Pour redonner du sens à la PAC : Le poids des hommes, le choc des messages

Sophie Giraud

A enjeu de taille, mobilisation de masse. 600 éleveurs du Massif central se sont rassemblés, mardi dernier, à Clermont, pour défendre une politique économique en faveur de l'élevage herbager.

Les dernières estimations pronostiquaient une participation comprise entre 200 et 300 personnes. Au final, il a fallu pousser les murs et se retrancher sur un amphithéâtre plus grand, en migrant de l'Enita au lycée Louis-Pasteur de Marmilhat pour accueillir les 600 éleveurs rassemblés à l'appel de la Copamac-Sidam (1), pour la journée du 17 juin. Une journée consacrée au bilan de santé de la PAC, dans lequel les responsables professionnels mettent beaucoup d'espoir, en premier lieu, celui de construire une véritable politique économique en faveur de l'élevage herbager. « La révision de la PAC, qui se déroulera sous présidence française, doit absolument être l'occasion de redonner du sens et de la légitimité à la Pac et permettre à l'élevage herbager de retrouver de la compétitivité par l'instauration d'un soutien économique aux prairies », voilà le message qu'ont relayé, tour à tour, la plupart des intervenants présents (2).

600 personnes, pas un seul siège vide à l'horizon. La mobilisation est à la mesure des attentes des éleveurs, immense.

600 personnes, pas un seul siège vide à l'horizon. La mobilisation est à la mesure des attentes des éleveurs, immense.

La prairie, malmenée…à tort

Y compris d'ailleurs, Jean-Claude Guesdon, ingénieur de l'Institut de l'élevage. Chiffres à l'appui, il a planté le décor d'un paradoxe : « Alors que les systèmes herbes/ruminants sont le moyen de faire des protéines animales de manière économe en céréales et tourteaux, dont les prix flambent actuellement, alors que ces systèmes ruminants en Europe fournissent en complément d'indéniables aménités : bilan carbone, qualité de l'eau, des paysages, des produits, ces systèmes reçoivent nettement moins de soutien public à l'hectare que les cultures destinées aux agrocarburants ! ». Et de pronostiquer, « plus on restreindra la prairie, plus les bovins auront besoin de céréales…le véritable rééquilibrage des revenus et le maintien de l'élevage qu'il assurerait, est aujourd'hui dans le recentrage sur l'herbe, du soutien historique découplé ».

Agir maintenant pour sauvegarder la PAC après 2013

Les zones d'élevage, en particulier du Massif central, traînent en effet comme un boulet, des soutiens historiquement faibles en faveur de l'herbe. A terme, si aucun rééquilibrage ne s'opère, c'est l'élevage à l'herbe dans son ensemble qui est condamné. « Nous sommes ici pour faire reconnaître l'herbe, si on se contente de faire du replâtrage, cela ne sert à rien », a lancé Hervé Gauzin, président de la FDSEA du Lot. Il y a donc comme un défi à relever pour les filières animales et les systèmes herbagers : celui de persuader consommateurs, politiques, citoyens et contribuables du bien fondé d'une réforme de la PAC, plus équitable, plus légitime. Il en va de la pérennité même de la politique agricole commune. « Si l'on s'entête dans des répartitions injustes des soutiens publics, il sera difficile après 2013 de les justifier. Pour assurer la souveraineté alimentaire, il ne faut exclure aucun secteur », a estimé Daniel Prieur, responsable du groupe montagne et zones défavorisées à la FNSEA. Le débat au sein de la profession agricole, Daniel Prieur ne veut pas le balayer d'un revers de la main, il exhorte simplement à éviter les divisions et à entrer dans l'ère du pragmatisme. Au même titre que le président de la Copamac, Jacques Chazalet, qui voit dans le rassemblement du 17 juin, « un supplément d'énergie pour faire avancer nos revendications légitimes ». Etre force de persuasion, peser dans les négociations qui s'ouvrent, voilà l'enjeu…

(1) Copamac-Sidam : Conférence des présidents agricoles du Massif central/ Service interdépartemental pour l'animation du Massif central.
(2) Parmi les personnalités notamment présentes : Marie-José Jassin, suppléante du député de la 1ère circonscription de l'Allier Guy Chambefort, Michel Magimel, DRAF Auvergne, Dominique Barrau, vice-président de la FNSEA…

Jean-Claude Guesdon, Institut de l'élevage

Jean-Claude Guesdon, Institut de l'élevage

 

Ils ont dit...

- Jean-Claude Guesdon, Institut de l'élevage : « Les accusations dont sont l'objet les bovins et les ovins concernant l'avenir de la planète… n'ont d'égal que l'attachement des consommateurs aisés à ces protéines animales et celui de nombreux citoyens qui associent, à juste titre, l'élevage bovin et ovin à la qualité des territoires et des paysages ».

- Pierre Chevalier, président de la FNB : « La mobilisation d'aujourd'hui et celle que l'on sera capable d'organiser demain méritent qu'on porte attention à nos revendications. Dans le contexte de pénurie alimentaire, l'Europe n'est pas foutue de construire une PAC basique et simple, qui garantisse la souveraineté alimentaire, comme le font les Etats-Unis avec leur Farm-Bill. A ce rythme là, il y a un vrai risque pour l'Europe de perdre son indépendance alimentaire ».

- Jacques Chazalet
« Le trou de l'herbe, cela fait quinze ans qu'il existe. Depuis, le différentiel entre les systèmes herbagers et les autres n'a fait que s'amplifier. Nous avons aujourd'hui une opportunité de refonder la PAC, il ne faut pas la louper » déclare le président
de la Copamac et de la FRSEA Massif central

Michel Queille, président des JA Massif central

Michel Queille, président des JA Massif central

 

- Daniel Prieur, responsable du groupe montagne et des zones défavorisées à la FNSEA : « Pas d'agriculture dans les zones difficiles sans soutien. Même si la volonté politique semble être au rendez-vous, il nous faut continuer à ferrailler sur la politique de compensation des handicaps et sur l'herbe ».

Michel Queille, président des JA Massif central : « La Pac ne doit pas perdre ses objectifs édictés par le traité de Rome. Aujourd'hui l'augmentation des charges (carburants et aliments) pèsent lourdement sur la trésorerie des éleveurs. Pour sauvegarder l'élevage, il y a deux solutions, soit c'est le consommateur qui paye, soit c'est le citoyen avec une PAC plus efficace et plus réactive ».

Calendrier serré pour négociation de taille

La Commission européenne a lancé le bilan de santé de la PAC, en novembre 2007, à l'occasion d'une communication. Début 2008, cette communication s'est formalisée en propositions législatives. De mai à novembre 2008, les négociations s'ouvrent sur ces propositions. La France s'est fixée comme objectif de parvenir à un compromis sur la PAC, en novembre 2008, pour validation des règlements en décembre 2008. Les choix définitifs devraient être notifiés par la Commission européenne, en août 2009.

Source Auvergne Agricole

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