Régulation : Passer des intentions aux actes

P. OLIVIERI

Point de salut sans le retour à des outils de gestion des marchés : le message de la FDSEA et des JA.

“Le drame de l'agriculture, c'est que pour produire assez, il faut produire trop. Dès lors qu'on dérégule les marchés, la question qui se pose est de savoir ce qu'on fait des excédents...”, qui vont inévitablement peser sur le marché et faire pression sur les prix. Il y a peu Thierry Boulleau, expert des marchés et politiques agricoles et animateur du Sidam, résumait devant les adhérents du Contrôle laitier, la problématique à laquelle se trouve à son tour confrontée la filière laitière, en ajoutant que “depuis 30 ans les dirigeants de l'Union européenne, y compris français, estiment que dès lors que la demande continue à augmenter, il n'y a plus besoin de
réguler”. Sauf qu'à démanteler à tout va les outils de gestion des marchés, le moindre accroc, et a fortiori une crise économique mondiale comme celle en vigueur depuis fin 2008, déstabilise fortement ce beau scénario et génère la volatilité des prix qu'ont connue les marchés laitiers depuis trois ans.

Gestion des volumes par la contractualisation

Comment éviter que ce scénario catastrophe ne s'impose durablement ? Pour Nicolas Cussac, producteur de lait sur Saint-Flour, il n'y a pas 36 solutions : “Il faut absolument une régulation des marchés, et celle-ci ne peut être qu'européenne”, assure le responsable du dossier laitier chez les JA. “Pour nous, cela veut dire que l'UE doit restaurer des outils comme le stockage, les restitutions aux exportations et des dispositifs de gestion des volumes”, complète Nicolas Cussac, qui rappelle d'ailleurs que la Commission européenne a finalement remis en route des mécanismes d'intervention sur les marchés beurre et poudre de lait l'an dernier alors que ces outils devaient être totalement supprimés. Gérer les volumes, mais comment, alors que la fin des quotas laitiers ne fait plus guère de doute à l'horizon 2015 ? “On aurait effectivement préféré que les quotas soient maintenus, mais il a peu d'espoir de ce côté-là, regrette le jeune agriculteur. On a donc l'obligation d'avancer et de proposer d'autres mécanismes.” D'autres mécanismes, intégrés dans le projet départemental laitier de la FDSEA et des JA que les deux syndicats sont allés présenter ces dernières semaines aux producteurs laitiers. “Pour nous, la contractualisation est un moyen d'adapter l'offre à la demande, développe Nicolas Cussac. On intervient en effet par le biais de ces contrats à la fois sur le prix et les volumes”. Encore faut-il selon lui que la contractualisation, poussée par l'État dans le cadre du projet de Loi de modernisation agricole, soit bien encadrée. “Quel que soit le moyen de régulation, s'il n'y a pas de volonté politique forte de freiner la libéralisation à outrance, ces outils resteront inefficaces, prévient le responsable JA. On l'a vu avec les quotas laitiers, qui n'ont pas été utilisés à bon escient, dès lors qu'on a commencé à donner des prêts de quotas”.
Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.
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Source L'Union du Cantal

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