Rotation des cultures : pourquoi et comment ?

Rozenn Le Guellec

Visuel d'illustration la rotation de culture

Notion agronomique ancienne apprise dans vos formations agricoles, la rotation réapparait parmi les réponses à des questions actuelles. S’agit-il d’un effet de mode ? D’un nouvel « impératif technique » ? Qu’elles sont les raisons de s’y intéresser ? Comment s’en servir et avec qui ?

Comprendre ce qui s’est passé à propos des rotations, afin de les remobiliser avec l’agronomie
Un retour sur l’évolution des systèmes de cultures ces dernières décennies met en évidence une simplification, parfois extrême, de ceux-ci (1 ou 2 cultures).
Le contexte économique favorable à certaines cultures, couplé à une recherche phytosanitaire performante (nouvelles molécules), ont souvent dicté et sécurisé les choix de l’agriculteur, s’affranchissant ainsi de l’agronomie.
La diminution des productions animales a également contribué au retournement des prairies et à l’arrêt de cultures fourragères (betteraves, maïs, luzerne), réduisant les rotations, la biodiversité et la fertilité naturelle des sols
Aujourd’hui l’accroissement des bioagresseurs (mauvaises herbes, maladies) et le dépassement des seuils en nitrates (>50 mg/l) et de certaines molécules dans les captages d’eau interpellent les agriculteurs et doivent constituer un début de réflexion sur le changement de système.
 
Les raisons actuelles de mobiliser la rotation en agriculture : champs cultivés et systèmes de culture, lieux des interactions et objets d’échanges  pour l’agronome et l’agriculteur
Pour l’agronome, le champs cultivé (la parcelle) est l’objet de travail, avec l’agriculteur qui y prend des décisions et les met en œuvre. C’est donc le lieu des interactions entre le sol –le climat et le peuplement végétal sous l’effet des pratiques décidées et appliquées par l’agriculteur.
 A l’échelle d’un ensemble de parcelles conduites de manière identique ou très proche, on parle de Système de Culture.
Un 1er niveau de caractérisation, (celui qu’il faut  remobiliser) : la rotation et les autres éléments structurant de nature pluriannuelle comme le travail du sol profond ou non, le labour ou SL ,  la taille des parcelles ou les éléments fixes extérieurs  (éléments de nature pluriannuelle).
Un second niveau de caractérisation, plus habituels pour les praticiens : les itinéraires techniques annuels pratiqués sur chacune des cultures qui appartiennent au système de culture. (Sebillotte 1979)
 
Le système de cultures permet donc de coupler les moyens de production (matériel, main d’œuvre, foncier, travail du sol) aux facteurs de production (intrants).
Lorsque l’on parle système de culture c’est donc sa stratégie qu’il faut reconsidérer : investissement matériel, conduite culturale, diversité de cultures.
La rotation est donc à   considérer au sein du Système de culture, et il faut éviter  de retenir des règles généralistes du type  « allonger les rotations » : et plutôt considérer en bon normand  «  ptet ben qu’oui, pte ben qu’non, ça dépend ! »
 Outre sa durée, la nature des cultures et leur ordre sont les descripteurs  de la rotation. Vous êtes nombreux à considérer à « ne pas avoir de vraie rotation ». Certes, elles ne  sont pas toujours figées ,mais lorsque l’on cherche avec vous a les retrouver dans le passé, certains éléments structurant se dégagent et « font rotation » :  pas de blé/ble , une culture de printemps parfois et du TCS ou bien labour et une betterave tous les 6 ans, ou bien encore une prairie temporaire de 4 à 6 ans suivi de un ou 2 cycles de MAIS –BLE ….Cette connaissance, enrichi des autres éléments du Système de Culture,  permet d’aider à un diagnostic de la situation agronomique actuelle .
 
