Pour gagner en autonomie protéique : Cultiver du soja et distribuer les graines aplaties aux bovins

Sophie Bourgeois

La culture du soja peut être une piste pour améliorer l'autonomie en protéines, malgré le manque de références sur la valorisation de la graine crue aplatie par le troupeau allaitant.

Et pourquoi ne pas cultiver du soja ? C'est en effet le plus riche des protéagineux, avec des graines contenant 35 à 39-40 % de protéines quand les féveroles en contiennent en moyenne 27 à 28 %(1). C'est de ce constat que sont partis Michel Desmidt, conseiller en agriculture biologique de la chambre d'agriculture de Corrèze et des éleveurs de bovins allaitants il y a maintenant cinq ans. Le principal défi consistait à trouver des variétés cultivables dans les conditions limousines… ce qui est chose faite. Une plateforme variétale a été mise en place il y a deux ans au lycée agricole de Tulle-Naves. « Nous nous concentrons désormais sur les variétés les plus précoces, les 000 (triple zéro). Sur le département, les éleveurs récoltent 25 à 35 quintaux. Le soja est semé en deuxième quinzaine de mai, quand le sol est suffisamment réchauffé, et il est récolté fin septembre ou début octobre », explique le conseiller.
« L'itinéraire technique est maîtrisé sur les deux tiers Sud de la France ainsi que dans le Centre-Est, confirme Vincent Lecomte du Cetiom. Le soja ne pourra cependant peut-être pas rendre ses services aux éleveurs de tout le territoire. « En région Pays de la Loire, il faudrait disposer de l'irrigation en sécurité. Cette culture nécessite des terres assez profondes à bonne réserve utile », estime Renan Maurice, de la chambre régionale d'agriculture des Pays de la Loire. Une veille est menée sur la culture du soja, mais dans cette région, les éleveurs à la recherche d'une source de protéines sont plutôt orientés vers la féverole ou le pois en première intention, voire le lupin. Le désherbage est le point le plus sensible de l'itinéraire technique du soja. Le désherbage mécanique nécessite une bonne maîtrise de la bineuse et de la herse étrille, avec deux à quatre passages en tout en agriculture biologique.

En agriculture conventionnelle, le désherbage chimique pourra être réalisé au semis, en prélevée, et/ou en post-levée, en association avec des moyens de lutte agronomiques (faux-semis). Une inoculation est nécessaire en première année de culture sur une parcelle. Le soja n'a pas besoin de fertilisation azotée et la fertilisation de fond est raisonnable (compter environ 60 unités de phosphore et 90 unités de potasse). Le risque lié aux parasites en végétation est très faible.

Le soja est une légumineuse de printemps qui n'a pas besoin de fertilisation azotée et on estime qu'elle fournit en moyenne 30 à 50 unités d'azote pour la culture suivante. (C. Gloria)

Le soja est une légumineuse de printemps qui n'a pas besoin de fertilisation azotée et on estime qu'elle fournit en moyenne 30 à 50 unités d'azote pour la culture suivante. (C. Gloria)

 

Taux de matières grasses totales dans la ration

On dispose de peu de références sur la valorisation des graines crues par les bovins. Le Cetiom a cependant établi quelques recommandations d'utilisation. « Il faut veiller à ce que la teneur en matière grasse totale de la ration ne dépasse pas 5 % de la MS, au risque de détruire la flore microbienne (protozoaires) du rumen. Lorsque l'on respecte cette condition, l'activité du rumen détruit les facteurs antitrypsiques qui ont ainsi plus d'effet anti-nutritionnel », explique Alain Quinsac du Cetiom. Il ne faut par contre pas en distribuer aux veaux de moins de 200 kilos. Leur rumen ne fonctionnant pas, les facteurs antitrypsiques sont beaucoup plus perturbants pour la digestion des protéines. « Le soja cru broyé présente une meilleure disponibilité des protéines et matières grasses. Il ne pose pas de problème d'appétence, et son taux d'incorporation peut aller jusqu'à 20 % de la MS de la ration pour l'engraissement de bovins viande. » Attention aussi à ne pas associer de graines de soja crues avec de l'urée. Sinon une libération excessive d'ammoniac pourrait intervenir.
« Nous restons prudents faute de davantage de références sur l'incorporation du soja dans les rations »,explique Michel Desmidt. « Les éleveurs n'en distribuent pas plus de 0,8 à 1 kg par jour et par animal. C'est un produit concentré, utilisé en tant que complémentaire azoté pour ajuster des rations. Dans cette configuration, un hectare de soja suffit pour un troupeau allaitant de 80 à 100 vaches. »

La graine crue de soja apporte 1,08 UFL ; 1,05 UFV ; 215 g PDIN et 76 g PDIE par kilo brut (source Cetiom).

La graine crue de soja apporte 1,08 UFL ; 1,05 UFV ; 215 g PDIN et 76 g PDIE par kilo brut (source Cetiom).

 

Pour en savoir plus sur la culture du soja : www.cetiom.fr

(1) Mandoline (féverole de printemps) contient 31-32 % de protéines.

Source Réussir Bovins Viande Mars 2011

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