Rapprochements à l'achat entre distributeurs: un présage de tensions accrues pour les négociations commerciales 2015

Rapprochements à l'achat entre distributeurs: un présage de tensions accrues pour les négociations commerciales 2015

Les négociations commerciales 2015 entre distributeurs et fournisseurs s'annoncent plus tendues que jamais, après les alliances conclues pour les achats entre Auchan et Système U, Casino et Intermarché, et Carrefour et Cora/Match et alors que Leclerc, isolé, se déclare "plus motivé que jamais" à rester le moins cher.

L'adhésion de Cora/Match à la centrale d'achat de Carrefour annoncée lundi dernier pour les produits de grandes marques nationales et internationales renforce le poids des deux groupes et leur pouvoir de négociation face à leurs principaux fournisseurs. Ensemble, ils représenteront environ 25,2% de parts de marché pour la France, selon les derniers relevés de KantarWordPanel. Ils arriveront ainsi quasiment au même niveau que l'ensemble Casino/Intermarché (25,9%), et repasseront devant le duo Auchan/Système U (21,9%). Leclerc, qui en 2013 avait réussi à brièvement passer en tête de la distribution française, se retrouve en quatrième position.

Dans un contexte où la guerre des prix entre distributeurs fait rage depuis maintenant deux ans, "on assiste depuis plusieurs mois à une course de tous les acteurs pour passer au-dessus de la barre fatidique des 20% de part de marché, seul moyen aujourd'hui pour peser dans les discussions commerciales avec les gros industriels", constate Yves Marin, expert consommation chez Kurt Salmon. Mais, ajoute-t-il, "l'accumulation de ces alliances ces derniers mois risque de tendre au final vers une espèce d'annulation mutuelle de leurs effets", chacun se retrouvant peu ou prou au même niveau.  "On assiste désormais à un équilibre de blocs, qui remplace un ancien équilibre d'enseignes", déclare M. Marin.

 "Des arguments solides à opposer"

Ces rapprochements ont toutefois une première conséquence, celle de rebattre un peu les cartes du classement, avec Leclerc qui se retrouve un peu isolé. Ce dernier qui avait fait de l'image-prix et du positionnement sur les prix bas ses fers de lance, se voit ainsi directement concurrencé sur le cœur de sa stratégie. Et pourrait voir son poids dans les négociations s'éroder quelque peu, alors même que ses parts de marché stagnent depuis quatre mois, selon Kantar. Un risque que réfute le principal intéressé, se déclarant au contraire "sur-motivé" par ce nouveau "challenge énergisant". "Leclerc redevient challenger, et c'est ce qui dans le fond colle le mieux à son ADN", a expliqué Michel-Édouard Leclerc mardi. "Nous avons des arguments solides à opposer" dans les négociations, restant de fait "les seuls vrais indépendants sur le marché" et pouvant seuls offrir aux industriels une vraie cohérence dans leurs stratégies commerciales. "Alliances ou pas, nous resterons les moins chers", a assuré le patron des centres Leclerc, plus déterminé que jamais.

 

Dans ces circonstances, la principale conséquence des alliances sera sans doute un durcissement accru des relations entre distributeurs et fournisseurs. "Les négociations 2015 devraient ainsi être soumises à une tension maximale, et hors norme", alors que celles-ci se déroulent déjà chaque année dans un climat féroce, relève M. Marin. Si les petits fournisseurs (PME, producteurs agricoles), exclus des accords de coopération à l'achat, devraient être relativement épargnés, les industriels vont devoir se confronter à une "nouvelle donne" avec des demandes de baisses de tarifs plus nombreuses et sans doute plus importantes. "Ils vont devoir faire face à une incertitude plus grande, ce qui pourrait créer chez eux des tensions à la fois économiques et managériales. Plusieurs d'entre eux ont d'ailleurs déjà intégré le fait que ces alliances entre distributeurs vont les contraindre à laisser de l'argent sur la table et à éroder un peu plus leurs marges", note M. Marin.

 Des alliances tardives 

Sans compter que Leclerc, qui n'était déjà pas auparavant l'acteur le plus tendre des négociations, n'aura d'autre choix que de se montrer particulièrement pugnace pour réaffirmer ses positions, ajoute-t-il. Enfin, le fait que certaines des alliances aient été conclues assez tardivement -- Casino et Intermarché ont annoncé leur rapprochement alors que les négociations avaient déjà commencé, et l'accord entre Carrefour et Cora/Match n'entrera en vigueur que le 1er janvier -- pourrait ajouter une pression supplémentaire: celle de réussir à conclure des accords sur les prix dans les délais, les négociations commerciales devant légalement se clore au 28 février. Ce qui ne manquera pas de corser encore un peu plus les discussions, conclut M. Marin.

Source avec AFP

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Commentaires 9

eleveur 61

Je viens de lire une déclaration de guerre ou d'asservissement des producteurs aux profit des GMS et Transformateurs combien de temps avant la révolte qui va devenir incontournable .

jean

Drôle d'économie.Les acheteurs ont le droit de s'entendre mais pas les vendeurs.A t on conscience que ces magazins sont les grands gagnants des Crédits de Compétitivités.4% en 2013 et 6% 2014 ,2015,etc sur montants des salaires bruts des salaries a moins de 2,5 SMIC.Personne n'en parle .pourtant celà contribue a sauvegarder pouvoir d'achats de nombreux français avec cette inflation proche de 0 voir négative pour l'alimentation.

Jean

Drôle d'économie.Les acheteurs ont le droit de s'entendre mais pas les vendeurs.A t on conscience que ces magazins sont les grands gagnants des Crédits de Compétitivités.4% en 2013 et 6% 2014 ,2015,etc sur montants des salaires bruts des salaries a moins de 2,5 SMIC.Personne n'en parle .pourtant celà contribue a sauvegarder pouvoir d'achats de nombreux français avec cette inflation proche de 0 voir négative pour l'alimentation.

Te go

Encore les producteurs qui vont payer la note , ne pas oublier une chose aucun distributeur français n'as déposé le bilan alors que combien d'exploitation vont le faire en 2015

a

Ouais des discussions âpres pour au final "intégrer" un peu plus la transformation, grâce à la crise.
Et Alléluia les distributeurs gonflent leurs marges de 2% sur le sec on passe à 12% sur les marques repères.
Rassurez vous cher consommateur on fera une promo sur ce qu'on importe (pétrole prix coûtant, remise sur l'électroménager chinois ou sur le textile du Bangladesh).
Les prix agricoles locaux sont trop bas, donc on subventionne, pour gonfler les marges qui permettent des promotions sur nos importations... Par conséquence on subventionne nos importations grâce à la logique Wall-Mart (importé par Leclerc).
C'est la fête Paulette.

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