Réglementation : Le vin bio en stand-by

Magali-Eve Koralewski

La Commission européenne a retiré le 16 juin dernier le projet de règlement pour la production de vin biologique. Pour autant, les bio français n'en sont pas au renoncement.

Le projet de règlement relatif à la production des vins biologiques a finalement été retiré par la Commission européenne le 16 juin dernier. Retour à la case départ donc. Si le vin biologique n'a pas trouvé de légitimité dans les textes européens, les règles relatives au “ vin produit à base de raisin biologique ” sont quant à elles toujours valables. Après des mois de négociations au Comité permanent de l'agriculture biologique aucun consensus n'a été trouvé. “ Les États membres n'ont pas réussi à s'accorder sur les doses de SO2.

La Commission dans son dernier document proposait une diminution des doses de 50 mg/l sur vin sec par rapport aux doses conventionnelles et de 30 mg/l pour toutes les autres catégories de vins. Les États membres ne trouvaient pas de consensus, la France a alors proposé une diminution des doses de 30 mg/l sur tous les vins mais cela n'a pas été non plus retenu ”, explique Valérie Pladeau de la l'AIVB-LR (Association interprofessionnelle des vins biologiques du Languedoc-Roussillon). Et la sentence de Dacian Ciolos, commissaire à l'Agriculture et au Développement rural, est tombée. “ Les conditions pour l'instauration de ces nouvelles règles ne sont pas réunies dans une majorité d'États membres. Je ne suis pas prêt à accepter un compromis sur les standards biologiques qui enverrait un mauvais signal aux consommateurs sur l'importance que la Commission attache à la politique de qualité. J'espère que l'industrie et la recherche pourront faire des progrès et que la Commission pourra revenir avec une proposition. ” Les réactions sont plutôt à la déception.

À l'exception du Comité européen des entreprises vins (CEEV) qui s'est dit “ satisfait ” de ce retrait estimant que “ l'Union européenne doit permettre la poursuite du développement harmonieux et non discriminatoire du vignoble biologique ” en proposant “ de rendre équivalent les vins biologiques aux vins issus des raisins biologiques existant actuellement ”. En France en revanche, la déception des différents acteurs de la viticulture biologique est unanime. “ C'est dommage, le vin bio aurait existé. Par ailleurs, le nouveau logo européen ne pourra pas être apposé sur les bouteilles ”, regrette Alain Réaut, président de la Fnivab (Fédération nationale interprofessionnelle des vins de l'agriculture biologique).

Mais l'heure n'est pas pour autant au renoncement. “ Le pas n'est pas franchi maintenant. Mais la viticulture bio n'est pas remise en cause. Elle existe et se développe. Et l'ensemble des acteurs de la viticulture biologique en France ont confirmé leur intérêt pour qu'une réglementation soit prise au niveau européen et souhaitent que les discussions soient poursuivies. À défaut, ils souhaiteraient une réglementation nationale ”, explique Elisabeth Mercier, directrice de l'Agence Bio, à la suite d'une réunion qui s'y est tenue en juillet dernier. Des actions de communications vont se structurer progressivement et un programme d'actions est également prévu pour oeuvrer dans ce sens, l'idée étant de se rapprocher de la Commission européenne et de renforcer également les liens avec les autres États membres sur ce sujet.

Le nouveau logo européen bio ne pourra pas être apposé sur les bouteilles. En revanche, les règles relatives au “ vin produit à base de raisin biologique ” restent valables. (P. Cronenberger)

Le nouveau logo européen bio ne pourra pas être apposé sur les bouteilles. En revanche, les règles relatives au “ vin produit à base de raisin biologique ” restent valables. (P. Cronenberger)

 

Eviter de faire les mêmes erreurs

Sauf qu'il faudra éviter de faire les mêmes erreurs et que les propositions repartent sur les mêmes problématiques et les mêmes débats. “ Les positions entre les différents acteurs français étaient divergentes, elles l'étaient également entre les différents États membres et cela a compliqué la situation ”, estime Michel Issaly, président des VIF (Vignerons indépendants de France). “ Il faut ré-entamer un cycle de discussions, se parler mieux les uns les autres et trouver un terrain d'entente pour se donner une chance de réussir au niveau européen. Il faut construire sur cet échec ”, poursuit-il.

Les VIF ont mis en place une commission bio afin d'élaborer une communication et un travail spécifique pour prendre part aux débats et réfléchir également au cahier des charges bio. “ Nous regroupons au sein des vignerons indépendant près de 600 viticulteurs bio. Nous avons également lancé un observatoire économique au sein de notre fédération notamment pour établir des statistiques plus précises concernant nos adhérents. La commission bio a pour objectif de permettre à nos adhérents bio de s'exprimer ”, souligne Michel Issaly.

En attendant que les lignes bougent au niveau européen quelques démarches se poursuivent au niveau national. La Fnivab compte notamment mobiliser les professionnels pour adhérer à leur charte. “ La charte de vinification Fnivab a été élaborée à l'initiative des professionnels pour avoir une traçabilité des vins. Il faudrait qu'elle se développe de façon plus large ”, estime Alain Réaut.

Par ailleurs, Bio-Cohérence, une nouvelle marque bio (émanant de l'ancienne marque Alternative Bio) qui a vu le jour en avril dernier, réfléchit à établir un cahier des charges pour les vins. “ La marque Bio-cohérence est complémentaire à la réglementation européenne d'agriculture biologique mais se veut plus exigeante. Nous travaillons à la mise en place d'un cahier des charges pour les vins. On sera certainement pas loin de Demeter dans les pratiques. Reste toutefois à trouver un moyen de certifier les règles mises en place, ce sur quoi nous travaillons et qui ne devrait pas aboutir avant les prochaines vendanges ”, explique Dominique Techer, viticulteur représentant du réseau FNAB, président de Bio Cohérence.

Source Réussir Vigne Septembre 2010

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