Reportage : Des frères boulimiques de création d'entreprises

CER FRANCE, Gérer pour Gagner

Notre projet de méthanisation a été l'occasion pour nous de finaliser nos montages juridiques. La holding s'est imposée naturellement pour chapeauter toutes nos activités”. Éric et Olivier Philippe, deux frères installés à Seicheprey en Lorraine, ont ainsi créé un groupe familial autour de leur exploitation agricole.

D'où vous est venue l'idée de la holding ?

Éric Philippe : Des oncles avaient fait ce choix il y a plusieurs années, ce qui avait provoqué une discussion entre nous. L'idée nous semblait bonne mais nous estimions à l'époque qu'il fallait d'abord se développer. C'est ce que nous avons fait depuis.

Racontez-nous un peu votre histoire…

Éric Philippe : La création de nos deux holdings unipersonnelles début 2011 est effectivement liée au développement de nos activités depuis plusieurs années. Notre père s'est installé ici, à la limite de la Meurthe-et-Moselle et de la Meuse, en 1972. Je l'ai rejoint en 1997. À nous deux, nous avons pu racheter des terres et développer l'élevage de porcs (c'était un atelier porteur à l'époque). Mais lorsqu'Olivier a souhaité nous rejoindre en 2000, il n'y avait pas de quoi nous faire vivre tous les trois.

Olivier Philippe : Nous avons cherché à faire autre chose mais nous n'avions pas les moyens d'investir car nous avions déjà un endettement maximum. Éric a eu l'idée de faire de la prestation de tonte de pelouses. C'est ainsi qu'est née l'entreprise paysagiste Ceres Environnement. Puis la question du traitement des déchets verts s'est imposée et nous avons monté plusieurs plateformes de compostage. Et aujourd'hui, nous montons une unité de méthanisation hébergée au sein de Ceres Energies. Le coeur du projet, c'est notre envie d'entreprendre. La forme juridique de la holding s'est imposée naturellement. Cela nous a permis de restructurer juridiquement toutes nos activités (voir schéma ci-dessous).

 

Justement, quels sont les atouts de la holding selon vous ?

Éric : Les atouts sont multiples. Fiscalement évidemment. Mais aussi en prévision de la transmission ou du décès soudain de l'un de nous deux. Par ailleurs, comme nous avons choisi de créer une nouvelle structure pour chaque nouvelle activité, nous avons fini par éprouver le besoin d'avoir un “chapeau en haut”. Honnêtement, nous sommes contents d'avoir tout clarifié. Enfin, la holding unipersonnelle nous permet de rester indépendants dans nos choix de développement futurs. Aujourd'hui, nous développons nos activités ensemble. Mais on peut imaginer demain que l'un de nous s'implique dans un projet et pas l'autre. Surtout si l'une des épouses avait envie, un jour, de développer son entreprise. Cela nous ouvre beaucoup d'horizons.

Avez-vous été confrontés à des diffi cultés ?

Olivier : Oui, à deux essentiellement. Tout d'abord la complexité du montage juridique, avec la question en toile de fond : qu'est-ce que cela va nous apporter? Il faut prendre le temps de bien tout comprendre. Autre difficulté : les conséquences fiscales. En effet, depuis la création de nos SARL, nous nous versions de petits salaires et peu de dividendes. Les SARL avaient donc d'importants fonds propres. Comme il était nécessaire que les holdings rachètent les SARL, nous avons dû remonter de l'argent pour alimenter chacune de nos holdings unipersonnelles. Cet argent “remonté” était bien évidemment imposable. Ce report de dividendes non versés a été lourd financièrement. En même temps, les capitaux propres dans les deux SARL ont représenté des garanties quand nous avons été voir les banquiers pour fi nancer notre projet de méthanisation. Il ne faut donc rien regretter. C'est juste une pastille à avaler !

Êtes-vous au bout de votre processus de structuration juridique ?

Éric : La prochaine étape se déroulera probablement au départ à la retraite de nos parents. L'activité agricole n'est pas portée aujourd'hui par nos deux holdings. Ce sera peut-être le cas ultérieurement ; il faudra alors transformer l'EARL en SCEA pour autoriser la détention du capital par des personnes morales. Peut-être que l'intégration de l'activité agricole dans le groupe interviendra plus tôt si l'intérêt fi scal est démontré.

Le juridique, c'est donc l'arrière-boutique ?

Olivier : Pas seulement ! Depuis la structuration de nos activités, nous surfons commercialement sur le concept de “groupe familial”. Ça fait à la fois sérieux et humain ! Pourtant, nous ne sommes que 9 personnes au total. La holding n'est pas réservée aux grosses entreprises. Elle nous convient bien parce que nous sommes des boulimiques de la création d'entreprises et que nous avons besoin d'apprendre et d'avancer.

Source CER FRANCE, Gérer pour Gagner

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