Reconversion professionnelle des agriculteurs : un sujet tabou ?

Lise Monteillet

Reconversion professionnelle des agriculteurs : un sujet tabou ?

En tapant les mots « reconversion » et « agriculture » dans un moteur de recherche, la plupart des sites trouvés expliquent comment devenir agriculteur. Presque jamais l’inverse. Et pour cause, on embrasse rarement ce métier pour quelques années, il s’agit d’un projet de vie. Un certain nombre d’exploitants est pourtant poussé vers la porte de sortie, faute de revenus. Comment sont-ils accompagnés?

Démystifier le salariat

Dans la Vienne, des formations consacrées à la reconversion des agriculteurs se déroulent tous les ans. « C’est difficile de mobiliser du public », concède Sébastien Brizard, salarié à la chambre d’agriculture. Ces formations ont vu le jour grâce à un partenariat entre cinq structures : la chambre d’agriculture, Cerfrance, l’Adefa, la MSA et Solidarité Paysans. « C’est grâce au partenariat que cela marche », insiste Sébastien Brizard. « Le salariat fait peur. Les agriculteurs n’ont pas toujours conscience qu’ils ont beaucoup de compétences, qui peuvent être réutilisées », souligne-t-il. Des exploitants se sont reconvertis dans le transport routier, les travaux publics ou l’entretien d’espaces verts. D’autres ont choisi de reprendre une formation longue. 

Combien d’agriculteurs se reconvertissent chaque année ? Impossible d’obtenir des chiffres auprès de la MSA. Le phénomène pourrait s’accélérer. Plusieurs responsables professionnels ont exprimé leurs craintes à ce sujet. Pascal Cormery, le président de la caisse centrale de la MSA, a récemment déclaré qu’« un certain nombre d’agriculteurs vont être obligé d’arrêter leur métier. (…) Nous avons la responsabilité de les accompagner ». Et d’ajouter : « il ne faut pas avoir de honte sur le sujet ». 

Un discours difficile à assumer

Comme l’exprime Jérémy Decerle, président des Jeunes agriculteurs : « un certain nombre d’agriculteurs n’aura pas d’autre solution que de sortir du métier. Mais nous sommes très vigilants en termes de communication. On ne peut pas motiver des jeunes à devenir agriculteurs et mettre en avant des dispositifs de sortie du métier ».  

La reconversion est un sujet compliqué à aborder en agriculture, alors que la transmission des exploitations s’effectue de père en fils. Difficile de lâcher une terre travaillée par ses aïeux. « Plus il y a de générations avant soi, plus les difficultés pour se reconvertir sont nombreuses », indique François Régis Lenoir, docteur en psychologie et agriculteur.

Quand il s’agit de continuer ou d’arrêter, les aspects rationnels passent souvent au second plan, au profit de l’affectif. Il ajoute : « un changement est relativement difficile à réaliser quand la personne s’est très fortement impliquée dans une activité, pendant longtemps ». « Très souvent, les personnes ressentent un sentiment de honte ou de déni, qui peut les amener à s’isoler, observe Florance Bras, conseillère Vivéa en Poitou-Charentes. Il faut rappeler que ce n’est pas une condamnation à vie ! »

Etre accompagné 

reconversion

Au niveau de l'accompagnement, ce n’est pas encore la panacée. «L’accompagnement est réalisé quand les feux sont au rouge. Il est mal structuré et pas homogène sur le territoire… On est encore très léger », regrette François Régis Lenoir.

Au sein de la MSA, plusieurs actions collectives ont été développées. L’action « Avenir en soi » propose de faire un « panorama de vie »« C’est une démarche bien en amont du changement proprement dit. L’exploitant va savoir s’il peut repartir, devenir associé, salarié ou quitter le monde agricole », résume Pascal Goguet-Chapuis, chargé de mission à la MSA. Autres mesures mises en place : le « parcours confiance », qui consiste à donner une nouvelle impulsion à ceux qui ont décroché, ou encore le financement de séjours familiaux pour les personnes en grande souffrance. L’idée : reconsolider les liens dans des familles où les enfants ne partent pas en vacances, où l’agriculteur ne prend plus un jour de repos, où les huissiers commencent à passer...

Faire un bilan de compétences

Depuis le début de l’année 2016, Vivéa a financé 237 bilans de compétences. Ce chiffre s’établissait à 249 en 2015 et à 185 en 2014. Dans son ordinateur, Florence Bras voit défiler des dossiers de financement très divers, pour devenir professeur de musique, négociateur immobilier, ramoneur, urbaniste, aide à la personne, boucher… 

Doit-on pour autant se réjouir de la restructuration de l’agriculture et de la diminution du nombre de paysans ? « Si demain, on compte moins de 200 000 agriculteurs en France, que vont devenir des départements entiers ? Cela va poser un grave souci d’aménagement du territoire. Serons-nous capables de repenser le modèle ? Aujourd’hui, c’est une course contre la montre qui se joue », interpelle François Régis Lenoir.

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Commentaires 16

ESCHENMANN PHILIPPE OU MME "CLOCHE215"

encore de la politique fnsea pour tenter de garder en vie leurs adeptes quelques jours de plus...

alex

la politique agricole préfère sacrifier les hommes au lieu d'augmenter de quelques centimes les produits agricoles avec leur prix actuel datant de 30 ans.
c'est une vaste bonffonnerie où les paysans sont pris pour des c***.

Jajaja

@satin
«les bonnes années ne sont pas loin.... 2012 2013 en céréales»
Tu appelles çà pas loin toi, tu dois vraiment être super fort en gestion toi. Ensuite renouveler du matériel c'est quand même un peu normal. Enfin si toi ton délire c'est de travailler avec tes voisins c'est ton problème moi ça me dis rien.

Adada

@satin
L analyse est incomplète , je vois dans les compta dès situation comme tu l indiqué où tout le monde à son dechaumeur etc.... Ben tout ça ne veut rien dire ça dépend de l âge du dechaumeur du pulve je vois des compta de 350ha 1 uth et demi bien plus médiocre le remboursement d emprunt est toujours supérieur au frais d entretien , de plus parler de la situation céréalière et l a comparer à l élevage n est pas correcte je vois des fermes qui vont perdre 80 000 à 150 000 euros du quasi jamais vu en elevage
Comment expliquer que 2014 n est pas si éloigné pour les laitiers alors que c n était qu une éclaircie dans le ciel sombre depuis 2008 , pendant ce temps les mises aux normes les fumiers couvertes ça continu
Ton discours justifie la societe de loisirs ou les pecores bossent pour les autres ou l on ne veut rien payer à son vrai prix
En quelques jours les péages ont été augmentés sans problèmes et le lait on prend les paysans pour des imbeciles et ils ne disent rien docilement , quelques centimes sur un litre de lait uht et la filière est sauvée on parle de centimes , le prix des cereales serait à 200 le consommateur ne sentirait rien tant les matières 1ères ne représentent rien en cout , on sacrifie les paysans , on organise ke genocide des paysans 500 suicides tous les ans 800 ou 1000 cette année , un genocide pour quelques centimes

Bazilou

A 200000 agriculteurs on n'occupera pas le terrain. Le modèle "tout matériel" ne fonctionnera pas : trop d'argent pour produire un bien qui ne vaut pas assez. Employer des salariés : trop cher aussi.
Alors effectivement il va y avoir des zones entières à l'abandon....

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