[Space] En attendant l’argent du beurre

Raphaël Lecocq

Christine et Jean-Paul Marchand (à gauche) et Christian Mochet, associés du Gaec de l’Hervelière à Servon-sur-Vilaine (35)

A Servon-sur-Vilaine (35), le Gaec de l’Hervelière s’agace du fait que la flambée du prix du beurre ne soit pas répercutée sur le prix du lait. L’impuissance à peser sur les prix ne laisse que la possibilité de comprimer les charges. Le beurre, il est fourni par les panneaux photovoltaïques. Le soleil donc. En attendant Jupiter ?

[Space] En attendant l’argent du beurre

« Le prix du beurre, vous allez en entendre parler au Space, le sujet fait bondir tous les éleveurs ». Ainsi s’exprimait sur son exploitation laitière Christian Mochet, à la veille de l’ouverture de la 30ème édition du Space. A quelques encablures de Rennes, l’éleveur et ses associés Christine et Jean-Paul Marchand produisent bon an mal 780 t/an de lait au sein du Gaec de l’Hervelière. L’irritation se comprend. Entre mai et septembre 2017, le prix de la tonne de beurre est passé de 5300 €/t à 6800 €/t, soit une hausse de 28 %. Pendant ce temps, le prix du lait s’appréciait de quelques %. « Les stocks de poudre de lait ont bon dos », avance Jean-Paul Marchand, qui doute de la bonne foi des industriels, arguant que la poudre de lait concerne la fraction protéique du lait et non la matière grasse. Pas de chance.

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50 ans, aucune visibilité, aucune sécurité

Les éleveurs reconnaissent que la conjoncture s’est quelque peu améliorée depuis un an, et que la tendance donnée par le prix du beurre est de bon augure pour les mois à venir. A 340 € les 1000 litres, le prix actuel couvre leurs coûts de revient, qu’ils évaluent dans une fourchette comprise entre 300 et 330 €/1000 l. Au plus fort de la crise, le prix du lait était tombé à 260 €/1000 l. Le Gaec a tenu le choc parce que les associés, qui ont passé la cinquantaine, ont leurs engagements financiers derrière eux. « Je plains les jeunes installés » poursuit Jean-Paul Marchand. « Mais nous à 50 ans, on a aucune visibilité et aucune sécurité quant à l’avenir. C’est déplorable ». Si les emprunts sont plutôt derrière, le couple vit mal le fait d’en passer par des prêts étudiants pour financer les études des enfants. Dans les deux familles, aucun des enfants n’a à cette heure manifesté la volonté d’intégrer le Gaec. « On ne les y poussera pas mais si l’un d’eux se décide, on l’aidera », confie Christine Marchand. Le Gaec peut attendre. Aucune décision importante n’est suspendue à la reprise ou non de l’exploitation dans les années à venir.

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Indifférents au matériel et aux robots

Le Gaec compte 100 vaches et leur suite et exploite 105 ha dont 40 ha d’herbe et 35 ha de maïs, du blé sur 20 ha et de la luzerne sur 5 ha complétant l’assolement. Le tout procure une autonomie alimentaire de 95 %. Le parcellaire offre la possibilité de pâturer plus de 6 mois, ce qui permet de tenir les coûts de revient. Autre élément : le Gaec n’a jamais fait de folie dans le matériel, encore moins dans les robots. « Ce n’est pas notre truc mais je ne porte pas de jugement », prévient Christian Mochet. « L’important, c’est d’être cohérent dans son système ». La ration est empilée par couches dans la simple remorque distributrice et c’est ainsi que se réalise le mélange... sans mélangeuse. La Cuma est là aussi pour alléger la charge. Le Gaec a toutefois réinvesti dans ses bâtiments il y a 3 ans, avec notamment une augmentation de la capacité de traite passée en 2X12 postes. L’organisation du travail réserve 2 à 3 semaines de congés à chaque couple ainsi que des week-ends. Christine s’occupe des papiers. « Un mi-temps », relève-t-elle. « On ne délègue rien à l’extérieur sur cette partie ». Ce n’est pas les offres de service qui manquent mais là encore, on compte.

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Le soleil, en attendant Jupiter ?

Le réaménagement des bâtiments s’est accompagné d’un investissement dans des panneaux photovoltaïques. Ces derniers mettent un peu de beurre dans les épinards, et un peu plus encore lorsque seront passés les 12 ans d’amortissement. Les éleveurs n’attendent pas grand chose des Etats généraux de l’alimentation. Mais ils ne nient pas non plus la capacité de la puissance publique, qu’elle soit locale ou nationale, à améliorer leur sort, balloté par les industriels et les distributeurs. En ce jour d’ouverture du Space, un rayon de soleil illumine la conjoncture laitière et les panneaux photovoltaïques du Gaec de l’Hervelière. Le soleil donc. En attendant Jupiter ? A suivre.

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Commentaires 2

adada

pouyrtant je viens de lire sur 20minutes un jeune mr boixier en bretagne je crois qui dit que ca roule , ilproduit avec papa 1.4millions de litres , il est dit qu'il a investit des centaines de milliers d'euros dans la robotisation , le confort de ses vahces et qu il gagane bien sa vie sans trop peiner

Bazilou

Meme en étant quasiment autonome, super prudent dans les investissements et avec peu de dettes bancaires, ils y arrivent à peine.
Comment voulez vous qu'un jeune s'en sorte ? Si je sais, il faut être plus compétitif......

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