Serge Préveraud (FNO) : La relance se fera par le prix”

Pour le président de la Fédération nationale ovine (FNO), le rééquilibrage des aides de la Pac est une opportunité pour enclencher une politique durable en faveur des prix.

Un an après la manifestation des éleveurs à Paris, quel bilan dressez-vous ?


Serge Préveraud : “Nous ne pouvons pas dire que nous ne sommes pas satisfaits. Après des années et des années de disette, de combats sans issue, parfois d'échecs, nous commençons à voir le bout du tunnel. (...) Grâce à Michel Barnier et à l'appui de toutes les organisations professionnelles, nous avons obtenu un rééquilibrage significatif des aides de la Pac dans le cadre du bilan de santé au profit de la production ovine. Le mouton qui avait été un peu oublié dans les dispositifs de soutien antérieurs a bénéficié d'un rattrapage grâce à l'enveloppe spécifique de 125 millions d'euros. Sans parler des dispositifs actés en matière de gestion de l'herbe et la revalorisation de l'ICHN qui bénéficient aussi à l'élevage ovin.”

Ces aides sont-elles suffisantes pour relancer la production ovine en France ?

S.P. : “Non. L'aide à la brebis va soulager les trésoreries, mais ce n'est pas elle qui va faire des kilos de viande. Rien ne se fera durablement sans une politique de prix. Mais nous voulons profiter du dispositif qui a été approuvé pour enclencher une nouvelle dynamique. Ainsi sur les 24 e de prime à la brebis prévus et qui ne seront accessibles qu'aux éleveurs ayant des performances techniques suffisantes (0,5 agneau né par brebis), nous voulons en réserver trois à une politique d'orientation. C'est-à-dire que ce complément ne serait accordé qu'aux éleveurs qui s'engagent dans la voie de la contractualisation à laquelle nous sommes en train de réfléchir au sein de l'interprofession et qui devra apporter une plus-value aux éleveurs dans une démarche gagnant/gagnant avec les entreprises. À terme, la vente du produit doit constituer l'essentiel du revenu. Nous en sommes d'autant plus convaincus que les aides de la Pac ne dureront pas éternellement et qu'on nous annonce déjà des coupes sombres pour l'après 2013.”

Avez-vous d'autres leviers ?

S.P. : “J'en vois trois (...). Il s'agit d'abord de la technique. Nous devons tout faire pour améliorer la productivité des élevages et réduire les coûts de production. Ce qui renvoie au renforcement de l'appui technique aux éleveurs. Une condition sine qua non pour améliorer la compétitivité de notre élevage qui souffre d'un handicap par rapport à nos principaux concurrents (Irlande, Royaume-Uni). Pour y parvenir, il est nécessaire de rénover rapidement le dispositif actuel. Nous travaillons en ce sens avec France AgriMer, les instituts techniques, Coop de France et l'APCA. Outre les élevages, la relance passe aussi par l'amélioration de la compétitivité de la filière. Il ne faut pas avoir peur d'engager une restructuration de nos outils d'abattage qui ont été conçus à une époque où le troupeau français comptait trois millions de brebis en plus. Il ne faut pas que le fonctionnement des structures amont et aval impacte négativement sur le prix payé aux éleveurs. Enfin, la revalorisation de l'agneau français ne pourra passer que par l'amélioration de la qualité. C'est pourquoi nous devons faire plus sur l'identification du produit, “agneau français”. Or, j'observe que les signes officiels de qualité ne touchent que 15 à 18 % de la production nationale. Ce n'est pas suffisant. L'agneau français ne doit pas rester une niche. Aujourd'hui, 40 % seulement de l'agneau consommé dans notre pays est d'origine française. Si nous pouvions progressivement atteindre 50 %, ce serait une belle victoire.”
Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.
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Source union du Cantal

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