Retraites agricoles : des décennies de promesses

UAR (L'Union Agricole et Rurale) 15

“Parole, parole, parole...” : c’est le refrain de Dalida que la section des Anciens de la FDSEA serait tentée de fredonner après la présentation du projet de réforme des retraites.

Jean Lacambre a transmis son exploitation laitière à ses fils, jumeaux, il y a 16 ans.

Des retraites agricoles à 75 % du Smic ? Depuis qu’il a cessé son activité, il y a 16 ans, Jean Lacambre entend cette promesse des différents gouvernements qui se sont succédé, tout comme des candidats à la présidentielle. Dernier en date : François Hollande. Dans le projet de réforme des retraites présenté fin août par Jean-Marc Ayrault, figure de nouveau cet engagement(1). Le secrétaire général de la section des Anciens de la FDSEA qui tiendra son assemblée générale vendredi 27 septembre à Riom-ès-Montagnes, reste néanmoins dubitatif : “On n’en est encore qu’au stade des promesses et cette revalorisation progressive est remise à 2017. D’ici là, ça sera rattrapé par la perte de notre pouvoir d’achat.”

680 € pour vivre

Certes, il admet que, depuis 2002, quelques progrès ont été réalisés mais “4 % de plus sur rien ça représente pas grand-chose !” Pas grand-chose, c’est-à-dire 680 € en moyenne pour un chef d’exploitation au terme d’une carrière complète et 530 € pour les femmes d’exploitants, soit à peine 68 % du minimum vieillesse. Une moyenne dont celui qui a transmis il y a 16 ans son élevage laitier à ses deux fils Vincent et Stéphane, rappelle qu’elle cache des disparités mais surtout des situations encore plus miséreuses. “C’est fait que d’injustices ! lâche-t-il. Moi je touche 750 € par mois avec la RCO, la retraite complémentaire obligatoire, mais il y a encore 50 % des retraités agricoles qui ne l’ont pas.” “Nous sommes encore loin d’une parité avec le régime des salariés”, a par ailleurs exposé récemment une délégation de la SDAE au sénateur Mézard et au député Marleix, faisant valoir un minima de 85 % du Smic pour une carrière complète avec un calcul sur les 25 meilleures années. De même, ces anciens forçats de la terre dénoncent un mode de financement jugé tout aussi inique : “Dans un courrier en 2012, François Hollande indiquait que ses promesses seraient financées par la solidarité nationale et par les dépenses dues à la diminution du nombre de retraités agricoles. Or, Jean-Marc Ayrault a lui annoncé des hausses de charges sociales qui vont peser lourd sur les exploitations agricoles, déjà en difficulté…” “On est une catégorie de laissés pour compte, on nous traite avec mépris et le sentiment des retraités agricoles aujourd’hui, c’est de la lassitude. On cherche à fédérer les gens mais beaucoup sont découragés”, analyse-t-il. Pourtant, ce n’est pas faute d’implication, de rencontres avec les parlementaires, les pouvoirs publics, de manifestations aussi parfois : “Le problème ce n’est pas qu’on ne se défend pas, c’est qu’on ne nous entend pas”, s’agace l’ancien éleveur de Sansac-de-Marmiesse, qui, lui, n’entend pas baisser les bras. (1) Via la création d’un complément de retraite complémentaire.

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

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