Prix de la viande : “ni perdant, ni gagnant” ?

Agra Presse

L'Observatoire des prix et marges ne relève pas de “sur-profit” à l'aval de la filière. Scandalisés, les producteurs mettent en cause l'impartialité du rapport.

Entre 2000 et 2010, la marge brute des industriels et de la distribution a augmenté de 1,06 e/kilo équivalent carcasse, d'après le rapport de Philippe Chalmin, directeur de l'Observatoire des prix et des marges. Par contre, du côté des éleveurs, le prix est resté indéniablement stable (2,75 e/kg carcasse en moyenne) durant la même période. En dix ans, les éleveurs n'ont pas pu transférer ces coûts sur leur prix de vente, à l'inverse des industriels et de la distribution. Cette hausse de 1,06 e de la marge brute s'expliquerait donc par des charges supplémentaires que les industriels et la distribution font payer au consommateur. Ces charges seraient liées à la traçabilité et à la sécurité alimentaire, à la facilité d'utilisation des produits, “aux exigences de la société en matière d'environnement et à la hausse normale sur dix ans de postes comme la main d'oeuvre ou l'énergie.”

Contraintes sociétales coûteuses

Après la crise de la viande bovine, le surcoût des mesures de traçabilité mises en place avait été évalué, selon Philippe Chalmin, à 0,5 euro/kg équivalent carcasse. “Reste à expliquer les 0,5 à 0,6€e restants”, glisse-t-il. Le changement du mode de consommation de la viande (davantage de produits élaborés et de viandes en barquette, transport...) induit des pertes plus importantes. Auparavant, tout l'art du boucher était de gérer sa carcasse pour avoir le moins de pertes possible, relève Philippe Chalmin. Le coût des 35 heures, la difficulté à trouver du personnel qualifié, la montée des charges d'eau et d'électricité en 2008, l'augmentation des contraintes environnementales... expliqueraient donc ces derniers centimes. Question inévitable alors : comment est-il possible que les éleveurs, soumis aussi à des coûts en hausse (contraintes environnementales, traçabilité...), n'aient pas réussi à les répercuter sur leur prix de vente à l'image des industriels et de l'industrie ? “La formation des prix dans le domaine agricole par rapport au domaine alimentaire est quand même relativement différente. Alors je vous la ferais à l'économiste : d'un côté, vous avez un oligopole et de l'autre, un marché de concurrence avec une certaine atomicité de l'offre”, répond Philippe Chalmin, précisant également que dans le cas d'un système naisseur-engraisseur de jeunes bovins charolais, le prix de vente ne couvre pas les coûts de production. À la question “quelle marge de prix supplémentaires faut-il donc aux éleveurs pour couvrir ces coûts ?”, il répond : “Tout dépend du système de production.” Cela dit, la Fédération nationale bovine avance une hausse de 0,6 e/kg carcasse. Avec des éleveurs rémunérés au-dessous de leur coût de production, l'élevage bovin est condamné à disparaître.

 

Les primes ne suffiront pas

Face à cette situation, le ministre Bruno Le Maire s'exclame “qu'il n'est pas question que cette situation perdure. (...) S'il n'y a sans doute pas de gagnant dans la filière bovine, en tout cas, il y a très clairement des perdants. (...) Il faut se retrousser les manches et faire un travail structurel qui n'a jamais été engagé et qui sera le seul à même de permettre aux producteurs bovins de se rémunérer correctement”. Laisser tomber une filière viande bovine en France, sachant que la demande mondiale va croître irrésistiblement et que le pays est déjà importateur de viande, serait éminemment dommageable, ajoute l'économiste. “Parce que les producteurs ont besoin d'un prix plus élevé” et que “les primes ne suffiront pas” à viabiliser les exploitations, Bruno Le Maire “a fixé des priorités”. Développement de la méthanisation avec un tarif de rachat du biogaz attractif et des débouchés à l'export (Russie et Algérie), adaptation de l'offre à la demande avec une réduction du poids carcasse des animaux et une revalorisation des grilles de cotation, facilitation des regroupements d'exploitation face aux contraintes environnementales... en font partie. Il incite aussi à la contractualisation intra-filière et inter-filière. Au sujet de cette dernière, des “premières propositions” doivent être remises “d'ici le 15 février pour une mise en oeuvre avant la prochaine campagne en juillet 2011”, sinon le ministre agira “par décret”, comme en lait. Par ailleurs, les résultats d'un audit sur l'abattage seront attendus “d'ici l'été 2011”. Philippe Chalmin résume pour finir : “Tout le monde est malheureux dans cette filière (...). Le producteur n'est pas content. Le consommateur a l'impression que le prix de la viande ne cesse de monter et donc il consomme moins. L'industriel tire quand même pas mal la langue et le distributeur vous dit : “Si je pouvais me passer de la boucherie, je le ferais !” Plane tout de même un sentiment d'injustice dans l'air...
À lire dans L'Union du Cantal.

Source L'Union du Cantal

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