Un agriculteur s’invite aux états généraux avec son « pacte » alimentaire

Lise Monteillet

Jérôme Caillerez élève des vaches laitières dans la région Hauts-de-France.

Producteur laitier dans la Somme, Jérôme Caillerez a écrit un « pacte citoyen de l’alimentation » pour réconcilier la profession agricole avec la société.

« Depuis des mois, tout le monde parle d’un pacte entre l’agriculture et la société, mais personne ne l'écrit », explique Jérôme Caillerez, producteur laitier dans la Somme. Cet agriculteur a donc décidé de prendre la plume. « Ce que je voulais soulever, c’est d’abord un problème moral », indique-t-il.

L’agriculteur cultive 120 hectares et produit 350 000 litres de lait. Il confie : « l’hiver dernier, j’étais au bord de la dépression. Je suis en train de devenir un prolétaire de l’agriculture, mais je ne suis pas un homme résigné ! » Faute de temps pour s’investir dans la vie politique ou syndicale, et donc participer activement aux états généraux qui sont en cours, Jérôme Caillerez s’est plongé dans la rédaction de son « pacte ». Il se compose d’une vingtaine de préceptes au total. 

Un électron libre

Jérôme Caillerez se qualifie volontiers comme « un électron libre ». L’idée du pacte citoyen de l’alimentation lui est venue après avoir découvert qu’un tel contrat avait été conclu entre les agriculteurs et la société italienne, dans les années 2000. « Ce pacte avec la société a permis de porter l’agriculture, contre la tendance libérale d’Europe du Nord. Il a permis de mettre en place de nombreux labels en Italie», précise-t-il.

L’agriculteur a envoyé son pacte aux participants des états généraux, à des parlementaires, à tous les penseurs de l’agriculture. Du moins, à tous ceux qui ont laissé traîner une adresse mail sur internet… Depuis, il a reçu beaucoup de réponses à ses propositions. Il espère désormais que ses interlocuteurs vont s’inspirer ou s’emparer de son texte.

Une lettre à Emmanuel Macron

Jérôme Caillerez n’en est pas à son coup d’essai. Quelques mois plus tôt, il avait déjà écrit une lettre ouverte à Emmanuel Macron. Il lui expliquait : « nous ne nous connaissons pas et pourtant il y a cinq générations nous avions un aïeul en commun à Authie et c’est de ce lien, mon lointain cousin, que je cultive encore aujourd’hui les quelques hectares ayant appartenu à votre famille ».

Dans sa lettre il exhortait le président à « sortir notre pays et en particulier son agriculture de l’ornière ». « De grâce, soyez aussi un Macron protecteur ! Nous avons besoin que les pouvoirs publics garantissent la répartition des marges pour avoir une juste rémunération de notre labeur et nous aident à restaurer notre compétitivité et en même temps nous avons besoin d’une Europe qui nous aide à traverser les soubresauts de cette économie casino qui nous broie », écrivait-il.

Extrait du Pacte citoyen de l’alimentation

"Parce que l’alimentation est au cœur de nos vies de citoyens, il faut un contrat moral et social qui engage la Nation envers ceux qui la nourrissent :

Pour que partout les paysans puissent vivre dignement de leur travail :


La transparence sur les marges et le prix payé au producteur tu observeras attentivement

Sur le prix le plus bas tu ne focaliseras pas toujours mais sur la qualité


La valeur ajoutée tu répartiras équitablement tout au long des filières


Ainsi par des emplois non délocalisables tu assureras le dynamisme des territoires


La traçabilité et la sécurité sanitaire de la fourche à la fourchette tu exigeras assurément.

La diététique de cette première médecine tu vulgariseras


Le goût de l’authentique et les saveurs de terroir tu favoriseras


L’approvisionnement des cantines tu garantiras au moins pour moitié en produits locaux.

Le gaspillage alimentaire tu éviteras et pour comprendre que la nourriture a une valeur :

La gratuité des produits alimentaires tu interdiras dans les étals en promotion


Le surplus tu donneras aux associations caritatives


Les tendances alimentaires et les rites confessionnels de chacun tu respecteras

L’environnement et la biodiversité tu préserveras


De tous ces beaux paysages cultivés tu t’émerveilleras


Le bilan carbone de l’étable à la table tu amélioreras sans cesse vers la neutralité


De la condition animale mais aussi du bien-être des éleveurs tu te soucieras


Par l’aide au développement et la paix tu réduiras la faim dans le monde et les migrations

A la souveraineté alimentaire de la Nation tu veilleras stratégiquement


Nos traditions culinaires et notre gastronomie tu transmettras


Avec tous ces bons produits issus de la terre et de la mer tu cuisineras


Ainsi par le partage et la convivialité, tu perpétueras cet art de vivre à la française.


A table, citoyens !" 

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Commentaires 2

rourou

c est très bien maintenant il faut le publier dans la presse national
car nous sait tous ça depuis longtemps !!!!

cattlevox

Bravo Jérôme et de plus l'analyse pertimente coute moins cher que de déplacer des membres de chambres ou autres pseudo-syndicalistes.

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