Saint Emilion : Des amoureux du vin viennent à Bordeaux assembler leur propre millésime

Même la paralysie de l'espace aérien n'a pas empêché une cinquantaine d'intrépides néo-vignerons de faire le voyage jusqu'à Saint-Emilion pour concocter eux-mêmes leur premier cru bordelais, issu de prestigieuses appellations et de fameux cépages.

Venus de dix pays et de trois continents, 55 apprentis viticulteurs sont arrivés à bon port, malgré le nuage de cendres volcaniques, à Château Teyssier, Saint-Emilion, où Crushpad, entreprise vinicole basée à San Francisco, a lancé depuis un an sa première opération à l'étranger. Banquiers, avocats, promoteurs immobiliers ou même des familles, ces amoureux du vin supervisent depuis des semaines leur micro-cuvée 2009 et ne voulaient manquer sous aucun prétexte leur rendez-vous avec l'ultime assemblage sous l'oeil expert d'Eric Boissenot, assembleur renommé des prestigieux Lafite-Rothschild, Mouton-Rothschild, Margaux ou encore Latour.

Selon les appellations utilisées, ils ont payé entre 6.750 et 13.500 euros pour une barrique (225 litres) de leur propre millésime réalisé à partir des parcelles et du raisin qu'ils ont préalablement sélectionnés. Ils peuvent aller jusqu'à vendanger eux-mêmes, choisissent l'étiquette ou peuvent décider de gérer le moindre détail à distance au moyen d'un site internet pédagogique. Ces passionnés ont prévu des destinées diverses pour leur millésime 2009: certains l'offriront à des amis, d'autres le présenteront à des concours réputés, d'autres encore le commercialiseront ou le conserveront pour leur consommation personnelle.

Le coût moyen d'une bouteille se situe entre 22,50 et 45 euros. « Ces gens rêvent de devenir des viticulteurs, ils veulent enrichir leur expérience du vin avec la fabrication de vin », explique Stephen Bolger, président de Crushpad France. « Pour eux, c'est une réelle joie de travailler avec quelqu'un de si mythique dans le vin », dit-il, visiblement fier d'avoir recruté Eric Boissenot comme consultant. « Nous avions besoin de quelqu'un doté d'une connaissance approfondie du terroir (...) pour nous aider à trouver les parcelles de qualité que nous souhaitions procurer à nos clients », ajoute-t-il. Mais, pour l'assembleur renommé qui compose les plus grands crus à partir de différentes parcelles, cépages et barriques, mêler le cabernet sauvignon du Médoc et le Merlot de Saint-Emilion pouvait surprendre.

« Au début, j'étais un peu perplexe », admet M. Boissenot, « c'est un concept américain qui ne s'importe pas facilement en France mais ce qui m'a intéressé finalement c'était l'assemblage, j'aime l'assemblage », confie-t-il. Il se dit aussi « intéressé » par la rencontre de « gens qui ont pensé intellectuellement à leur assemblage et qui maintenant vont vraiment le découvrir ». Dans les chais de Château Teyssier, les apprentis viticulteurs commencent par déboucher les premiers mélanges déjà réalisés par Eric Boissenot et Neil Whyte, le vigneron du château. « C'est la première fois que nous découvrons notre vin », explique Richard Perry, un avocat de Londres, parlant de son cru issu de quatre appellations différentes. Les premières dégustations l'ont conduit ainsi que son compatriote banquier, Adrian Chopin, à revoir le plan de distribution de 300 bouteilles. « Au début, nous pensions que nous le vendrions à prix coûtant à nos amis mais je ne suis plus si sûr, il est trop bon pour eux », lance M. Chopin.

« Nous avons assemblé le vin blanc ce matin et c'était passionnant », explique Rudo Autner, un consultant financier de Slovaquie, qui produit quatre barriques. « Je viens d'un pays avec une longue histoire viticole mais je n'ai jamais vécu ce type d'émotion avec le vin », ajoute M. Autner, qui prévoit de créer un grand cru dans le château qu'il vient d'acquérir dans son pays.

Source AFP

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