[Témoignage] Après la baisse des prix, le mauvais temps: la double peine des agriculteurs

[Témoignage] Après la baisse des prix, le mauvais temps: la double peine des agriculteurs

Si l'année avait été bonne, ils auraient pu payer une partie de leurs dettes. Mais, comme beaucoup d'autres agriculteurs, la pluie a douché les espoirs du Gaec du Jolibois, venant s'ajouter à la baisse continue des prix du lait.

Polyculteurs-éleveurs, à l'image de bon nombre d'exploitations de Haute-Saône, les quatre agriculteurs du Gaec cultivent un peu plus de 100 hectares de blé. Par rapport à 2015, ils vont enregistrer cette année une baisse de 59% des rendements en céréales. Dans de nombreuses fermes françaises, les pluies incessantes du printemps ont miné les récoltes. Au niveau national, le principal syndicat agricole, la FNSEA, s'attend à une baisse d'environ 30%. Le gouvernement a bien annoncé un plan de soutien aux céréaliers, mais pour les exploitations mixtes, il n'y a pas que la météo : le lait et la viande ne rapportent plus non plus.

"Si on avait eu une bonne météo, on aurait pu payer une partie de nos dettes des autres activités, la récolte permettait de payer les fournisseurs. Là, on ne sait même pas avec quoi on va payer les nouvelles semences en septembre", explique-t-on au Gaec, qui vend son lait à perte depuis des mois.

En 2014, Lactalis, numéro un du marché, achetait le lait du Gaec du Jolibois aux alentours de 400 euros les 1.000 litres. Deux ans plus tard, le prix d'achat est tombé à 262 euros pour la période janvier-juillet 2016. Et il devrait encore baisser pour flirter avec les 230 euros. Pour l'exploitation, cela signifie une perte de 40.000 euros sur l'année. "Ils font la pluie et le beau temps", accuse Julien Di Sanantonio, qui signe des contrats de 5 ans renouvelables avec l'entreprise basée à Laval, et ne peut donc pas aller vendre son lait aux coopératives qui l'achètent, elles, plus chères. "Il faut une répartition des marges, sinon on n'arrivera pas à s'en sortir".

"Juste bons à travailler et à crever"

Le numéro un du secteur, avec 17 milliards d'euros de chiffre d'affaires, a insisté début juillet, face à la multiplication des critiques, sur la mise en place d'un "soutien financier allant au-delà des conditions contractuelles", qui représente "un complément de prix de 30 euros/1.000 litres sur le prix de base" pour le mois de juillet.

Pas suffisant, ont estimé les fédérations agricoles. Pas suffisant non plus pour le Gaec: à la production, les 1.000 litres reviennent à 360 euros. Quant à la viande, elle devrait être vendue 1 euro de plus par kilo pour que les éleveurs rentrent dans leurs frais. "C'est compliqué depuis une bonne année. Du coup, on diminue le nombre de taurillons", expliquent les agriculteurs. "Alors, on nous dit de faire du circuit court: mais c'est un autre métier. Et d'autres investissements". Une chambre froide par exemple.

De nouveaux investissements alors que les quatre hommes, tous dans la quarantaine, regrettent presque le dernier, une nurserie pour limiter la mortalité des veaux. Elle leur a coûté 60.000 euros. "Si c'était à refaire, je ne sais pas...", reconnaît, fatigué, M. Di Sanantonio. "On ne peut pas partir en vacances, pas payer une place de cinéma à nos enfants... On est juste bons à travailler et à crever".

Face à la colère des agriculteurs, la FDSEA de Haute-Saône a lancé un appel à boycotter la TVA, puisque les exploitations "ne génèrent plus de valeur ajoutée". Le Gaec du Jolibois entend le suivre, pour faire pression sur le gouvernement. "Il faut que les politiques prennent le taureau par les cornes et disent que ça suffit", que les marges doivent être réparties, avance M. Di Sanantonio qui, une fois les emprunts remboursés, se verse moins de 1.000 euros par mois. "Sauf s'ils ne veulent plus d'agriculteurs. Dans ce cas, qu'on nous le dise".

Source AFP

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Commentaires 9

@heureuxd'etre paysan

tres bonne nouvelle pour toi , mon voisin a fait ca, l'an dernier secheresse de mai a septembre, mise l herbe repousée en juin a cause des inondations pour ne pas abimées le terrain 1 belle coupe fin juin mais seulement la moitié de la surface a cause des inondations et depuis plus une goutte d'eau tres peu d'herbe et c pas fini
les systemes tout herbe sont aussi fragile car tout herbe , meme si ca apporte de l'autonomie , l'ideal avec un plein air quasi integrale , mais ca , ca depend des sols que tu as certains ne peuvent pas faire du plein air integral et de plus en plus des voisins que vous avez ( certains rurbains ici portent plaintes aupres de la spa car les animaux reste dehors toute l'année)

JEJE

Bonjour cela fait 10 ans que ma femme m'entretiens . j ai reprit la ferme familial il y a 10ans maintenant .depuis tout ce temps pas de salaire pas vu mes enfants grandir juste bosser comme un c... . pour quoi !! Pour que ma femme ce bar et mes enfants me tourne le dos et avoir que des problèmes a géré !!
Pour l'amour du métier pour que mon père n a pas travailler toute sa vie pour rien !!
A bien y réfléchir foutaise . Il y en a qui font bien moins de sentiments sur notre dos !!
mes amis les plus proches ne comprennes plus pourquoi cet acharnement a continuer .
Je ne peut pas arrêté trop de dettes et après payer encore toue ma vie !!! Assez donner je pense .
On NE PEUT PLUS TRAVAILLER en tout cas pour ma part et plus envie !!!!
tant de normes tant de papier a faire tant de travaille et tant d'argent a gêné pour qu'il reste rien juste enrichir les autres.
RAS LE BOL .



tché la terra

grève du lait à partir du 11 septembre 2016, qu'on se le dise autour de nous!

bonsens

Tout a fait d'accord avec "heureux d'etre paysan" j'ai fait la meme chose moins de bétes plus d'herbe plus d'engrais , autonomie totale et meme autonomie financiere car plus d'emprunt . Le plus dur c'est de ne plus écouter tout ces marchands de pacotille qui vous vende toujours plus de rendements pour au finale moins de benefices pour celui qui trime .Paysans faite la revolution silencieuse celle de l'autonomie ,c'est la SEUL façon de s'en sortir ,continuer comme l'on fait aujourdhui c'est finir dans la main d'un chinois tot ou tard , l'agrandissement sans fin n'est pas la solution mais la fin de l'agriculture paysanne .

Moncom

Contents pour vous "heureux d être paysan" mais pas applicable à tous ! tellement de paramètres différents selon les climats, régions, emplacements, endettement, etc... trop de para agricoles, çà oui ! 2 fois moins de paysans qu' en 80 et tjs autant, même plus !de bureaucrates et para agri...

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