“Notre priorité : que les exploitations deviennent moins sensibles aux aléas”

UAR (L'Union Agricole et Rurale) 15 .

“Notre priorité : que les exploitations deviennent moins sensibles aux aléas”

Rats taupiers, unité Sodiaal de Talizat et abattoir Covial étaient au programme de la visite cantalienne d’Émilie Bonnivard, vice-présidente du Conseil régional chargée de l’agriculture.

Invitée par la FDSEA, la Chambre d’agriculture et les JA, c’est en présence d’Alain Marleix, conseiller régional, qu’Émilie Bonnivard a visité jeudi l’exploitation de Frédéric et Géraldine Cirié, au Gaec du Cibial, sur la commune de Paulhac. Un tour dans les prés lui a permis de se rendre compte de la situation avec des rats taupiers qui ravagent les terres et l’impuissance des agriculteurs face à une pullulation qui, pour Patrick Bénézit, président de la FDSEA, rend la lutte impossible avec les moyens actuels. C’est aussi en termes sanitaires que l’inquiétude s’est exprimée de par la proximité des rats et des captages… Des rats taupiers qui étaient déjà sur le site en 2011, a expliqué Frédéric Cirié, alors en Gaec avec sa mère, et qui a alors dû faire le choix de se tourner vers les allaitantes et de stopper les laitières, “trop gourmandes en fourrage”. “L’an dernier, avec la FCO qui nous a fermé le marché turc, on a dû vendre pour rien… Non comptée la perte de céréales, il nous a fallu acheter 150 tonnes de fourrage à 110 € la tonne… Subir, si l’on additionne tout, quasiment une perte de 50 000 € en 2015 et nul doute qu’à l’automne, il va falloir repasser à la caisse”, a exposé l’éleveur.

Le FMSE “ne pourra pas tout”

Si cela devait durer, il n’encouragera d’ailleurs pas ses deux enfants à prendre la suite, a-t-il lâché… Thomas, un JA installé en 2015 en hors cadre, a lui aussi apporté son témoignage : “Il y a deux ans, j’ai dû acheter 25 000 € de fourrage. Mes bêtes n’ont mangé que six semaines d’herbe au pré…” L’urgence a pour lui été d’emprunter à court terme, de vider la trésorerie et de décapitaliser pour pouvoir passer l’hiver. “C’est le désarroi agricole !”, s’est-il exclamé. “Et, complétait un autre, avec la flore qui a disparu, la valeur nutritive de l’herbe ne sera plus la même, le capital pâturage est gâché…” “Face aux conséquences de la sécheresse, des rats taupiers, nous avons besoin de l’aide de la Région pour renforcer l’enveloppe du Fonds de mutualisation dsanitaire et environnemental, car le FMSE ne pourra pas payer éternellement. Il faut qu’un remède soit trouvé, sachant qu’à ce jour, aucun produit n’est vraiment efficace…”, a dit Patrick Bénézit à Émilie Bonnivard qui a, semble-t-il, bien entendu. “Nous sommes là dans une conjonction de crise et de difficultés et nous devons trouver quelque chose de spécifique pour l’économie agricole du Cantal, majeure dans le département. Nous devons consolider le tissu agricole et nous construisons une politique dans ce sens. Des solutions rapides doivent être trouvées contre les rats taupiers avec de nouveaux moyens de lutte.” Ce qui passe par “l’expérimentation de nouveaux produits : glace carbonique, ricin, PH3, et d’ici fin juin, nous serons prêts à apporter 300 000 € pour financer ces expérimentations en totalité. L’indemnisation des éleveurs, a-t-elle souligné, se fera avec l’idée que, s’il y a soutien régional, il devra être ciblé sur les exploitations les plus touchées et fragilisées économiquement.”

Un soutien à préciser

Questionnée sur l’enveloppe de cette aide, Émilie Bonnivard n’a pas souhaité s’engager mais, a-t-elle précisé, “elle dépendra de l’analyse réalisée par le FMSE”, et souligné que la Région avait, cette année, augmenté son budget agricole de 20 %. “Il reste néanmoins des contraintes budgétaires mais notre priorité sera de faire que les exploitations agricoles deviennent moins sensibles aux divers aléas. Profession, Région et État doivent maintenant se coordonner dans le cadre d’un plan pluriannuel.” Comme Émile Bonnivard, Patrick Bénézit considère qu’il faut que l’État délivre rapidement l’autorisation de mise sur le marché de la glace carbonique pour le Cantal avant un programme expérimental en plein champ de même pour le ricin (répulsif). “On tenait à ce que les quatre postes de recherche soient financés et ils le seront”, a-t-il souligné(1). Plus globalement, l’État et la Région sont prêts à financer cette recherche, comme le souhaitait la FDSEA, et le FMSE vient de débloquer une enveloppe de dix millions d’euros(2). “Reste que l’on n’a pas encore de chiffre concernant l’enveloppe de la Région. Nous envisageons aussi de tester tout ce qui est possible. Une dynamique est lancée mais la mobilisation ne doit pas faiblir. Les chercheurs ont l’argent, il faut maintenant qu’ils trouvent car ça reste dur pour ceux qui sont dans la détresse.”

(1) Campagnolicides, immuno-contraception, phéromones, détermination des facteurs de déclin des campagnols. (2) En faveur des éleveurs les plus touchés par les rats taupiers (35 % de fonds du FMSE, le reste étant des fonds publics).

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

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