Un an après la dévastatrice Xynthia l'agriculture sèche ses plaies

Laurence Guilemin

Il y a un an quasiment jour pour jour, la tempête Xynthia dévastait les terres de Vendée et Charente-Maritime, grevant durablement la production locale.

“Du courage, il en faut bien, on n'a pas le choix !” Ces mots-là, Chantal Viaud les a répétés à plusieurs reprises lorsqu'elle a accepté de témoigner, il y a un an. À Moëze (Charente-Maritime), son exploitation a été inondée, mais pas les bâtiments. Sur les 106 ha de son exploitation, 90 ont été touchés. Une aubaine, le troupeau de charolaises était rentré. Un an après, tout le monde en parle comme si c'était hier. Chacun se remémore, donne des détails. Dynamique, Chantal Viaud n'a pourtant pas baissé les bras pendant l'année écoulée. “On a retroussé les manches et nettoyer les marais, les fossés, remis en état le réseau hydraulique. Face à un tel événement, il faut redresser la tête. Pour moi, c'est plus le physique qui a lâché que le psychologique.”

Un repreneur motivé

Aujourd'hui, l'exploitante transmet son exploitation à un jeune. Des soucis de santé (qui se sont accentués avec les travaux de nettoyage lors de la tempête) l'ont amenée à prendre cette décision très rapidement. “J'ai avancé mon installation de deux ans,” souligne Mickaël Tranquard qui est aussi salarié à mi-temps sur l'exploitation d'un céréalier. Pour lui, cette reprise correspond à ce à quoi il aspire : “J'aime l'élevage charolais, je participe à des concours avec Éric Berbudeau.” Une reprise facilitée aussi par les relations amicales entre Chantal Viaud et les parents de Mickaël Tranquard. À 26 ans, le jeune homme ne s'est pas laissé décourager par la tempête Xynthia. Dès le mois d'avril, Chantal Viaud l'a intégré sur son exploitation. “Au départ, je venais sur l'exploitation quand elle m'appelait.”

Sous le signe de la solidarité

La jeune retraitée raconte, comment, pendant un an, elle a réussi à nourrir ses bêtes. “J'ai récupéré du foin de la base de la gendarmerie de Rochefort, de la Trézence, grâce aux actions de solidarité de la FDSEA.” Elle s'estime satisfaite. “J'avais demandé 150 bottes et au final j'en ai reçu 110, de 350 kg. J'ai payé 10 e par botte. Le foin de la Trézence était gratuit.” Des actions rondement menées par Francis Renaud, président cantonal. L'agriculteur a été très peu touché par la tempête, “un peu sur les prairies et les jas”. Il a donné du foin et de la paille à quelques agriculteurs. “Le dimanche après-midi, j'ai tourné sur Moëze pour faire un premier état des lieux. Par la suite, tout a été très vite. Par le biais d'une réunion locale, nous avons listé les besoins de chaque agriculteur. À la base de Rochefort, adhérents et non adhérents à la FDSEA ont pu en bénéficier” se souvient-il. Une opération qui a mobilisé beaucoup d'énergie mais “le système d'entraide a fonctionné. La solidarité locale était présente”.

 

“On laisse des plumes”

Financièrement, Chantal Viaud a pu bénéficier d'aides de l'État et de fondations privées, comme la Fondation de France. “Ce n'est pas la pa-nacée. On laisse obligatoirement des plumes ! Les aides permettent de moins creuser le fossé. N'allez pas croire que l'on a gagné de l'argent” rétorque-t-elle. Parmi les souvenirs, elle raconte la pesée du sel dans les fossés : “Les bêtes ne voulaient pas boire. J'ai tout de suite compris.” Mickaël Tranquard évoque lui le travail pour alimenter en eau les bêtes pendant plusieurs mois. “Avec deux tonnes à lisier, des bassines, tous les jours, il fallait apporter de l'eau aux animaux. À deux personnes, on met une heure, mais tout seul, c'était le double de temps. Sans compter les frais de gasoil”, se remémore-t-il. Même si elle est en retraite, Chantal Viaud s'inquiète pour cette année. “On a refait les fossés, mais il n'y a pas d'herbe. On a perdu 20 tonnes de fourrages.” Elle espère que la solidarité va encore jouer. “Pourra-t-on encore bénéficier du foin de la base de Rochefort ?” s'interroge-t-elle. Le calendrier de cette nouvelle année est posé sur la cheminée de la cuisine. Avant de repartir, chacun regarde les prochaines grandes marées. Les 20 et 21 mars, les coefficients sont élevés.




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Source L'Union du Cantal

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