Saint-nectaire : une étape supplémentaire avant l’arrêt des fourrages fermentés

Mélodie Comte

Les professionnels de la filière saint-nectaire se montrent inquiets de la modification du cahier des charges, qui pourrait pénaliser nombre de producteurs.

L’interprofession saint-nectaire a présenté lors de son assemblée générale, les nouvelles propositions sur l’alimentation des vaches afin de repousser l’échéance “tout foin 2017”.

Juin 2015 : le comité national de l’Inao refusait l’utilisation des fourrages fermentés au-delà de 2017, dans l’alimentation des vaches laitières de la zone AOP saint-nectaire. Or, l’application d’une telle mesure fragiliserait l’ensemble de la filière. “Le passage en tout foin ne permettrait pas de maintenir les volumes de production, déjà déficitaires”, explique Jean-Luc Dischamp, président de l’Interprofession saint- nectaire (ISN). Cette importante modification du cahier des charges mettrait également en difficulté de nombreuses exploitations d’après le vice-président Patrice Chassard, du collège producteurs. “Environ 60 % des producteurs ne sont pas prêts à passer au tout foin pour des raisons structurelles et économiques.” Face à cette position unanime pour conserver les fourrages humides, l’interprofession a convenu d’un consensus afin, espère-t-elle, de changer la position du comité national de l’Inao.

Les nouvelles propositions

Lors de l’assemblée générale de l’ISN, le 28 avril, les nouvelles propositions d’évolution du cahier des charges ont été présentées. Établies suite à la visite en février de la commission d’enquête, elles établissent, entre autres, une nouvelle ration pour les vaches laitières. Ainsi, sur une année, la ration totale en matière sèche (MS) comprendrait au minimum 70 % d’herbe issue de la zone AOP ; 1,8 tonne de MS de concentrés et le reste de la ration pourrait être de l’herbe sous forme de fourrage sec, non issu de la zone. Quant aux fourrages fermentés (taux de MS inférieur ou égal à 80 %), ils ne devraient pas dépasser 15 % de la ration totale en MS sur l’année. Les fourrages secs devraient représenter au moins 60 % en MS de la ration de base hors période de pâturage. Ces nouvelles conditions de production ont été élaborées, assure l’interprofession, pour permettre à un maximum de producteurs de rentrer dans les clous et d’apprendre à valoriser au mieux leur herbe, avant le passage au tout foin. “Ces nouvelles propositions devraient repousser l’échéance et faire pencher la balance en notre faveur auprès du comité national. Les producteurs auront ainsi davantage de temps pour apprendre à valoriser l’herbe et s’informer sur le séchage en grange ou d’autres techniques”, précise Patrice Chassard. Les éleveurs déjà en système tout foin pourront néanmoins valoriser leur technique de production par l’apposition d’une mention spéciale sur l’étiquetage des fromages. “Nous espérons une segmentation du marché grâce à cet étiquetage tout foin. Les producteurs ayant fait cet effort technique auront ainsi une valorisation supplémentaire en termes de communication. À ce jour, nous n’avons pas de réponse quant à une valorisation économique du tout foin”, commente Jean-Luc Dischamp.

Les contreparties

Comme dans tout consensus, il y a l’accord et les contreparties. La commission d’enquête a demandé une réduction du chargement (1,3 UGB/ ha contre 1,4 UGB/ha) et un allongement de la durée de pâturage (160 jours). Ce cahier des charges révisé sera présenté au comité national de l’Inao en juin. “Rien n’est encore fait, nous devons attendre la validation du comité national pour mettre en place ces mesures. Si elles sont actées, ce nouveau cahier des charges permettra à tous les producteurs de valoriser leur production”, explique Jean-Luc Dischamp. Du côté des éleveurs, on place également de nombreux espoirs dans cette validation, selon Patrice Chassard : “Les producteurs ne passeront pas le cap de l’arrêt des fourrages en 2017. Ce consensus n’est pas déconnecté de la réalité ni des exigences du comité national. Je ne vois pas de raisons pour que ces propositions soient refusées.”

Mention fermière en suspens Depuis le 1er septembre 2015, la mention “fromage fermier” ne peut être apposée que sur les fromages produits, fabriqués et affinés à la ferme. Cette modification résulte du recours déposé auprès du Conseil d’État par l’association des producteurs fermiers de Corse, Casgiu Casaniu. Le décret concernant l’étiquetage fermier a donc été cassé au motif que toutes les étapes de fabrication d’un fromage “fermier” doivent avoir lieu à la ferme. Les organisations professionnelles Cnaol et Atla se sont mobilisées avec les services de l’État pour trouver une solution à cette situation. À ce jour, seule une voie législative via une modification du Code rural pourrait remettre les choses en ordre. Mais la situation reste floue.

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

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