Patrick Escure, président de la FDSEA : "Les éleveurs ne veulent plus travailler pour la gloire"

Propos recueillis par P. OLIVIERI

Des prix à la production qui étouffent les éleveurs et des prix à la consommation qui étranglent les consommateurs : un scénario auquel la FDSEA entend mettre fin.

Viande bovine, porcine, AOP fromagères : sur toutes ces productions, la FDSEA appelle à une hausse des prix à la production. Ne craignez-vous pas une levée de bouclier de la part des consommateurs ?

Patrick Escure : “Qu'on ne s'y trompe pas, les prix dans les rayons sont suffisamment élevés, ce que nous demandons, c'est une autre répartition des marges au sein de la filière. C'est la priorité de cette rentrée. Il y a des productions et des éleveurs qui souffrent aujourd'hui car le prix de leurs productions est excessivement bas. Face à une nouvelle hausse des charges d'alimentation générée par la flambée des cours des céréales, il est impensable que leur seul recours soit de souscrire de nouveaux emprunts pour faire vivre leur famille. C'est pourquoi, l'État, après le vote de la loi de modernisation agricole censée redonner des perspectives à l'agriculture française, doit s'occuper des prix des produits agricoles. Sinon, il sera très difficile, voire illusoire, de maintenir une agriculture sur des territoires de montagne fragiles comme les nôtres. Les attentes des éleveurs sont fortes en la matière et les réponses doivent être apportées par le ministre avant le Sommet de l'élevage. Ce sommet est à la fois une vitrine de notre modèle agricole mais aussi un outil pour faire passer des messages”.

Assaillis par des crises économiques, climatiques ou sanitaires à répétition, sentez-vous les producteurs prêts encore à se mobiliser en ce sens ?

P. E. : “Oui, je crois qu'ils ont encore cette capacité à défendre leur avenir. Comme ils l'ont fait d'ailleurs sur le bilan de santé de la Pac, dont ils vont toucher prochainement du doigt les effets concrets et que nous avons obtenu grâce à eux. Mais il est certain aujourd'hui que ce combat sur les aides, qui sont tout aussi indispensables que les prix dans nos zones à handicaps naturels, est loin d'être achevé. Il faut se mettre dans la tête qu'en 2013, une nouvelle répartition des soutiens européens sera négociée dans le cadre d'un débat budgétaire tendu. Et même si la Commission européenne actuelle semble plus à l'écoute de nos préoccupations, rien n'est acquis. C'est pourquoi nous poursuivons au sein de la Copamac-Sidam notre travail de réflexion et lobbying pour convaincre autour des propositions du livre blanc du Grand Massif central qui reste pleinement d'actualité. Nous devons impérativement conforter au-delà de 2013 des soutiens différenciés pour préserver nos exploitations de montagne et nos élevages basés sur l'herbe.”

Les éleveurs cantaliens doivent aussi composer avec deux nouvelles calamités que sont la sécheresse et les rats taupiers. Quelles sont les chances d'indemnisation sur ces dossiers ?
P. E. : “Je pense que les pouvoirs publics ont vraiment pris conscience des ravages des rats taupiers. Reste maintenant à trouver, au plus vite, un dispositif et des fonds pour compenser ces pertes. Quant à la sécheresse qui sévit cette année encore sur le sud du département et notamment sur le canton de Maurs, nous avons demandé au préfet de diligenter sur une mission d'enquête.”

Dans ce tableau assez sombre, y a-t-il quand même de bonnes nouvelles ?

P. E. : “J'en vois deux : d'abord la reconnaissance des Gaec entre époux qui vient récompenser un combat de longue date conduit en lien avec la section des agricultrices de la FNSEA pour réparer une injustice criante. Cette disposition, obtenue à l'arraché par Jean-Michel Lemétayer, doit maintenant être concrétisée par un décret que nous attendons de pied ferme. J'évoquerais enfin une autre évolution réglementaire, sur l'ICHN (indemnité compensatoire de handicap naturel) cette fois : la suppression de l'écrêtement qui empêchait jusqu'à présent les petites exploitations s'agrandissant de bénéficier d'une revalorisation de leur indemnité. Une autre injustice réparée.”
Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.
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Source L'Union du Cantal

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