Philippe Vannier, Afssa : "Rester vigilant face au H1N1"

Propos recueillis par Claudine Gérard

Philippe Vannier, Afssa : "Rester vigilant face au H1N1"

Dans le contexte de pandémie de grippe H1N1 chez l'homme, et de possibilité de transmission au porc, Philippe Vannier(1) prône la vigilance dans les élevages et la transparence dans la communication.

À fin octobre, où en est-on de la grippe A/H1N1 ?

Chez l'homme, il s'agit bien d'une pandémie que l'OMS a située au stade 6 et le virus a effectivement diffusé dans le monde entier. Chez le porc, le virus A/H1N1 2009 a été signalé sur tous les continents. Cependant, pour l'instant, les cas restent circonscrits à quelques élevages dans le monde.

Connaît-on l'origine de ces contaminations en élevage ?

Dans la plupart des cas, nous savons que ce sont les porchers ou des professionnels ayant pénétré dans l'élevage qui ont contaminé les animaux. Le cas irlandais est particulièrement intéressant. En effet, il a été avéré que le porcher souffrant d'un syndrome grippal est à l'origine de la contamination des porcs. Mais les vétérinaires qui sont venus faire les prélèvements dans l'élevage, sans porter de masque, ont à leur tour été contaminés par les porcs malades. Ce qui prouve bien que le virus peut passer de l'homme au porc et du porc à l'homme.

Cela doit-il nous inquiéter ?

Le passage des virus influenza du porc à l'homme et de l'homme au porc n'est pas nouveau ! Nous connaissons ce phénomène avec les souches classiques de grippe.

Alors pourquoi l'OMS semble-t-elle si préoccupée par ce H1N1 ?

Parce que ce virus est plus contagieux que les virus de grippe saisonnière et il est arrivé « à contretemps », pendant les saisons chaudes. Par ailleurs, les populations à risque ne sont pas les mêmes : il semblerait que ce nouveau virus touche davantage des jeunes, plutôt bien portants. C'est pourquoi l'émergence de ce type de virus justifie une attention particulière des autorités sanitaires. Nous ne pouvons pas présager de son évolution, vers des formes plus graves ou au contraire plus bénignes, car ce virus, comme tous les virus grippaux, a une forte aptitude à muter.

Face à une suspicion de grippe H1N1 dans un élevage, que doivent faire les éleveurs et leurs vétérinaires ?

Nous recommandons de réaliser les prélèvements pour caractériser le virus. L'Afssa a été nommée par la Direction générale de l'alimentation, laboratoire national de référence pour l'influenza chez le porc. Nous avons mis au point, grâce à une collaboration avec l'Institut Pasteur, une PCR spécifique et allons décentraliser la technique au niveau des laboratoires départementaux. Je crois que dans le contexte de cette grippe H1N1, il en va d'un problème de santé publique. Il ne s'agit pas pour l'instant d'un problème majeur de santé animale.

Au risque de déclencher une tempête médiatique comme ce fut le cas avec le H5N1 en volaille ?

Ce serait le cas si la perception du danger était disproportionnée. Or, à ma connaissance, les cas apparus depuis mai dans les élevages porcins dans le monde n'ont pas déclenché de vives réactions. Je rappelle que l'OIE a formellement annoncé que la présence de virus H1N1 ne justifie pas la fermeture des frontières puisque le virus ne peut pas se transmettre par la viande. Je retiendrais trois mots clés : vigilance, responsabilité, et transparence « non naïve », c'est-à-dire qui n'entraîne pas de mesures disproportionnées par rapport au risque.

Recommandez-vous la vaccination des personnes travaillant au contact avec les animaux ?

Le passage du virus de l'homme au porc et du porc à l'homme est une réalité. Mais nous savons qu'il sera difficile de recommander aux éleveurs grippés de ne pas aller dans leurs bâtiments ou encore de porter un masque. C'est pourquoi nous recommandons à tous les professionnels en contact avec les animaux (éleveurs, techniciens, mais aussi personnels d'abattoirs…) de se faire vacciner afin de limiter la circulation du virus. Cette position fait partie des réponses apportées à la DGAL. Les avis sur lesquels nous avions à nous prononcer seront rendus publics sur le site de l'Afssa début novembre(2).

(1) Philippe Vannier est directeur de la Santé animale et du bien-être des animaux à l'Afssa. Il est par ailleurs président du panel Santé animale et bien-être des animaux au sein de l'Autorité européenne de sécurité des aliments (AHAW).
(2) www.afssa.fr

Source Réussir Porcs Novembre 2009

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