Sécheresse : le bon sens paysan contre les défaillances d'un logiciel

P. OLIVIERI

La FDSEA entend bien que les dix cantons en attente de reconnaissance soient effectivement retenus.

Alors qu'un peu plus de 2 100 exploitations cantaliennes viennent de recevoir un acompte des indemnisations du fonds des calamités agricoles au titre de la sécheresse(1) et sur la base d'un taux de pertes provisoire établi en juillet (taux qui varie entre 32 et 40 % selon les 13 cantons retenus à ce jour), les éleveurs de dix autres cantons cantaliens sont toujours dans l'attente d'une décision du ministère de l'Agriculture. Une décision reportée à la tenue d'un prochain comité national le 12 octobre.

Et cette fois, la FDSEA du Cantal espère bien que cette réunion sera la bonne : “Lors du comité départemental d'expertise qui s'est réuni le 13 septembre, nous avons repositionné les dix cantons qui n'avaient pas été traités au comité national d'août pour un passage le 12 octobre, sachant que nous n'avons rien changé dans notre demande puisqu'on estime qu'on avait déjà fait notre travail correctement, précise Joël Piganiol. Un travail que le préfet avait d'ailleurs déjà validé la dernière fois...”

Pour le nouveau secrétaire général de la FDSEA, il est en effet hors de question que le ministère écarte une nouvelle fois ce second wagon de demandes cantalien sur la seule base des conclusions d'un modèle de pousse herbagère (Isop), “dont les services déconcentrés de l'administration reconnaissent eux-mêmes qu'il est défaillant sur les prairies herbagères d'altitude, et ce dès 600 m”, souligne le jeune responsable.

Autre tare de ce modèle cette année : “Pour les Monts du Cantal, il se base sur les données de Condat, or, c'est un des secteurs qui a été épargné par la sécheresse”, proteste Joël Piganiol, qui rappelle que les exploitations visitées par les commissions d'enquête sur les cantons concernés étaient bien victimes de pertes de fourrages supérieures au seuil requis de 30 %.

Possibles ajustements

Parallèlement à cette nouvelle requête, l'administration lance également le calcul du taux définitif de pertes sur l'ensemble du territoire cantalien - hormis les trois cantons peu touchés (Condat, Salers, Ruynes-en-Margeride) - avec de nouvelles visites sur le terrain courant octobre. “Le ministère ayant souhaité anticiper la procédure calamités ce printemps avec des commissions d'expertise qui se sont déplacées dès le mois de juillet, la reconnaissance en calamité a été opérée sur la base de taux de pertes provisoires”, explique le secrétaire général de la fédération. De fait, les taux de pertes définitifs vont eux être évalués d'ici quelques semaines sur les exploitations déjà visitées au début de l'été. Ce qui pourrait conduire à de possibles ajustements.

Sur le front de l'opération d'approvisionnement lancée par FDSEA et JA par le biais d'une association sécheresse, Joël Piganiol évalue à 6 000 tonnes le volume de paille rapatrié sur les 15 000 initialement commandées, sachant qu'un second bon de commande a été ouvert ces derniers jours. “L'armée a terminé le 16 septembre sa contribution avec 1 000 tonnes acheminées depuis le Gers ; quant aux trains, nous en sommes à huit, avec de la paille qui vient de l'Aube, de la Marne et actuellement de la Somme”, liste le syndicaliste pour qui il sera difficile d'ici fin octobre d'atteindre les 20 convois initialement prévus.

Encore des commandes

“On est toujours à l'objectif de prix de 100 e la tonne, ajoute Joël Piganiol, sachant que notre démarche a toujours été annoncée comme venant en complément de l'activité des fournisseurs habituels des éleveurs cantaliens.” C'est pourquoi lui n'est guère surpris que seuls 250 éleveurs environ aient recouru à l'association : “Les éleveurs se sont d'abord organisés avec leur marchand, d'autres ont complété avec la paille de l'association, certains y ont eu recours en totalité, et puis la météo du mois d'août a un peu diminué les besoins”, analyse l'éleveur de bovins.

Reste que des éleveurs n'ont pas passé commande faute de trésorerie et risquent d'attendre d'être en rupture de fourrage pour se manifester. “Il y aura encore sans doute de la paille disponible cet hiver mais pas à un prix raisonnable”, s'inquiète J. Piganiol pour qui le seul salut réside dans le report des annuités bancaires en fin de tableau, “quitte à ce que, pour faire avancer ce dossier, le financement de la mesure soit tripartite, État, banques et

éleveurs”, glisse le secrétaire général.

(1) Sachant qu'un petit tiers des dossiers déposés n'ont pas été retenus faute d'une spécialisation bovine suffisante, d'une part de cultures trop élevée ou d'une exploitation aux surfaces majoritairement situées hors d'un canton reconnu en calamités.

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

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