Politique agricole : Régulation et organisation collective : les remparts aux affres libérales

PATRICIA OLIVIERI

Pour les élus consulaires, la crise agricole appelle des soutiens d'urgence, une régulation européenne et une nouvelle organisation des producteurs.

Le constat dressé par Patrick Chazal, lors de la session des élus consulaires vendredi, n'a fait que confirmer ce que les éleveurs cantaliens vivent depuis des mois et conforter les revendications de la profession agricole : à l'exception des broutards, l'ensemble des productions du département vit en effet une situation dramatiquement inédite. À savoir des charges restées à des niveaux élevés malgré un léger fléchissement et des cours qui, en dépit de quelques embellies toutes précaires au premier semestre 2008, n'ont pas suivi. Un ciseau des prix qui, pour le chef du service développement de la Chambre d'agriculture, “entaille sévèrement les trésoreries”. Mais si le diagnostic est sans appel - le ministre Le Maire ayant lui-même reconnu qu'il s'agissait de la plus grave crise qu'ait connue l'agriculture française depuis 30 ans - les remèdes avancés au plan national et par l'Union européenne relèvent davantage du placebo que d'une véritable ordonnance structurelle, comme l'a déploré le président de la FDSEA, rejoint sur ce point par les représentants de la Confédération paysanne et du SMSA.

Une contractualisation collective

“C'est le rouleau compresseur de Bruxelles qui avance inexorablement. Les agriculteurs voient la crise, voient l'absence de perspectives. Ils voient aussi que la France est isolée”. Sans compter, selon Patrick Escure, sur un nouveau ministre de l'Agriculture qui, “dès son arrivée, a fait une croix sur les quotas”. Comment dans ces conditions redonner espoir aux producteurs ? Pour Louis-François Fontant, il ne saurait être question de répondre à ces difficultés en prônant une “amélioration généralisée de la technique ou une restructuration de nos exploitations. On a vu ce que cela a donné en porcs, une production qui s'est fortement restructurée et qui a progressé techniquement avec pour résultat des prix à 1,20 e le kilo”. Pour le président de la compagnie consulaire, il s'agit de parer d'abord à l'urgence en débloquant au plus vite des mesures à même de renflouer les trésoreries : paiement anticipé des aides Pac 2009, prise en charge massive des charges financières et sociales, mais aussi accompagnement individuel renforcé des agriculteurs qui en feraient la demande. Second temps de la mobilisation prônée par L.-F. Fontant : remettre à plat le modèle économique à l'oeuvre dans les filières agricoles, en évitant à tout prix le spectre d'une contractualisation individuelle entre producteurs et entreprises telle qu'envisagée par l'aval de la filière laitière. Sinon, c'est “le combat du pot de terre contre le pot de fer”, a imagé Patrick Escure évoquant un groupe Bigard qui, avec 50 % de parts du marché de la viande bovine, estime que parler d'interprofession n'a plus de sens. Face aux craintes de Michel Lacoste, de la Confédération paysanne, qui estime que cette contractualisation jetterait les producteurs dans les bras de l'intégration, le président Fontant avance l'idée d'une contractualisation collective à l'échelle d'un territoire un peu à l'image de l'accord trouvé sur les AOC d'Auvergne.

 

Régulation : un combat pas perdu

Certes, mais pour son prédécesseur Michel Teyssedou, la contractualisation ne peut se substituer à l'absence de régulation laissée en héritage par la fin programmée des quotas laitiers. Une disparition pas encore inéluctable à ses yeux : “Les quotas laitiers, c'est une responsabilité de chefs d'État pas de ministres de l'Agriculture. Il faut que la montagne crie plus fort que les autres, il faut être très courageux et demander -10 % de production à tout le monde, une grille de prix européenne, de la transparence dans la filière à laquelle doit être associée la distribution”. Et effectivement la question des outils nécessaires au maintien d'une adéquation entre offre et demande est apparue aux élus consulaires de tous bords comme une impérieuse nécessité. Un combat des moins évidents à faire aboutir au vu des dernières positions de la Commission européenne. “Mais celui sur le soutien à l'herbe était aussi mal engagé”, s'est voulu volontariste le président de la Chambre d'agriculture.
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Source Union du Cantal

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