Phosphore, potasse : Stop ou encore ?

Christian Gloria

Distributeurs et fabricants d'engrais tirent la sonnette d'alarme. En réduisant leurs utilisations d'engrais phospho-potassiques encore et toujours, les agriculteurs prennent le risque de mettre en situation carencée leurs cultures.

Les OS s'inquiètent des conséquences sur les rendements que peuvent générer ces économies. Quand on observe la courbe des livraisons de fertilisants PK ces dernières décennies en France, on ne peut que constater la chute. Nous sommes revenus à un niveau d'utilisation que l'on n'avait plus connu depuis les années 50. Cela interpelle.

Les prix élevés qu'ont atteint les engrais minéraux ces dernières années — conjugués à des prix bas des céréales — incitent les agriculteurs à se tourner vers d'autres sources d'éléments phospho-potassiques. Ils ont plus d'une corde à leur arc avec la possibilité de recourir aux effluents d'élevage et à des produits compostés. La situation ne paraît pas si morose dans les campagnes. Par leurs témoignages dans notre dossier, les producteurs montrent une grande capacité d'adaptation. Ils ne considèrent plus les apports d'engrais phospho-potassiques comme une « fertilisation de fond » mais gèrent ce poste de charge au coup par coup, au gré de leur trésorerie.

L'Inde et la Chine pèsent sur les cours

Sur l'échiquier mondial agricole, la France — et l'Europe d'une façon plus large — perd de son importance devant l'émergence de pays comme l'Inde et la Chine notamment. La demande en engrais PK de ces nations pèse sur les disponibilités et les cours. Les gisements naturels de phosphates et de potasse sont très loin d'être à sec mais les investissements des grandes sociétés d'engrais se font attendre pour augmenter les capacités d'extraction. Et cela crée des tensions sur les marchés et sur les livraisons vers l'Europe. La France importe la totalité de ses ressources et se retrouve donc de plus en plus dépendante du marché mondial. Quand aux usines d'engrais, certaines ont dû fermer leurs portes.

Pour autant, nombre de parcelles agricoles en France regorgent de phosphates et de potasse. D'autres en manquent en revanche, en particulier dans des régions de grande culture. Les cartes de France que nous délivrent l'Inra et la Base de donnée des analyses de terre (BDAT) montrent une situation disparate. Les outils de calcul des apports en éléments P et K n'apportent pas encore entière satisfaction. Le Comifer a bien révisé ses grilles de calculs vers plus de précision mais les éléments P et K présents dans le sol entrent dans des schémas si complexes de disponibilité (vie biologique, texture, travail du sol, climat…) que l'on peut difficilement exprimer les quantités que la plante sera capable d'extraire. Les chercheurs s'attèlent à mettre au point de nouveaux outils qui renseigneront mieux la part biodisponible du phosphore et du potassium dans chaque parcelle pour les cultures.

La nutrition phospho-potassique des plantes reste un sujet d'études chez les chercheurs et c'est au moins un point positif pour le maintien d'une agriculture française performante.

En Haute-Normandie et Picardie, les apports en engrais PK se maintiennent, en raison de la présence de cultures industrielles exigeantes en ces éléments et rémunératrices. (S. Leitenberger)

En Haute-Normandie et Picardie, les apports en engrais PK se maintiennent, en raison de la présence de cultures industrielles exigeantes en ces éléments et rémunératrices. (S. Leitenberger)

 

Pour en savoir plus

Voir dossier Réussir Grandes Cultures de juillet-août 2010. (RGC n°238 p. 32 à 43)

Source Réussir Grandes Cultures Juillet-Août 2010

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