Remise en cause de l'accord sur le prix du lait : FDSEA et JA mettent en garde les industriels laitiers

Alexandre CAYRAC

Les industriels laitiers veulent modifier l'accord du 3 juin 2009 et ne pas appliquer la hausse du prix du lait de 5,7% qui en découlerait pour le deuxième trimestre 2010. FDSEA et JA parlent de «provocation» et n'excluent pas de réagir vivement si la prochaine réunion régionale se passe mal. Les industriels sont prévenus.

La Fédération Nationale des Industriels Laitiers (FNIL) et la Fédération Nationale des Coopératives Laitières (FNCL) ont lancé jeudi dernier un énorme pavé dans la marre. «Ils remettent en cause l'accord signé le 3 juin 2009 qui faisait jusqu'alors consensus dans la filière» explique Christophe Malgouyres, le président de la section bovins lait de la FDSEA. «Les indicateurs qui émergent de cet accord donnent une augmentation du prix du lait de 5,7%, soit 16 euros à ajouter au prix de base. Aujourd'hui les industriels ne veulent tout simplement pas appliquer cette hausse».
Suite à ce désaccord national, les discussions vont se poursuivre en région où l'on va parler prix. En Midi-Pyrénées la réunion interprofessionnelle doit se tenir avant la fin du mois de mars. «Nous mettons en garde tous les industriels de la région. S'ils ne viennent pas à cette réunion dans l'optique de respecter l'accord signé en 2009, notre réponse sera à la hauteur de la provocation» prévient Christophe Malgouyres.
«Si ce n'est pas le cas, ce sera un retour à la case départ du mois d'avril 2009, où faute d'accord interprofessionnel, les industriels avaient appliqué un prix à 200 euros la tonne et mis le feu aux campagnes».

Les efforts des producteurs floués

La pilule est d'autant plus difficile à avaler que «les producteurs laitiers ont fait beaucoup d'efforts durant toute la campagne pour produire moins et ainsi ne pas surcharger le marché. Nous sommes actuellement en sous-réalisation de 9% par rapport au quota national. Les industriels sont en train d'anéantir tous ces efforts» souligne Christophe Malgouyres.
Les arguments des industriels ne sont par ailleurs pas du tout convaincants pour la FDSEA et les JA. «Les industriels nous disent vouloir raccrocher le prix français à celui de l'Allemagne, mais les deux prix ne sont pas comparables» fait remarquer Michaël Chavatte, le responsable lait des JA. «Le lait français est plus riche que la lait allemand en terme de matière grasse et protéique, l'Allemagne exporte 50% de son lait sur le marché mondial alors que la France ne le fait qu'à 30%, le lait que nous faisons ici permet aux industriels de mieux le valoriser, nos laits ne sont pas comparables» détaille le producteur de lait JA. L'Allemagne n'a d'ailleurs pas joué le jeu de la maîtrise de la production en dépassant son quota national en 2009.

« Que l'on ne nous raconte pas d'histoire »

«L'observatoire des prix et des marges nous montre également que les prix aux consommateurs n'ont pas baissé. Les marchés ne sont pas eux non plus à la baisse alors que l'on ne nous raconte pas d'histoire».
La FDSEA et les JA sont donc amers mais fortement remontés. «Personne n'a rien à gagner si la situation du printemps 2009 se répète, mais aujourd'hui nous sommes obligés de tirer la sonnette d'alarme, même s'il est trop tôt pour définir quelle sera notre réaction» explique Michaël Chavatte. Les producteurs laissent une chance aux industriels «le dialogue est la chose la plus importante et il faut tout faire pour le maintenir, mais il ne faut pas jouer avec les producteurs» lance Michel Costes. «Que veut la FNIL, maintenir une filière ou tout détruire et mettre le feu au pays» interroge Christophe Malgouyres. La réponse avant la fin du mois de mars, à l'issue de la réunion régionale de l'interprofession laitière.

Source La Volonté Paysanne

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