Un “acte politique fort” pour calmer la volatilité des prix agricoles

Agra Presse

Même s'il est encore en decà des ambitions régulatrices de la France, le plan d'action acté par le G20 est une première depuis l'après-guerre.

Quarante-cinq engagements ou déclarations d'intention pour tempérer la volatilité des prix agricoles. Voilà ce à quoi se sont engagés les ministres de l'Agriculture des 20 plus grandes puissances de la planète le 23 juin à Paris. “Ce sera une fumée blanche ou une fumée noire”, avait prévenu le ministre de l'Agriculture Bruno Le Maire quelques jours auparavant, annonçant qu'il refuserait toute demi-mesure. Jeudi 25 juin en fin de matinée, il se présentait tout sourire, un accord en main, 26 pages au total, devant la presse. “Cet accord est un tour de force de la communauté internationale”, déclarait le ministre français, estimant que les 20 délégations avaient jeté “les bases d'une nouvelle agriculture mondiale”. De fait, les délégations internationales, à Paris, n'ont pas voulu échouer. Elles ont abouti à un ensemble de 45 engagements, déclarations d'intention ou encouragements adressés aux pays ou aux organisations internationales (FAO, Banque mondiale…) pour tempérer autant que faire se peut la volatilité des prix agricoles.

Relance de la production

Certains dispositifs sont en deçà de ce qui pouvait être attendu. Exemple : ceux qui espéraient une puissante palette de mesures de relance de la production agricole seront sans doute déçus. Le point 12 de la déclaration reconnaît, certes, “l'importance d'une augmentation significative de la production et de la productivité agricoles, en tenant compte de la diversité des conditions”. Il est même question “d'une utilisation durable des ressources naturelles” et d'une attention toute particulière “aux petits exploitants agricoles”, notamment “les femmes et les jeunes agriculteurs”. Quels sont les dispositifs mis en place ? D'abord et surtout une recherche et une innovation renforcées, tablant sur des transferts de technologies. La recherche portera notamment sur la génomique du blé, sur le riz, avec “un environnement propice à l'augmentation des investissements publics et privés dans l'agriculture”. Les membres du G20 “encouragent” aussi “les pays, les organisations internationales et le secteur privé à augmenter les investissements dans l'agriculture des pays en développement”. Par ailleurs, en matière de renforcement de capacités de production, de gestion des risques, le G20 “salue” l'intention des Banques de développement de multiplier leurs interventions et déclare “favoriser la diversification durable des cultures”. Il “souligne” le besoin d'investir davantage, “soutient” les travaux de la convention des Nations Unies sur le changement climatique et “insiste” en matière de santé publique, végétale ou animale, “sur le renforcement des réseaux internationaux et l'établissement de normes”. Mais ni mesures concrètes ni budget affecté, donc. Commentaire de Bruno Le Maire : “Ce sont des orientations qui auront plus d'effets que bien des annonces de chiffres souvent peu suivies d'effet”. “Ces efforts ne doivent pas être sous-estimés”, affirmait Tom Vilsac, secrétaire d'État américain à l'Agriculture.

“Une étape franchie”

Très positif sur l'accord, qui fait la part belle à la FAO sur plusieurs points, son directeur général Jacques Diouf rappelait que la part de l'agriculture dans les aides au développement qui était de 20 % dans les années 80, est maintenant tombée à 6 %. Selon lui, il n'y aura pas de relance de l'agriculture si ce taux ne progresse pas.
Malgré cette “étape franchie dans la coordination des initiatives internationales”, selon le commissaire européen à l'Agriculture Dacian Ciolos, le dispositif de parade aux crises pour les pays les plus vulnérables en décevra certains. L'idée des stocks alimentaires, prépositionnés, pour faire face à l'urgence n'est pas abandonnée. Elle est étudiée : “Nous soutenons, affirme l'accord, l'élaboration d'une proposition de système ciblé de réserves alimentaires humanitaires d'urgence”. Les délégués “saluent” aussi la décision de la Banque mondiale de “concevoir des outils de gestion du risque innovants pour les gouvernements et les entreprises des pays en développement”.

 

Rendre transparents les marchés

Quant au problème de la régulation des marchés financiers de produits dérivés de l'agriculture, l'accord renvoie la responsabilité d'un dispositif aux ministres des Finances. Ces derniers étant vivement encouragés, comme les gouverneurs de banques centrales du G20, à prendre les décisions appropriées pour une meilleure régulation et supervision des marchés financiers agricoles. C'est la première fois que les 20 États membres se prononcent aussi clairement et condamnent certains “abus de marchés et manipulations croisées”, insiste Bruno Le Maire. Il a aussi démenti l'idée couramment admise qu'en matière de régulation financière, parmi les Européens, la Grande-Bretagne ait voulu freiner les initiatives. Enfin, l'ensemble des pays du G20 ont accepté le fait d'entrer dans un processus dénommé Amis (Système d'information sur les marchés agricoles) visant à améliorer la qualité, la fiabilité, l'exactitude, la ponctualité et la comparabilité des données sur les marchés agricoles. Une initiative à laquelle il n'était pas sûr que la Chine et l'Inde acceptent de se rallier.
Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.
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Source L'Union du Cantal

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