont toujours refusé de proposer de la bière issue de micro-brasseries. En revanche, ils ont pris contact avec un agriculteur qui compte fabriquer à la ferme une bière issue de sa production d'orge.

Se remettre en question

Fort d'une trentaine de producteurs fournisseurs, le magasin se trouve très bien approvisionné. Au dessus des étals ou des vitrines réfrigérées, de grandes affiches présentent les producteurs associés. Cette communication de proximité auprès du consommateur reflète plutôt bien la philosophie de la démarche, dans laquelle l'engagement des producteurs est primordial. «Nous sommes tous autant impliqués dans ce projet car nous assurons de manière égale la tenue du magasin», assure Arnaud. Le magasin est ouvert tous les après-midi du lundi au vendredi ainsi que les vendredis et samedis matin, soit un total de huit demi-journées. «Avec mon épouse, j'assure la permanence tous les samedis matins, explique Arnaud. Avec tous les associés, nous assurons l'ouverture du samedi après-midi à tour de rôle.» Au dessus de la caisse, des ardoises indiquent les prénoms des producteurs qui tiennent le magasin chaque jour. «Si un client souhaite poser des questions sur ma production de produits laitiers, il sait qu'il doit venir le mardi», poursuit Dominique.

 

Outre une relation rapprochée entre producteurs et consommateurs, les associés sont unanimes quant au facteur limitant de leur mode de commercialisation : le temps. «Non seulement il faut avoir envie de travailler en groupe, de se décarcasser pour avoir des produits de qualité et d'échanger avec les clients, mais il faut avant tout avoir envie d'y passer du temps.» Entre leurs productions, la tenue et la gestion du magasin, les associés ne comptent plus leurs heures. « Notre charge de travail est beaucoup plus importante que lorsque nous valorisions toute notre production en filières traditionnelles, confesse Arnaud. Cette initiative nous a permis de nous remettre en question. » « Pour nous tous, ce magasin a changé notre métier», confirme Dominique. Ce temps à consacrer est toutefois récompensé par l'intérêt économique que les producteurs y trouvent. Grâce à un montage juridique et un mode de fonctionnement engendrant peu de frais (lire ci-dessous), ils sont logiquement gagnants en récupérant la part de la valeur ajoutée qui revient habituellement aux intermédiaires des filières plus longues. «Pour ma part, je fais plus de chiffre d'affaires avec mes 30 % de produits vendus ici qu'avec les 70 % vendus chez le grossiste », résume Arnaud.

Fort de ce succès, les producteurs sont prêts à valoriser davantage de produits issus de leur exploitation afin de répondre à la demande croissante des consommateurs. Lors d'une prochaine réunion de groupe, ils vont peaufiner leur projet d'agrandissement du magasin, pour proposer plus de produits… et accueillir plus de consommateurs !

Au rendez-vous fermier : une organisation simple mais efficace

Avant de se lancer, les sept producteurs associés du magasin Au rendez-vous fermier sont allés en Rhône-Alpes, région où les magasins de producteurs se sont multipliés plus qu'ailleurs. Ils en sont revenus avec des idées bien précises quant à l'aménagement du magasin et le montage juridique. Ils ont alors créé une SARL avec un fonctionnement quelque peu particulier : les producteurs ne vendent pas leurs marchandises à la société. Ils restent propriétaires de leurs produits jusqu'à l'achat final du consommateur et fixent eux-mêmes leurs prix. La société prend en charge la location du bâtiment, supporte les investissements et les charges. Pour créer la société, chaque associé a versé 100 € de parts sociales. La société a fait un prêt d'environ 15 000 € pour financer le mobilier (vitrines réfrigérées d'occasion, étagères, affiches, frigos et bureau en arrière boutique…). Pour fonctionner, la société prélève 7% du chiffre d'affaires par associé réalisé dans le magasin, et 25 % pour les agriculteurs non associés. Après plus de deux ans de fonctionnement, le magasin génère un chiffre d'affaires annuel de plus de 400000€.

 

Source Ja Mag Novembre 2009

Publié par Arnaud Carpon

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