Retraites agricoles : Revaloriser plutôt que réformer

Le 12 avril, Éric Woerth, ministre du Travail, recevait les partenaires sociaux. Il s'agissait d'inaugurer la consultation nationale qui doit inspirer la réforme des retraites. Une réforme “serpent de mer” qui doit s'inscrire dans une “loi retraites”, prévue en discussion à partir de la mi-octobre au Parlement et qui devrait être adoptée à la fin de l'année. Une réforme décriée par les syndicats salariés qui rejettent tout recul de l'âge de la retraite (voir ci-dessous). Si cette question a également son importance dans le secteur agricole, c'est plus sur le montant que sur l'âge de départ que les syndicats agricoles se mobilisent depuis des années déjà. D'où l'insistance de ces derniers pour être reçus par Éric Woerth.

Les “années pourries”

Le niveau des retraites des exploitants est en effet nettement plus bas que la moyenne nationale, même pour une carrière complète : ainsi, le montant moyen pour une carrière pleine est de 675,87 euros en Auvergne, selon les chiffres de l'observatoire social mis en place en 2009 par la MSA et la FRSEA Auvergne. Cette moyenne régionale cache en fait de profondes disparités, puisque 10 % des retraites les plus basses ne dépassent pas
482,64 euros et 10 % des plus élevées atteignent 878,06 euros... contre environ 1 200 euros par mois pour l'ensemble des retraités français, retraite complémentaire comprise.
En cause : la faiblesse du revenu des agriculteurs. La prestation dépend en effet de la cotisation versée, elle-même assise sur le revenu. Un revenu qui, dans le département, a eu du mal à dépasser les
10 000 euros en moyenne en 2009. La part la plus importante de
la retraite étant composée de la retraite proportionnelle (au revenu), il n'est pas étonnant que la retraite totale soit faible. Sans compter un autre phénomène qui tire les retraites agricoles vers le bas : les “années pourries”. En effet, les périodes de crises (sanitaires, commerciales...) “plombent” le revenu, et font donc chuter le nombre de points de retraite. Et contrairement aux salariés dont les pensions sont assises sur les 25 meilleures années, celles des exploitants agricoles sont adossées au revenu moyen sur toute leur carrière.
Malgré des revalorisations successives en 1986 (attribution de points supplémentaires), de 1997 à 2002 (rattrapage des montants de retraites des conjointes et des nombreux chefs d'exploitation non déclarés par leurs parents au début de leur carrière), en 2009 (prise en compte des carrières de 22 ans et demi) et celles programmées en 2010 (veuves d'exploitant), puis 2012 (chefs d'exploitation ayant une carrière de 17 ans et demi), les anciens exploitants considèrent que le chemin est encore bien long pour mettre fin “à la honte du pays” .

... et pénibles

“Nous attendons toujours au moins 75 % du Smic. Chez nous, les petites retraites sont à 553 euros en moyenne par mois. C'est ridicule. Aujourd'hui, que voulez-vous faire avec aussi peu d'argent ? Notre objectif, c'est d'arriver à 85 % du Smic”, milite Raymond Coutarel, président des Anciens exploitants de la FDSEA du Cantal qui tiennent son assemblée générale fin mai à Saint-Flour. “Pour nous, l'enjeu est à la fois le rattrapage pour les niveaux les plus faibles, et la négociation des différents critères, comme le relèvement des cotisations, l'allongement de la durée de cotisation ou le recul de l'âge de la retraite”, indique la FNSEA.
Parmi les solutions, celle de l'allongement de la durée de cotisation et surtout celle du recul de l'âge légal de départ à la retraite sont délicates. Si elles sont refusées par les syndicats de salariés en général, elles ne sont pas tellement mieux vues par les agriculteurs. Principale raison : la pénibilité du travail agricole qui justifie à leurs yeux un maintien des 60 ans comme âge de départ. Ou alors, “il faudra faire un geste sur la pénibilité du travail”, affirme Gérard Pelhate, président des Caisses centrales de MSA. Le régime agricole est capable, selon les critères choisis, de définir plusieurs secteurs dont le travail pénible justifierait un maintien de l'âge de la retraite (exploitants maraîchers en plein air, producteurs de lait astreints quotidiennement aux traites des troupeaux, etc). Preuve de l'attachement des paysans aux 60 ans : une majorité prend sa retraite à 60 ans.

Le régime social : quel financement ?

Autre question qui devra être abordée en 2010 : le financement du régime social agricole. Alors que l'État avait repris à son compte l'endettement du régime, il s'était engagé à trouver une solution pour le déficit annuel de 1,4 milliard d'euros. La question devait être réglée en 2010. La discussion sur les retraites sera sans doute l'occasion de revenir sur cette question.
Enfin, l'autonomie et la spécificité du régime agricole font aussi partie du débat. La tendance est à l'uniformisation des prestations entre régime agricole et régime général. Si uniformisation des prestations, en assurance-vieillesse, signifie parité, les organisations agricoles ne sont pas contre. La question est plutôt celle de l'autonomie des institutions, des éléments spécifiques au régime agricole (administrateurs élus, prestations et services spécifiques…).

 

Source L'Union du Cantal

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