Quand la finance dicte les cours agricoles

PATRICIA OLIVIERI

Invité de la Chambre d'agriculture, Thierry Pouch a analysé la volatilité des cours des produits agricoles.

“S'il y a une vertu dans cette crise, c'est qu'elle a au moins réhabilité l'importance des denrées alimentaires et agricoles et la légitimité de politiques publiques” : en clair, selon Thierry Pouch, pour la première fois depuis une vingtaine d'années et l'avènement d'une mondialisation menée au pas de course, parler sécurité alimentaire n'est plus un gros mot sur la scène internationale. Invité à la dernière session de la chambre d'agriculture du Cantal le 29 avril, l'économiste de l'APCA (Assemblée permanente des chambres d'agriculture) a tenté de donner des clés de lecture aux responsables agricoles du département sur les causes et effets pervers des fluctuations à l'oeuvre sur les marchés agricoles. “Les marchés mondiaux des commodités (NDLR : matières premières) ont retrouvé une actualité qu'ils avaient perdue depuis le premier choc pétrolier de 1974”, a-t-il analysé. Une actualité qui se traduit concrètement par une forte progression de l'ensemble des prix de ces matières premières depuis le début des années 2000 et une volatilité devenue chronique depuis 2007.

Un trend haussier durable

Ces tensions sur les prix ont certes connu un coup d'arrêt lors de la récente crise financière mais depuis la fin de l'année 2009, la consommation “dévorante” des pays émergents a créé un nouvel appel d'air. “Sauf nouvelle crise, on est probablement sur un trend haussier durable, affirme Thierry Pouch, relayant les inquiétudes de la FAO sur le possible retour des émeutes de la faim dans un contexte de résurgence de poussées inflationnistes dans des pays émergents. Cette situation, l'expert de l'APCA l'explique d'abord par une offre devenue structurellement insuffisante. Ainsi, depuis 2000, le marché mondial du blé est sous pression avec des stocks qui sont passés sous les deux mois. Un déséquilibre amené à se creuser, la FAO estimant qu'à l'horizon 2050, il faudrait avoir doublé - voire triplé - la production mondiale agricole pour nourrir la planète, dont la consommation alimentaire équivalente à
2 358 calories par jour et habitant dans les années 60 devrait dépasser les 3 000 calories dans les 20 prochaines années. Mais la faiblesse de l'offre ne suffit pas à expliquer la volatilité de ces dernières années : T. Pouch a ainsi démontré la forte corrélation entre les cours du pétrole et ceux des matières premières, les fluctuations du prix du baril expliquant 80 % de celles du cours des produits alimentaires. L'impact des biocarburants tout comme celui des taux de change n'étant pas neutre non plus.

 

Une coupable financiarisation

“La finance a repris les rênes du pouvoir économique depuis les années 2000, a-t-il poursuivi. Ces banques, fonds d'investissement et compagnies d'assurance, spéculent au mauvais sens du terme, achètent des contrats et les revendent très vite sans se soucier de la production.” Les marchés agricoles constituant des marchés refuges dès lors qu'une bulle - immobilière, internet, financière - éclate. Et de mettre en évidence la relation entre cette présence croissante des investisseurs sur les index et les chocs auxquels ont été soumis les marchés des matières premières : depuis 2000, les volumes échangés sur les marchés à terme ont été multipliés par cinq et en 2010, il s'est échangé huit fois la production mondiale réelle de blé, 16 fois celle de maïs et 43 fois celle du soja. Avec les conséquences de cette volatilité que l'on sait sur le revenu des producteurs et l'emploi des filières agricoles. Comment sortir de cette spirale ? Thierry Pouch estime que le G20 agricole est l'occasion de reposer à plat les problèmes fondamentaux de l'économie mondiale avec l'objectif de limiter la croissance de la liquidité mondiale, de stimuler la demande intérieure des pays à taux d'épargne élevés, de renforcer la croissance ailleurs mais aussi de réguler les marchés des matières premières. La tâche s'annonce ardue, États-Unis et Brésil notamment étant loin de partager cette ambition française.
Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.
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Source L'Union du Cantal

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