  L’approche Système de Culture permet de décrire les liens entre les pratiques passées ou envisagées et de comprendre leurs effets
Globalement, lorsque le raisonnement à l’échelle de la rotation (et donc du système de culture)  revient  au premier plan : et que la spécialisation des cultures et des pratiques   diminuent ,  alors la spécialisation  des bioagresseurs  ainsi que la spécialisation des besoins en ressource  diminuent également . Quelques exemples pour l’illustrer:

  • Les besoins en azote et en phosphore (non renouvelable) à la baisse.
  • Une  diminution  de la pression  maladies : la spécialisation des champignons pathogènes  est avérée dans de nombreux cas  de succession/rotation spécialisée dans la durée: maladies des racines sur blé – phoma du colza- rhizomanie de la Betterave- Cortège de pathogènes sur le lin- Mildiou sur pomme de terre- Aphanomyces euteiches non connu  à l’époque et apparu sur pois  protéagineux suite à des rotations très courtes (fin année 80 puis années 90).
  • Moins de ravageurs et de nématodes : pour les nématodes, ils sont inféodés à la parcelle et les seuls moyens de lutte sont agronomiques.

Les limaces sont à la fois favorisées par la présence de colza  et ses repousses dans les rotations, combinées à un de travail du sol simplifié.
Enfin les autres ravageurs sont présents à une échelle plus large, celle du grand territoire, et là c’est la combinaison de rotation et systèmes de culture identiques qui amènent à la spécialisation et au développement des populations de ravageurs. C’est le cas des ravageurs du colza dans leur ensemble, de la pyrale, de la chrysomèle du maïs, et de l’explosion de rouille brune dans les années 80 avec la variété Fidel (région Centre).  

  • Effet sur les adventices.  C’est  le domaine par excellence  ou il faut penser temps long , celui  qui contient la rotation mais pas élément.

Une règle simple à décliner et à adapter sur vos systèmes de culture : DESPECIALISER l’ensemble des pratiques pour DESPECIALISER la flore adventice.
Retrouver une maitrise des adventices dans la durée avec moins d’herbicide répond aux questions les plus aigües actuellement : techniques, économiques, environnementales, et sociale (santé).
 
Les raisons de raisonner au temps de la rotation  sont multiples, et correspondent à des enjeux de durabilité sur les exploitations, avec des gains pour l’exploitation, le territoire et parfois plus globalement. En voici quelques-uns présents en Normandie:
-Répondre à certaines impasses techniques liées  à des baisses d’efficacité, des résistances
- limiter le besoin en fertilisants, et par voie de conséquence la consommation en énergie et le rejet en GES  (Azote minéral 1er poste de consommation d’énergie des systèmes cultivés, et directement et indirectement lié au rejet de N20). Limiter également l’usage des phytosanitaires.
-Ce faisant : maintenir  des marges économiques  en jouant sur les charges. Gagner en autonomie économique : la part des achats dans le produit et la marge ;
-Ce faisant : moins exposer votre  santé  et celles des riverains
 -maintenir les taux de matière organique des sols pour assurer leur fertilité durablement.
-Contribuer au maintien, voire à la restauration de la biodiversité  fonctionnelle pour vos systèmes  de culture.
-Contribuer à la limitation de l’érosion.
Avec qui travailler ce sujet agronomique ?
« A froid », avec des collègues et un accompagnement agronomique.
Mener une réflexion  sur son système de cultures et la ou les rotations lui appartenant, suppose de prendre de la « distance » par rapport à sa façon de conduire ses cultures actuellement. Il ne s’agit pas d’accueillir un préjugé bon ou mauvais, mais de s’autoriser une réflexion  par rapport à ce qui est actuel dans ce que vous attendez de cette conduite des cultures.
Le temps adapté est  plutôt celui de la « morte saison » : fin d’automne-hiver.
Le regard extérieur de collègues ni trop complaisants, mais sans jamais de jugement de valeur, a fait ces preuves pour renforcer la distance et penser « neuf » (œil extérieur).
Vos accompagnateurs, si vous leur en donnez le mandat, doivent vous aider à partager des principes agronomiques, parfois des références, à capitaliser celles de votre entourage professionnel, à formaliser votre travail de réflexion et de construction, à vous aider à porter un pronostic sur les résultats à la fois agronomiques et de performances par rapport aux enjeux retenus

Rotation des cultures : pourquoi et comment ?

Exemple conception Système de culture polyculture et fourrage en Normandie (ci-dessous)

Retrouvez cette actualité au Salon aux champs les 30 et 31 août à Lisieux http://www.salonauxchamps.cuma.fr/

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