Sommet de l'élevage : Les éleveurs mettent dehors leur ministre

Patricia OLIVIERI

Du jamais vu en 18 ans à Cournon : exaspérés, les éleveurs ont violemment refoulé le ministre Bruno Le Maire, venu cependant avec quelques annonces.

Il est venu, mais n'a rien vu, ni vaincu. Pour la première fois de l'histoire du Sommet de l'élevage, le ministre de l'Agriculture a été refoulé manu militari par les éleveurs eux-mêmes. Refoulé, le terme est bien en deçà de l'accueil explosif fait à Bruno Le Maire. Pour sa première participation au grand rendez-vous européen de l'élevage, et avant même de mettre les pieds dans le hall 1, le ministre s'est fait littéralement “sortir” mercredi après-midi par une véritable marée d'éleveurs tant laitiers que du berceau des races à viande - au paroxysme du désarroi et vociférant des “dehors, dehors”- que seul un solide cordon de CRS a arrêté, permettant la fuite du ministre. “Il ne nous suit pas, on n'a pas l'impression qu'il est là pour nous, depuis qu'il est en place, c'est de pire en pire,...” : pour ce jeune éleveur de brebis de Saint-Sandoux, le ministre de l'Agriculture n'avait pas sa place au Sommet de l'élevage.

Condamnation

Du côté des organisateurs, la condamnation a été unanime. “En 18 éditions de ce Sommet de l'élevage, j'ai connu avec mes collègues un certain nombre de difficultés, mais à aucun moment nous avons eu une situation comme aujourd'hui”, a ainsi réagi Roger Blanc, un président regrettant amèrement d'avoir suivi les gages de sécurité donnés par les représentants des éleveurs. Et Jacques Chazalet, président de la FRSEA Massif central, d'enfoncer le clou : “Ce n'est pas normal dans un système démocratique d'empêcher l'expression du représentant de l'État. Sinon, on donne caution à des actes de violence que la détresse des agriculteurs ne saurait justifier”. Une détresse des plus palpables au fil des allées dès l'ouverture du Sommet mercredi matin : tee-shirt rouge ou noir, imprimé avec des “éleveurs en colère” ou “SOS revenus” et affiches interpellant directement le président Sarkozy donnaient le ton. “À défaut d'en avoir pris plein les yeux, j'en ai pris plein la tête”, a lui ironisé le ministre, qui a néanmoins tenu à délivrer son discours un peu plus tard retranché dans un amphithéâtre clairsemé de personnalités politiques, responsables d'administrations, d'organisations agricoles..., triés sur le volet. “Qui défendra les agriculteurs, les éleveurs, dans les négociations budgétaires à Bercy, à Matignon ou encore dans des négociations européennes difficiles, si ce n'est le ministre de l'Agriculture”, a fait remarquer Bruno Le Maire, qui a regretté que ces “actes de violence isolés et inacceptables” aient privé les éleveurs d'une rencontre directe avec leur ministre. “Il n'y a pas de dialogue sans respect et il n'y a pas de respect sans dialogue”, a-t-il ajouté, assurant néanmoins les agriculteurs de sa détermination à défendre un secteur “tout aussi important que l'automobile ou l'aéronautique”.

 

Vaccination gratuite

Et Bruno Le Maire de lister ses réponses immédiates destinées à apporter le “grand bol d'oxygène” réclamé un peu plus tôt par Jean-Michel Lemétayer (FNSEA) et William Villeneuve (JA). Afin “d'éviter que les agriculteurs, et notamment les jeunes, soient étranglés financièrement”, il a indiqué qu'il allait examiner “toutes les propositions qui ont été faites”. En aparté, Jacques Chazalet confiait que le ministre avait demandé à la profession un peu de temps pour un travail en interministérielle qui pourrait déboucher sur l'annonce d'une année blanche sur les emprunts, au lendemain de la grande mobilisation annoncée partout en France par la FNSEA et les JA le 16 octobre. Autre mesure, bien concrète cette fois : la prise en charge intégrale du coût de la vaccination contre la FCO, toujours confiée aux vétérinaires, et dont le ministre a annoncé qu'elle resterait obligatoire en 2010. “Dès le mois de janvier, nous ouvrirons les états généraux sanitaires”, a ajouté Bruno Le Maire, faisant clairement entendre qu'il était prêt à faire évoluer l'organisation sanitaire en laissant à terme le soin de cette vaccination aux éleveurs. Attendue depuis plusieurs mois déjà, l'homologation des accords interprofessionnels conclus début 2009 sur la valorisation des AOC d'Auvergne - instaurant notamment le principe d'une CVO (cotisation volontaire obligatoire) - a également été confirmée. Une parution au Journal officiel du 7 octobre qui ouvre la voie à de nouvelles discussions sur la plus-value qui sera appliquée en 2010 sur le lait transformé en appellation d'origine contrôlée. Une avancée sur le front des AOC fromagères que Jacques Chazalet a qualifié d'annonce la plus significative de cette “sortie” ministérielle. Des réponses immédiates loin d'être suffisantes en tout cas pour réconcilier le ministre et un monde paysan en proie à ses heures les plus sombres.
Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.
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Source union du Cantal

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