Romain Faroux : des drones et du « bon sens paysan »

Lise Monteillet

Romain Faroux : des drones et du « bon sens paysan »
Romain Faroux, fondateur d'Airinov. © Airinov

Enrouler, dérouler les tuyaux d’irrigation… La grosse occupation de l’été ! Romain Faroux a goûté aux joies et tracas de l’agriculture pendant toute sa jeunesse. S’il a revêtu un costume de PDG depuis l’essor de sa société Airinov, bien connue sur le marché florissant du drone agricole, il n’en a pas oublié ses racines.

L’agriculture est toujours dans son « ADN », assure Romain Faroux, PDG d’ Airinov. Sa vie a connu des chambardements, du calme de la ferme poitevine à l’ambiance exaltante des startups. En quelques années, ce fils d’agriculteur à l’esprit aventurier est devenu le patron d’une entreprise qui emploie 45 salariés. Mais au moment de faire un choix, il dit faire toujours confiance au « bon sens paysan ». « En quelques minutes, un agriculteur peut mettre le doigt sur un écueil important, qu’aucun ingénieur n’aura vu arriver », souligne-t-il.

Il est possible de rencontrer Romain Faroux au « Cargo », à Paris. Il a posé ses valises dans ce « vaisseau amiral de la FrenchTech » comme l’a qualifié Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France. Il est ici comme un poisson dans l’eau. « Vous voulez écrire un article sur moi ? Pas de problème mais je risque de beaucoup parler d’Airinov, car nous sommes indissociables », prévient-il. 

Du Poitou à Paris

Romain Faroux grandit entre Limoges, Poitiers et Angoulême. C’est un peu le « triangle des Bermudes », plaisante-t-il. Il y apprend à irriguer les grandes cultures avec « la force du poignet », « à répéter toujours les mêmes gestes, seul, au milieu des champs ». Il est l’aîné de quatre enfants.

Pendant son adolescence, l’exploitation connaît des difficultés financières. « Garder la ferme, chez les agriculteurs, c’est une obligation. Il y a un côté très affectif dans tout ça », confie-t-il.  Sa famille développe alors une activité de disc-jockey, qui permet de renflouer les caisses. Romain Faroux s’oriente ensuite vers un IUT de gestion. « A cette époque, mes étés se résumaient à porter des enrouleurs et des enceintes. Ça fait les bras ! », se souvient-il. 

eBee-paysage

© Airinov

L’envol 

Son diplôme en poche, il claque la porte du tracteur pour monter à Paris. Il enchaîne les petits boulots de livreur et de commercial, avant d’intégrer l’univers des startups. « J’ai passé quatre ans, comme chef de projet, à Meilleurtaux.com. Dans une startup, on peut court-circuiter le parcours standard, à condition de comprendre l’esprit de l’entreprise et de proposer des choses », estime-t-il. Il voit la société croître très rapidement, puis survenir la crise des subprimes, la dégringolade de la bourse, un plan de départ volontaire. « En travaillant à la Défense, je ne voyais plus que des tableaux Excel. C’est très virtuel. J’avais envie d’entreprendre quelque chose de plus tangible, alors j’ai sauté sur l’occasion », détaille-t-il.

L’idée lumineuse viendra sur la ferme du Poitou. « J’avais passé la journée à faire des tours de quads pour aller d’enrouleur à enrouleur. Je me suis dit que si j’avais une caméra qui me permettait de faire le tour de l’exploitation en un clin d’œil, je gagnerais du temps ! », retrace-t-il. A cette époque, personne ne connaît encore les drones agricoles. Une personne de son entourage l’initie aux avions de modélisme. Romain Faroux passe plusieurs mois à bricoler seul, dans sa grange. Un premier revers.

Une rencontre décisive

Il rencontre ensuite deux jeunes ingénieurs, spécialistes des drones et de la cartographie. Ensemble, ils créent Airinov, en 2010, et fabriquent les premiers prototypes de drones, équipés d’une caméra. « Très vite, on s’est aperçu que c’était insuffisant pour répondre au besoin des agriculteurs », déclare-t-il. Leurs efforts se portent sur la mise au point d’un capteur, en partenariat avec l’Inra. Le capteur MultiSPEC naît en 2011 et il est industrialisé en 2014.

Des agriculteurs pionniers voient une opportunité : savoir exactement quelle quantité d’azote apporter sur les céréales à paille et le colza. « Quand j’avais quitté l’agriculture pour partir à Paris, l’hydraulique était la dernière innovation majeure. Quand je suis revenu, l’agriculture était entrée dans l’ère du digital, du numérique », explique-t-il.

Frénésie autour du drone

L’agriculture de précision se démocratise et une frénésie s’installe autour des drones. Dans le maquis des startups, Airinov se taille une place de leader. La startup parvient à attirer un actionnaire de poids, la société Parrot. « Ils nous ont aidés à nous décomplexer, leur vision était plus mondiale et plus industrielle », précise-t-il. Airinov entre dans la cour des grands, avec plus de 60 opérateurs en France, 10 000 vols au compteur et 2,5 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2015. La société met désormais le cap sur l’Europe du Nord et de l’Est.

« J’ai tout mis dans cette entreprise », résume Romain Faroux, aujourd’hui âgé de 35 ans. « Quand on a une intuition, il faut l’amener jusqu’à son terme. Tant que j’ai pu subvenir à mes besoins, j’ai continué. Il ne faut jamais douter. A ce niveau, j’ai pris exemple sur mes parents »

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