Rats taupiers : L'alerte donnée à un nouveau fléau pour l'élevage et... la santé

Patricia Olivieri

Le préfet invité par la FDSEA et les JA à constater les ravages du campagnol terrestre et à relayer auprès du ministère de l'Agriculture l'urgence à débloquer des fonds.

Les rats s'installent. Non contents d'avoir pris leurs quartiers, jadis épisodiques, dans les parcelles de moyenne montagne cantalienne, les campagnols terrestres étendent depuis peu leur emprise à toutes les altitudes, y compris dans les estives dépassant les 1 000 mètres, hypothéquant ainsi les réserves fourragères de nombre de troupeaux. Installé il y a six ans en Gaec avec son frère et sa soeur, Julien Guillaume est le témoin impuissant des capacités de nuisance de ce ravageur que rien ne semble aujourd'hui arrêter. “Ça a commencé un peu l'an dernier, on avait jusqu'alors réussi à tenir avec du foin qu'on a fâné chez un voisin et dont on a racheté la moitié de la récolte. Mais depuis cet automne, c'est catastrophique”, se désespère le jeune éleveur en montrant au préfet l'état de cette parcelle à 1 100 mètres d'altitude sur-semée 15 jours plus tôt, où l'herbe ne fait pourtant encore que de rares apparitions au milieu de la terre.

Pertes colossales

“Normalement on aurait dû déjà avoir sorti les animaux. Cette année, on va devoir les monter directement en estives sachant que l'herbe risque de manquer aussi là-haut pour les mêmes raisons”, explique Julien Guillaume. Au total, le Gaec a dû sur-semer 30 ha sur les 130 de l'exploitation qui doit nourrir 106 mères salers et leur suite. En intégrant l'achat de fourrage (16,8 tonnes) et la remise en état des prairies, la facture s'élève à ce jour à 12 256 e, sans compter les pertes de fourrages à venir (217 tonnes de matière sèche estimée sur cette campagne, soit l'équivalent de 30 600 euros de foin acheté). De quoi mettre en péril l'exploitation. “Ce n'est pas la première invasion de rats taupiers dans le Cantal de cette ampleur, mais cette année, il y a urgence parce que jusque-là, les agriculteurs ont lutté comme ils ont pu avec leurs réserves, qu'ils se sont indemnisés tout seul. Aujourd'hui l'agriculture n'a plus de réserve financière, des agriculteurs ne passeront pas le cap de l'hiver prochain”, a prévenu le président de la Chambre d'agriculture, lors d'une réunion à laquelle participaient une cinquantaine d'éleveurs à la salle polyvalente de Saint-Bonnet-de-Salers, réunion organisée le 10 mai par la FDSEA et les JA suite à une tournée locale des dégâts subis sur la commune. Alors, face à ce qu'il considère être un nouveau fléau, le président de la FDSEA, Patrick Escure, a exposé au préfet la liste des mesures à débloquer au plus vite, à commencer par des indemnités à travers le Fonds national de garantie des calamités agricoles (FNGCA), mais aussi l'activation de dérogations pour les parcelles engagées en PHAE (prime herbagère agroenvironnementale) afin d'implanter des céréales fourragères sans pénalité, et pour les laitiers qui ne pourront respecter le cahier des charges des AOP fromagères. L'appui financier du Conseil général et de la Région étant également sollicité.

 

Le précédent “huîtres”

Des revendications auxquelles le préfet a apporté de premiers éléments de réponse. “Vous ne pouvez avoir la double peine”, a-t-il reconnu, appelant lui aussi à une “super dérogation” en matière de PHAE pour permettre la réimplantation de prairies. Paul Mourier a en outre indiqué qu'il allait se rapprocher des instances professionnelles et officielles pour des dérogations en matière de cahier des charges AOP. Quant au point central, celui des soutiens mobilisables, il s'est voulu transparent : aucun dispositif financier n'est ouvert à ce jour à ce type de dégâts, pas même le FNGCA, réservé aux seuls aléas climatiques. Pour autant, le préfet a fait savoir que le ministère de l'Agriculture lui avait commandé une expertise économique et financière de la situation cantalienne. “Si le ministère me fait une telle commande, c'est qu'il est en train réfléchir à un dispositif autre que le fonds des calamités”, avançait-il, promettant une étude rapide ciblée sur les secteurs les plus touchés. Les syndicats FDSEA et JA des régions concernées (Auvergne, Franche-Comté, Alpes, Midi-Pyrénées) n'abandonnent, eux, pas la piste du fonds des calamités, cofinancé par la profession et l'État, qui est intervenu jusqu'en 1993 sur ce sujet “exotique” dans les cercles parisiens. Et puis “les huîtres en ont bien bénéficié”, lançait Patrick Bénézit (FDSEA) jugeant qu'un précédent favorable avait ainsi été créé.
Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.
Droits de reproduction et de diffusion réservés

Source L'Union du Cantal

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier