Picardie : Des agriculteurs créent une plate-forme pour booster leurs ventes

Dossier réalisé par Arnaud Carpon

Soutenus par les Chambres d'agriculture, des agriculteurs ont créé une plate-forme régionale de commercialisation leur permettant d'accéder à des marchés qu'ils ne pourraient pas obtenir seuls.

Didier Verbeke, président de Saveurs picardes

Faire connaître la Picardie par les papilles : telle est la devise de Saveurs picardes, une plate-forme régionale gérée par les agriculteurs et destinée à faciliter la commercialisation des produits du terroir picard. « L'association a vu le jour dans le cadre d'une action conduite entre les trois Chambres d'agriculture de l'Oise, de la Somme et de l'Aisne, visant à développer la valeur ajoutée dégagée par les produits agricoles, explique Didier Verbeke, président de la structure et ancien président des JA de l'Oise. En 2004, à l'occasion de l'agrandissement de l'aérogare de Beauvais, la profession agricole a envisagé d'ouvrir une boutique de produits régionaux. Mais les études préalables ont montré que ce ne serait pas rentable. » Non aboutie, cette initiative fait néanmoins germer chez les agriculteurs l'idée de mettre en place une structure collective de distribution des produits picards de longue conservation. « Nous avons par ailleurs négocié la mise à disposition pendant trois mois d'une tête de gondole avec le centre Leclerc de Laon. » L'expérience s'est avérée réussie mais trop confidentielle, à cause d'une implication insuffisante des producteurs. Pourtant en 2006, alors que la structure n'était qu'une association d'étude, la dizaine d'adhérents décident d'en faire une plate-forme de commercialisation avec un droit d'entrée de 300 €. « L'idée n'est pas de faire de la vente directe au consommateur, mais d'approvisionner les magasins en produits locaux. » La plate-forme est régie par une règle essentielle : réserver un maximum de valeur ajoutée aux producteurs adhérents.

 

L'autonomie pour objectif

Composé d'agriculteurs et artisans adhérents, le conseil d'administration de l'association en assure la gestion, appuyé par un animateur de la Chambre régionale d'agriculture. Des conseillers des Chambres départementales d'agriculture partiellement mis à disposition de la structure assument, quant à eux, l'action commerciale. Le stockage des marchandises, situé dans l'Oise, est effectué par un prestataire de services qui gère et prépare les commandes. La plate-forme est approvisionnée par les adhérents eux-mêmes. Pour couvrir les frais, la structure conserve une marge de 18% sur les produits vendus. « Saveurs picardes doit rester un état d'esprit, poursuit Didier Verbeke. Nous ne souhaitons vendre qu'à des structures voulant mettre en avant les productions locales dans un esprit constructif et pas seulement mercantile. » Cette philosophie est mise en pratique par des arguments de vente non négociables : aucun rabais, aucune ristourne, aucune marge arrière. Malgré cela, et grâce à l'action commerciale des Chambres d'agriculture, Saveurs picardes développe une clientèle de commerces de proximité et de GMS et voit son chiffre d'affaires croître de manière exponentielle.

 

« De 16 000€ HT en 2006, nous sommes passés à 234 000 € deux ans plus tard. » En 2008, la plate-forme dispose de 250 références dans son catalogue et fournit 16 commerces de proximité et 28 GMS, représentant près de 450 m de linéaires d'étalages permanents. « Notre premier client est le Center Parc de l'Ailette, auprès duquel nous disposons de l'exclusivité de livraison en produits régionaux. » Avec un chiffre d'affaires de près de 300 000 € HT annoncé pour 2009, Saveurs picardes a de bonnes perspectives d'avenir.

L'association sera prochainement transformée en société coopérative d'intérêt collectif et la réflexion sur la livraison de produits frais est d'ores et déjà en cours « Pour bon nombre d'agriculteurs, la plateforme a permis de conforter leurs exploitations, voire même de créer des emplois. » En contractualisant avec de nouveaux magasins picards, les producteurs espèrent atteindre 450000€ de recettes en 2010, ce qui permettra d'envisager l'embauche de salariés, et de rendre ainsi la structure autonome.

Source Ja Mag Novembre 2009

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