Patrick Bénézit : l’Europe, “un bouc émissaire facile”

Patricia OLIVIERI

Le président de la FDSEA du Cantal appelle à aller voter le 25 mai, en rappelant l’apport de la Pac à l’élevage du département, mais sans oublier les dossiers toujours sensibles.

Lors de la récente venue du commissaire européen Ciolos dans le Cantal, Patrick Bénézit a évoqué les bienfaits mais aussi les faux-pas bruxellois.

Selon les sondages seuls 28 % des Français ont confiance dans l’Union européenne et on le voit, la campagne aux Européennes peine à intéresser ici comme ailleurs. Cette défiance est-elle partagée par le monde agricole ?

Patrick Bénézit : “Non. Nous avons eu la chance d’avoir une politique agricole européenne, dont nous ne partageons pas toujours tous les éléments, mais qui a le mérite d’exister et qui a ramené des soutiens conséquents sur les exploitations cantaliennes. Lors de la récente réforme de la Pac, l’Europe a ouvert des possibilités de réorientation des aides vers les zones difficiles nettement supérieures à celles qui devraient être appliquées par l’État français. Par exemple sur l’ICHN (indemnité compensatoire de handicaps naturels), tout le monde avait conscience à Bruxelles qu’il fallait soutenir davantage les territoires défavorisés, en permettant d’aller jusqu’à une aide de 450 € l’hectare. Ce n’est pas le choix retenu par la France malgré un vrai coup de pouce. Tous les problèmes ou les obstacles ne viennent donc pas de l’Europe qui sert bien souvent de bouc émissaire. De la même façon, sur le couplage des aides, ce n’est pas Bruxelles qui a dit qu’il fallait gaspiller 100 millions d’euros pour aider l’élevage laitier de plaine en pénalisant l’enveloppe de la PMTVA (prime à la vache allaitante) et les laitiers en montagne... Au final c’est bien l’État membre qui a limité ces choix européens plus ambitieux.”

On a entendu par le passé des propos moins élogieux de la profession agricole sur Bruxelles et ses instances... Le bilan de santé puis la réforme de la Pac ont-ils changé la vision des paysans ?

P. B. : “Peut-être, oui... Cela dit, tout est loin d’être parfait. À commencer par une politique encore beaucoup trop libérale, notamment sur le prix de nos productions. Il est complètement inadmissible que la notion de coût de revient ne puisse être intégrée dans la détermination des prix de nos produits agricoles. On ne peut être déconnecté dans nos métiers, et en élevage notamment, des coûts de production. C’est un élément qui a été timidement acté dans la nouvelle Pac mais sans véritable moyen pour être mis en œuvre. C’est pourquoi nous demandons aux candidats aux élections européennes de se prononcer sur cette question essentielle. L’Europe doit aujourd’hui donner les moyens aux producteurs de se protéger avec des prix qui soient au moins au niveau de leurs coûts de revient. On ne désespère pas d’y arriver.”

Vous avez aussi interpellé les candidats et partis politiques sur les accords de libre échange en discussion entre l’UE et un certain nombre de pays exportateurs de viande bovine. Il y a de vrais risques pour la filière française ?

P. B. : “Oui. Les agriculteurs ne peuvent comprendre que soient envisagés de tels accords de libre échange qui visent à laisser entrer en Europe des produits ne respectant aucune des normes environnementales, sociales, éthiques qu’on applique au sein de l’UE. Nous sommes pourtant à la veille de voir signés des accords avec le Canada, les États-Unis, le Mercosur, sur des viandes issues d’animaux élevés en feed-lots, traitées à l’acide lactique et au chlore, aux hormones de synthèse et activateurs de croissance dernier cri, sans aucun respect du bien-être animal... Au-delà d’une concurrence déloyale avec un surcoût des normes imposé aux éleveurs européens que l’Institut de l’élevage a chiffré à plus de 1 €/kg carcasse, c’est un vrai enjeu de société. Nous attendons des positions très fermes des partis politiques contre ces accords qui pour être validés devront être au préalable ratifiés par le Parlement européen. D’où l’importance d’aller voter pour des gens qui s’engagent sur ces sujets.”

L’absence d’harmonisation des réglementations sociales et fiscales au sein de l’Union européenne et le trop plein de normes justement ne sont-ils pas aussi à l’origine d’un sentiment anti-européen et populiste ?

P. B. : “Il est évident que l’on ne pourra continuer à construire l’Europe sans une harmonisation des charges entre États membres. On ne peut avoir des produits vétérinaires moins chers en Espagne, un coût salarial plus bas en Allemagne... Pour que l’UE tienne la route, il faut une véritable politique fiscale et sociale communautaire. Ensuite, si on enlevait déjà tous les suppléments de normes imposés par la France, on prendrait une sacrée bouffée d’oxygène ! Beaucoup de normes européennes ont en effet été complexifiées au niveau franco-français. Le chef de l’État s’était engagé à ce choc de simplification, on l’attend toujours.”

Un dernier argument pour inciter les agriculteurs à se rendre aux urnes le 25 mai ?

P. B. : “Ne pas oublier que l’Europe est un acteur essentiel pour le commerce de nos produits. Quand on parle d’export aujourd’hui, on se bat pour exporter hors d’Europe car sur le territoire communautaire, on n’a plus trop de soucis au niveau douanier, sanitaire. Ces aspects commerciaux ont été quand même fortement simplifiés et en viande bovine et plus largement en élevage, nous en avons été largement bénéficiaires.”

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

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