Remplacement : Une véritable école

Julien Piro

Le remplacement en agriculture, formidable école pour les candidats à l'installation en agriculture ? C'est le message porté par le service de remplacement France, ex-Fédération nationale des services de remplacement. Reportage dans le Morbihan chez deux JA, anciens salariés du service départemental de remplacement (Seremor).

Guillaume Buchet, 25 ans et Dominique Guitton, 40 ans ne se connaissent pas. Ces deux néo-exploitants installés depuis 2008, à une soixantaine de kilomètres l'un de l'autre dans le département du Morbihan travaillent respectivement dans le lait à Carentoir (Gaec familial avec cinq associés en tout) et la production porcine à Bréhan - plus spécifiquement la sélection - multiplication en lignée femelle - avec un collègue chez qui il a été salarié (1). Autant dire, qu'ils ne vivent pas du tout dans le même univers agricole. Pourtant, à les entendre sur le thème du remplacement salarié en agriculture, ils parlent bien de la même chose, avec des idées très proches. Ils ont pratiqué le remplacement de salariés dans le Morbihan au Seremor, groupement d'employeurs à vocation de remplacement. Guillaume Buchet pendant deux ans et demi, Dominique Guitton durant seize ans. Au départ, ils suivent un cursus classique de formation agricole. Guillaume, fils de paysan décroche son BEP lait puis son STAE option animale, avant d'entrer en BTS productions animales, « mais sans obtenir le diplôme », dit-il avec le sourire.

Le parcours est très proche pour Dominique (Bepa jusqu'au BTS production animales). Les raisons qui les amènent au remplacement dès leur entrée dans le monde professionnel, sont différentes. Guillaume : « Depuis mes seize ans je donnais des coups de main chez mes voisins. Après ma formation en BTS j'ai parlé avec mes parents qui adhéraient au Seremor. Ils m'ont convaincu de devenir un de leurs salariés. Au départ, j'ai été très polyvalent. Je crois bien avoir tout fait : de la volaille chair, des pondeuses, des veaux de boucherie… mais surtout du lait et du cochon. » Après sa formation en agriculture et son armée (1993), Dominique cherche du travail. Il frappe à la porte de la chambre d'agriculture du Morbihan, qui l'oriente vers le groupement Seremor. Le service de remplacement venait tout juste de se monter, deux ans auparavant.

Guillaume Buchet

Guillaume Buchet

Le remplacement favorise la sérénité

Peu à peu, les deux hommes se spécialisent dans leur domaine de prédilection, et
multiplient les missions. «Quatre fermes en 2006, une vingtaine en 2007», dit Guillaume. Chaque année, Dominique travaillera dans 20 à 30 exploitations porcines. Au moment de leur installation, les deux hommes sont « parfaitement sereins », disent-ils aujourd'hui. Comme tranquillisés par leurs expériences multiples.

«L'avantage du remplacement, c'est qu'on découvre tous les types d'élevage, explique Dominique. J'ai travaillé majoritairement dans des structures familiales de 150 à 300 truies, puis dans de plus grandes fermes au fur et à mesure de l'agrandissement des structures ». Il a connu toutes les conduites d'élevage possibles (en bandes, tout plein, tout vide, etc.) Il en a retiré de l'autonomie mais surtout «beaucoup de sérénité». Ce qui, en exploitation, se traduit par des réflexes de vieux briscard de l'élevage porcin, et ce, dès l'installation. L'exploitant au cuir tanné par seize ans de remplacement a, d'emblée, des certitudes. Dans l'extension de son bâtiment d'engraissement, dans la conduite d'élevage, il fait preuve d'une grande maturité. Il est vrai qu'avec autant d'expérience, c'est le contraire qui eût été étonnant.

Dominique Guitton

Dominique Guitton

 

Du côté de Guillaume Buchet, les deux années et demi de remplacement lui ont aussi apporté tranquillité d'esprit et certitudes. «Je suis très maniaque sur certains points, comme la traite, le confort des animaux, la table d'alimentation.». L'aménagement de la stabulation construite au moment de la constitution du Gaec (juillet 2008) et de son installation a été réfléchi avec Guillaume. Il a été écouté, parce qu'il a connu de multiples élevages que ses associés (dont son père) n'avaient jamais vus. Le salarié remplaçant a encore quelque chose en plus, estiment les deux hommes. Des secrets d'exploitants expérimentés, des astuces dévoilées lorsqu'ils remplaçaient le salarié titulaire ou l'aide familial.

Aussi, au moment de leur installation, ont-ils en tête ou sur un carnet une somme de ces gestes et procédés qui font d'une exploitation un outil performant. Mais il ne faut pas trop rêver, quand même. Le remplacement est une formidable école d'apprentissage, «mais nous travaillons toujours sur du vivant, et nous ne sommes jamais à l'abri d'erreurs», souligne Dominique.

 

Source Ja Mag

Publié par Julien Piro

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