Photovoltaïque : Un gisement lumineux pour la ferme Cantal

P. OLIVIERI

Les agriculteurs pourraient bien recéler de belles pépites sur les toits de leurs bâtiments. Une opportunité à saisir rapidement en s'encadrant de certaines précautions.

N'en déplaisent aux aficionados de la Côte d'Azur ou de la Costa brava, le Cantal et sa préfecture Aurillac, sans doute l'une des plus régulièrement citées par les bulletins météo, a la particularité de marier froidures et ensoleillement. Avec 2 080 heures d'ensoleillement en moyenne entre 1991 et 2000, Aurillac se paie ainsi le luxe de dépasser la Ville rose (2 010 heures à Toulouse) et d'afficher près de 400 heures de plus que la capitale. La durée d'insolation maximale varie ainsi de huit heures par jour en décembre à 15 heures en juin. Un atout dont se sont emparés les agences et acteurs du tourisme mais qui pourrait bien aussi valoir à la ferme Cantal des revenus économiques complémentaires non négligeables, sécurisant ainsi des systèmes d'exploitation soumis à des aléas croissants tant climatiques que sanitaires et commerciaux.

Encore faut-il que les éleveurs cantaliens ne cèdent pas aux sirènes de certains opérateurs peu scrupuleux qui voient d'un très bon oeil la manne potentielle que constituent les nombreux et imposants bâtiments d'élevage du pays vert. C'est donc avec l'objectif d'apporter un éclairage neutre mais complet sur les opportunités pour les éleveurs cantaliens de la production d'électricité que la Chambre d'agriculture a organisé mardi une journée consacrée au photovoltaïque au lycée agricole Georges-Pompidou d'Aurillac. Exposés d'experts et retours d'expériences ont ainsi permis aux quelque 170 participants, dont les deux tiers d'agriculteurs, de toucher du doigt certes la complexité de l'élaboration de projets de ce type et la nécessité d'un avis d'expert indépendant sur les volets juridiques, fiscaux... mais aussi d'apprécier la rentabilité bien réelle escomptée à terme.

Revenus substantiels

Une rentabilité que Patrick Wespisser a prévu de faire coïncider avec l'arrivée à l'âge des études de ces deux filles. Ce jeune agriculteur installé hors-cadre familial à Champs-sur-Tarentaine à 850 mètres d'altitude avec un cheptel de 35 vaches salers a en effet profité du renouvellement nécessaire de la toiture de son bâtiment principal traditionnel pour y installer 210 m2 de panneaux photovoltaïques dits amorphes (à base de métaux lourds) choisis en raison de leur moindre dégagement de chaleur. L'éleveur, bientôt vendeur d'électricité au tarif de 0,57 e/kWh (kilo Watt heure) à EDF, compte, au terme des dix premières années d'installation de ses 350 m2 de panneaux (un bâtiment de stockage ayant également été couvert), sur un chiffre d'affaires de 20 000 euros annuels pour un ensoleillement qu'il estime à un peu plus de 1 000 heures et pour un investissement d'un peu moins de 200 000 euros financé par un emprunt à 4,5 %. “Pour peu qu'il y ait un bon ensoleillement et de mauvaises ventes sur les broutards, je vais rapidement dépasser les seuils des 50 % de chiffre d'affaires non agricole qui vont m'obliger à créer une société parallèle”, s'est amusé P. Wespisser.

Sécuriser son projet

S'il n'en est qu'à ses débuts, les panneaux ayant été branchés mais la finition pas encore achevée, l'agriculteur se veut résolument optimiste : “Même s'il me manquait en février 95 kWc, c'est pour l'instant hyper positif”, s'enthousiasme Patrick Wespisser qui confie avoir un oeil journalier sur ses compteurs. Quant au montage de son dossier (compter un an au total) qu'il a réalisé seul, il a relayé les mises en garde des intervenants de la Chambre d'agriculture sur la nature et le contenu des contrats proposés, déplorant en outre la grande frilosité de certaines banques et assurances “que je ne comprends vraiment pas puisque le risque est quasi nul.” Dernier message de celui qui fait figure de précurseur dans le Cantal : “ça vaut le coup d'y réfléchir, c'est une opportunité à saisir tant que le train est encore en gare, c'est-à-dire d'ici fin 2010.” Opportunité, le mot était aussi dans la bouche des représentants du GIE Châtaigneraie, lequel fédère aujourd'hui 75 éleveurs autour d'un projet collectif portant sur 40 000 m2 de surfaces de panneaux pour une puissance de 4,5 mégaWatt crête (voir encadré). Opportunité encore dans les propos de conclusion du président de la Chambre d'agriculture Louis-François Fontant : “Je suis arrivé plein d'enthousiasme et de certitudes, ce matin j'ai compris que c'était compliqué ; mais à la fin des témoignages je suis vraiment convaincu de l'opportunité pour les agriculteurs du photovoltaïque.” Et la compagnie consulaire, par la voix de son directeur Bernard Berthelier, d'exposer les moyens et outils qu'elle a décidé de consacrer à ce dossier “pour permettre aux agriculteurs de prendre toute leur place.” À noter : l'Union consacrera un dossier spécial “photovoltaïque” dans son édition du 25 avril.
Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.
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Source union du cantal

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