Panorama de l'économie mondiale

Panorama de l'économie mondiale

Face à un régime de croissance mondial à trois vitesses, avec un moteur émergent (qui tousse lui aussi un peu), un régime de croisière mou aux États-Unis et un début d’amorçage en Europe, les Banques centrales vont devoir faire preuve de beaucoup de doigté pour ne pas casser cette reprise désynchronisée.

Ces décalages cycliques ne sont pas sans implications sur les choix de politique monétaire qui sont dictés par des intérêts purement domestiques, mais dont les impacts dépassent largement les frontières nationales.

❙ Récemment, Ben Bernanke, le patron de la Réserve fédérale américaine, a ainsi annoncé son intention de ralentir son programme d’achat d’actifs (le fameux « QE »). Le pari est celui d’une activité suffisamment solide aux États-Unis pour supporter le retrait progressif des deux béquilles, budgétaire et monétaire, qui ont supporté l’édifice de croissance pendant la crise. Le tour de vis budgétaire, entamé il y a quelques mois, n’a pas causé les dégâts tant redoutés sur la croissance, confortant l’idée de sa robustesse. Il s’agit maintenant de tester si l’économie américaine peut aussi se passer de la perfusion de liquidité qui a gonflé la valeur des actifs et maintenu les rendements obligataires à des niveaux historiquement bas.

❙ Ce retour à meilleure fortune de l’économie américaine aurait logiquement dû soutenir l’appétit pour le risque sur les marchés financiers. Ce fut au contraire un électrochoc avec un mouvement massif de ventes, une chute généralisée des actifs et une remontée brutale des rendements obligataires. La mise sous perfusion du système financier a créé une forme d’accoutumance avec des marchés résolument hostiles à l’idée d’un siphonage du réservoir de liquidité qui leur sert de carburant.

2.2

❙ Si la croissance américaine s’appuie sur des fondamentaux solides, alors l’argument liquidité devrait finalement perdre en intensité au profit de celui de la reprise, comme moteur de la hausse de marchés. C’est notre scénario. En revanche, si les effets patrimoniaux et de richesse sont les principaux vecteurs de l’embellie conjoncturelle, avec en filigrane un gonflement « artificiel » des prix d’actifs, alors la reprise risque de faire long feu, enterrant au passage toute velléité de normalisation monétaire.

En attendant, cette annonce a provoqué d’importants dégâts collatéraux, notamment dans les pays émergents. Beaucoup ont subi des retraits brutaux de capitaux entraînant dans leur sillage les bourses et les devises locales. Les pays peu dépendants de l'épargne extérieure et donc moins sensibles aux humeurs de marchés devraient traverser assez sereinement cet épisode de volatilité. D’autres ont accumulé des réserves de change suffisantes ou conservent des marges de manoeuvre du côté du policymix pour amortir le choc financier et limiter son impact réel. En revanche, certains pays ont financé des déficits extérieurs croissants en attirant des capitaux spéculatifs à la recherche de rendement. Pour eux, ces mouvements de balancier de la finance pourraient s’avérer coûteux, car contraignant à des ajustements réels douloureux. Ces turbulences de marché ne sont pas susceptibles à ce stade d’inverser le processus de reprise à l’œuvre dans le monde émergent. Le régime de croissance des grands émergents est, toutefois, en pleine transition vers une plus grande maturité et une plus grande autonomie, synonyme de rythme d’activité structurellement plus faible, quoique toujours honorable.

La zone euro, ancrée dans une récession profonde et prolongée, est d’autant plus vulnérable à ces aléas financiers. Le retour timide de la confiance et les bourgeons de reprise qui font, çà et là, leur apparition ne résisteraient pas à une remontée trop rapide des taux d’intérêt, une configuration inconsistante avec le cycle d’amorçage en cours. Ceci dit, même à écarter ce risque, il n’est encore question aujourd’hui que d’une stabilisation de l’activité à un bas niveau mi-2013, avant une reprise timide l’année prochaine. La stratégie européenne de sortie de crise, qui mêle de l’austérité pour réduire les dettes et des baisses de salaires pour regagner en compétitivité, met l’ensemble de la zone euro dans une logique d’étiolement avec un affaiblissement auto-entretenu des demandes domestiques et régionales.

C’est donc le couple exportations-investissement qui devrait permettre d’arrimer la zone euro au cycle de reprise mondiale.

Isabelle JOB-BAZILLE

Directeur Études Économiques - Crédit Agricole S.A.

Source Prisme 01 – La note de conjoncture Agriculture et Agroalimentaire du Crédit Agricole

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