Politique : L'agriculture retrouverait-elle le devant de la scène ?

P. O. d'après AgraPresse

L'agriculture au centre des débats à l'Assemblée nationale mais aussi de prises de parole et déplacements plus fréquents du chef de l'État.

Le gouvernement et les élus de la Nation seraient-ils en train de (re)prendre conscience de l'enjeu stratégique que représente pour un État son secteur - à juste titre qualifié de - primaire, et notamment sa composante agricole ? La question mérite d'être posée à l'heure où le projet de loi de modernisation de l'agriculture et de la pêche, dans lequel certains ne voyaient il y a quelques mois encore qu'un énième texte législatif sans véritable vision stratégique, fait l'objet de vifs débats à l'Assemblée nationale. Ainsi, au terme de la sixième séance de débats, jeudi, les députés n'en étaient qu'à l'examen de l'article 7 et plus de 1 100 amendements étaient au programme de leurs discussions. À l'heure aussi où l'agriculture française se fait damer le pion par sa voisine et néanmoins concurrente allemande et où le Parti socialiste a fait de la question agricole le premier thème de ses forums consacrés à son projet pour 2012. À l'heure enfin où le Président de la République multiplie - certes depuis la débâcle des Régionales - les discours sur la place de l'agriculture et les déplacements dans un milieu rural qui n'a jamais vraiment été sa tasse de thé.

“Trouver des alliés”

Finies les visites au pas de course du seul Salon de l'agriculture, place à l'échange frontal au milieu des bottes de foin. Nicolas Sarkozy a ainsi accepté jeudi 1er juillet lors de sa visite en Aveyron chez Sandrine et Alain Durand, un jeune couple à la tête d'un troupeau aubrac sur Brommat, d'être confronté à de jeunes agriculteurs offensifs lors d'une table ronde, au moment même où le secteur traverse une crise sans précédent (voir ci-dessous les chiffres des revenus 2009). “Si on ne fait rien, on perd 42 % des exploitants”, a lancé au chef de l'État le président des Jeunes agriculteurs de l'Aveyron, Bruno Montourcy. Et le président de la FDSEA, Dominique Fayel, d'insister : “La crise agricole est générale et sans précédent. Nous subissons la dégradation continue de nos revenus depuis trois ou quatre ans. Une bonne politique est une politique qui met en valeur ses atouts. (...) Il faut que l'Europe retrouve un projet agricole”. L'agriculture est “aussi stratégique que le spatial, l'aéronautique ou les nanotechnologies”, a répondu Nicolas Sarkozy, précisant que “les deux choses incontournables” pour la protection de l'agriculture sont “les prix et l'installation des jeunes”. Justement, en matière d'installation, le président a annoncé que la somme de 350 millions d'euros allait être “sanctuarisée” dans le budget 2011 pour aider les jeunes agriculteurs à s'installer. Le chef de l'État a également réaffirmé que pendant sa présidence du G8 et du G20, à partir de novembre et pour une année, il inscrirait à son programme la régulation du prix des matières premières, “notamment les prix des matières premières agricoles”. “J'essaierai de trouver des alliés chez les Turcs, les Chinois et les Indiens, en leur expliquant que l'intérêt de leurs paysans, c'est d'avoir de la lisibilité. Et il n'y a pas de lisibilité s'il y a de la spéculation qui tient en otage un certain nombre de marchés”, a-t-il affiché.

 

Serpent de mer

Et face à des producteurs qui ne s'en laissent pas compter, Nicolas Sarkozy a affirmé s'être déjà “beaucoup investi” sur le dossier agricole, rappelant au passage à ces éleveurs la réorientation d'un milliard d'euros d'aides de la Pac en direction des productions animales. Quant au serpent de mer des relations entre fournisseurs et grande distribution, le Président de la République s'est voulu une nouvelle fois catégorique, affichant sa détermination à obtenir des centrales d'achat une réduction de leurs marges. “Et si elles ne le font pas, on les taxe et on reversera, sous une forme sur laquelle on est en train de discuter, le produit de cette taxe”, a-t-il promis. Des propos certes rassurants qui ne suffiront à l'évidence pas à sortir le monde paysan de son mal-être, ni à redonner pleinement confiance aux agriculteurs quant à la capacité du gouvernement à assurer un avenir porteur à son agriculture.
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Source L'Union du Cantal

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