Sortir de l’ombre

Catherine Longueville

Moment fort du colloque, le témoignage de trois femmes de marin et trois agricultrices qui ont fait partager leur choix de vie, leurs motivations et leurs souhaits.
Moment fort du colloque, le témoignage de trois femmes de marin et trois agricultrices qui ont fait partager leur choix de vie, leurs motivations et leurs souhaits.

Un vent nouveau a soufflé sur les Sables d’Olonne vendredi dernier. Les femmes de la mer et de la terre ont décidé de lever le rideau sur leur métier, leur engagement et leur vie.

Vendredi, dans l’amphithéâtre du congrès des Atlantes, les hommes se comptent sur deux mains. On pourrait s’imaginer qu’il s’agit d’un congrès de militantes féministes pour « taper sur les hommes » ! Mais, dans les rangs de la salle de l’auditorium, ce sont des femmes chefs d’entreprises, des associées, des salariées et des conjointes collaboratrices. À l’heure où, les hommes pê­cheurs et agriculteurs occupent le devant de la scène et tiennent les rênes des organisations professionnelles, les femmes de la terre et de la mer de la région Pays de La Loire ont décidé ensemble de sortir de l’ombre. Vendredi dernier, l’amphithéâtre de congrès de la salle des Atlantes a accueilli 200 personnes dont une majorité de femmes. Un beau score pour cette initiative de la Fédération régionale des syndicats d’exploitants et l’association des femmes de marins de Vendée. Un pari réussi qui pourrait bien leur donner des ailes pour leur assurer plus de légitimité dans leur représentation à la tête ou dans les bureaux des organisations professionnelles. Toute la journée leur a été consacrée sous forme d’interventions et de témoignages. L’économiste de la chambre d’agriculture de Vendée, Pierre-Yves Amprou, le sociologue Roger le Guen ont tour à tour délivré leur analyse sur leur place dans les entreprises agricoles et de la pêche, tout comme Pascale Pottier, responsable de la formation régionale de la Draf, et le directeur de l’école des formations maritimes de la mer.

Six femmes passionnées et épanouies

La table ronde de l’après-midi consacrée aux parcours de trois agricultrices et trois femmes de marin a marqué et ému l’assemblée. Elles sont revenues sur leur histoire en décrivant avec passion leur parcours de formation, leur statut professionnel, leur vie de couple et familiale.
Si elles partagent de nombreux points, les femmes de marin ont encore du chemin à parcourir pour faire avancer leur statut et leur offre de formation permanente. Virginie Laurent suit la comptabilité, la banque et les fiches de salaires des matelots du bateau de son mari. Pour autant, cette femme de marin a le statut de con­jointe collaboratrice, mais ne touche pas de salaire. « J’ai décidé de vendre de mars à octobre des sardines le matin sur le quai de la Chaumes aux Sables d’Olonne au retour du bateau de mon mari. Cette activité aux contacts des Chaumois et des touristes m’a bien épanouie », témoigne cette petite fille de marin pêcheur. Nathalie Gendron, fille de citadins a épousé un marin de Noirmoutier. « Quand j’ai décidé de suivre mon mari, je n’étais rien. Puis, je suis devenue conjointe collaboratrice et aujourd’hui associée. Je prends en charge la gestion, les vivres pour 16 matelots répartis sur deux bateaux qui partent en mer de 4 à 12 jours. » Ce qu’elle trouve de positif dans ses choix : « la possibilité d’aménager des horaires et d’élever ses enfants. » Magali Bertaud est née dans une famille de mytiliculteurs de l’Aiguillon-sur-Mer. « Dès l’âge de 14 ans, j’étais sur les bateaux à regarnir les bouchots aux pieds des piquets. Quand mon père a pris sa retraite, nous avons formé avec mon mari une EARL. J’ai été salariée, puis conjointe collaboratrice mais aujourd’hui, je veux être associée. » Magali s’est investie dans la vente des moules et ne compte pas son temps. Durant six mois de l’année, elle fait des journées de 10-12 heures. « Je livre les moules dans des magasins des Sables d’Olonne et de Nantes. »

Ne pas être la femme de marin ou d’agriculteur

Les trois agricultrices partagent le même amour de leur métier. Qu’elles soient filles d’agriculteurs ou d’un autre milieu professionnel, avec une formation universitaire supérieure, ou une formation agricole, elles ont en commun la volonté d’acquérir leur indépendance. « Je ne voulais pas être femme d’agriculteur », explique Véronique Lorin quand elle a épousé un paysan de la Mayenne. « J’ai été salariée du Gaec, puis conjointe collaboratrice et je me suis installée… C’est parfois difficile physiquement, mais formidable pour l’aménagement des ho­raires. » Imelda Figuereau, vigneronne en Loire-Atlantique apprécie les différentes facettes de son métier. « Toute l’année la vigne change. Je fais un métier très varié qui va de la production, la vinification, à la vente. » Bénédicte Lebouc a longtemps hésité entre le métier d’institutrice et d’agricultrice, mais quand son mari s’est installé en Maine-et-Loire, elle a fait le choix après son troisième enfant de s’installer à ses côtés. Pour elle, ce qui reste le plus difficile à trouver, c’est l’équilibre entre vie professionnelle et famille. « Quand on travaille en famille, on mélange tout. Pour trouver un équilibre, j’ai choisi de prendre des engagements en dehors de l’exploitation. »
Ce sont des femmes de tête qui ont conclu cette journée. « Les femmes de la mer et de la terre ont en commun de nourrir les hommes et les femmes et d’évoluer dans un monde d’hommes », souligne Christiane Lambert, vice-président de la FNSEA. La première femme à avoir présidé le syndicat Jeunes agriculteurs a retracé les évolutions marquantes du métier d’agricultrice. « Nous avons fait évoluer le statut du conjoint collaborateur, le congé maternité et la sécurité dans les exploitations. Mais, nous devons encore à faire face à des clichés, notamment sur notre place au sein des organisations agricoles. On nous cantonne souvent sur les dossiers formation, social et emploi. »
Annick Le Ridant, déléguée régionale aux droits des femmes et à l’égalité a pour sa part souligné « l’esprit intuitif, innovant, qu’offrent les femmes, gage de nouvelles ouvertures pour la société ». Un premier lever de rideau apprécié qui pourrait être reproduit dans d’autres régions.

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