Péril jaune sur Grandlieu

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Péril jaune sur Grandlieu
De la jussie à perte de vue : Michel Coudriau ne reconnaît plus son marais ! © Loire-Atlantique Agricole

Alors qu’elle était présente et gérée sans trop de problèmes depuis plus de dix ans, la jussie s’est soudainement propagée de manière très impressionnante, sous sa forme terrestre, sur les prairies des marais de Grandlieu. Au risque de changer radicalement tout le paysage.

« Je suis inquiet, très inquiet. Je ne sais pas comment on va s’en sortir ! » Michel Coudriau, éleveur et figure emblématique de la défense des marais de Grandlieu, se retrouve face à une menace qu’il ne sait pas combattre : « Me battre contre les erreurs humaines, ça, je sais faire, mais contre quelque chose de naturel (1), je ne sais pas… Je crois que j’ai trouvé plus fort que moi ! »
En cet été 2013, l’éleveur s’est en effet retrouvé confronté à quelque chose qu’il n’avait jamais vu auparavant : des tapis entiers de jussie terrestre sur les prairies de Grandlieu… « En dessous, rien ne pousse », constate Michel Coudriau, en écartant les pieds des plantes qui poussent de manière in­croyablement dense. Pas un brin d’herbe ne parvient à se faufiler entre les tiges de la plante aux fleurs jaunes. Et même là où elle a été fauchée, il y a 8 jours, l’éleveur constate que le tapis feuillu est déjà en train de repousser.
La jussie, sur Grandlieu, pourtant, on la connaît bien, et jusqu’à cette année, c’était une plante qui ne posait pas trop de problèmes, contrairement par exemple, à la Brière (2). « Il y a quelques mois, lors d’une réunion à la chambre, justement, nous disions qu’à Grandlieu, nous n’étions pas trop touchés », rapporte Claude Naud, le président du Syndicat du bassin versant de Grandlieu, qui est également vice-président délégué aux ressources et milieux naturels au conseil général.

Connue essentiellement sous sa forme aquatique

À Grandlieu, la jussie était connue essentiellement sous sa forme aquatique : elle risquait de boucher des douves et, depuis 2003, avec le financement du conseil général, le syndicat de Grandlieu em­ployait cinq saisonniers ch­aque été pour arracher cette jussie aquatique.
Alors, que s’est-il passé cette année 2013 ? Est-ce la jussie aquatique qui s’est adaptée en jussie terrestre ? Ou bien des boutures de jussie terrestre, présente jusqu’alors en faible quantité, qui ont particulièrement bien essaimé ? Est-ce l’effet de la météo très particulière qui a conjugué humidité et chaleur ?
Pour Michel Coudriau, l’une des explications de cette propagation inédite de la plante serait l’ennoiement précoce du marais en octobre dernier : « La jussie était encore bien vivante à cette période, du coup, avec l’eau, elle a pu se diffuser un peu partout. »
Et l’éleveur de s’inquiéter de toutes les conséquences que va avoir cette multiplication de la jussie : d’abord, sur le plan de l’écologie. Avec les tapis denses qu’elle forme, la jussie empêche les autres plantes de pousser… et en particulier l’herbe des prairies ! Mais également, toute la flore et la faune qui y sont associées, y compris le gi­bier (3).
Mais Michel Coudriau insiste aussi sur toutes les conséquences économiques de cet envahissement : c’est d’abord, moins de nourriture pour les animaux, mais aussi moins d’aides pour les exploitations : une prairie de jussie n’est plus une prairie agricole, et donc n’ouvre droit à aucun DPU, aucune MAE… Et si les agriculteurs abandonnent le ma­rais, faute de rentabilité, le préjudice économique va éga­lement toucher les propriétaires, qui ne percevront plus de fermage.
Puis, les collectivités seraient également concernées, car Grandlieu se retrouverait sans l’entretien agricole, considéré comme le moyen le moins onéreux et le plus efficace de lutter contre les friches et contre la fermeture du marais…

Que peut-on faire ?

Certes, le constat est alarmant, mais pour autant, les acteurs concernés ne resteront pas sans rien faire. Plusieurs pistes sont envisagées : la fauche par les agriculteurs, déjà, pour « au moins empêcher la plante de monter en graines », décrit Claude Naud.
Le pâturage est également évoqué : il semble que les bêtes veulent bien manger de la jussie (mais sa valeur alimentaire serait nulle) ; il faudrait peut-être les y obliger en mettant des clôtures. Une autre piste serait de semer dès que possible une espèce indigène, capable de concurrencer la jussie. Michel Coudriau évoque la grande glycérie, justement parce qu’elle est grande, et qu’elle pourrait surnager au-dessus de la mer de jussie…
D’autres pistes concernent les niveaux d’eau, l’emploi d’herbicides naturels (le vinaigre…). « Ce qu’il nous faut c’est étudier ce qui a déjà été testé, sur Grandlieu, par la Fédération de chasse, la SNPN, la commune de Saint-Lumine… Il faut absolument éviter de refaire ce qui a déjà été tenté sans résultat », exprime Patrick Augereau, technicien du syndicat.
« On va expérimenter, comparer, étudier », poursuit Claude Naud. Les expériences des au­tres sites, la Brière par exemple, mais aussi les autres marais réunis dans le Forum des marais Atlantique, seront sans doute très utiles. Il est sûr que le problème de la jussie terrestre sur Grandlieu mérite réflexion. Mais comme le souligne Michel Coudriau : « La jussie pousse si vite… qu’elle risque de ne pas nous laisser le temps de réfléchir ! ».

Catherine Perrot

(1) Bien sûr, à l’origine de la présence de la jussie, il y a l’Homme, qui l’a introduite comme plante ornementale.
(2) Voir LAA 290, 31 mai 2013, p.4
(3) Chasseurs et agriculteurs ont parfois des intérêts divergents… mais dans ce cas, la jussie est un ennemi commun.

D'AUTRES ESPÈCES

À cette menace de la jussie s’ajoute le développement, cette année, de myriophylle terrestre « un chercheur m’avait dit qu’il n’en avait jamais vu ! Il n’a qu’à venir à Grandlieu ! », exprime Michel Coudriau. L’écrevisse de Louisiane pose également de sérieux problèmes. Seul aspect bénéfique de la présence de jussie : le retour massif des abeilles qui raffolent de ses fleurs jaunes !

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