Un contexte de sécheresse qui continue d'affaiblir l'agriculture du Cantal

Renaud Saint-André

Lundi matin, la chambre d'agriculture du Cantal était réunie en session. Gestion de crise et post-sécheresse ont occupé la majeure partie des débats.

L'actualité sécheresse et post-sécheresse est telle que l'ordre du jour de la dernière session à la Chambre d'agriculture y était presque exclusivement consacré. Louis-François Fontant rappelait la participation de l'organisme consulaire cantalien qu'il préside à la sensibilisation des autres territoires pour que la paille ne soit pas broyée. Et si la Chambre ne s'est pas chargée du volet approvisionnement, la disponibilité de la paille ne fait désormais plus de doute. Il revient aux associations de conduire des opérations collectives. “Tout le monde y va à reculons, d'autant que c'est assez compliqué dans le département, en raison des infrastructures et de notre éloignement”, admet-il, rendant hommage à la seule constituée à ce jour dans le Cantal et présidée par Joël Piganiol. “La Chambre est prête à soutenir l'ensemble des organisations qui viendraient à se mettre en place. Car qu'importe qui le fait, ce qui compte, c'est empêcher l'inflation”, précise le président Fontant. Et de compter que “chaque fois que l'on gagne 10 euros par tonne de paille, ce sont deux millions d'euros d'économisés pour la ferme Cantal”. Il rappelle aussi le soutien technique que les conseillers de la Chambre d'agriculture peuvent apporter en matière de modification des pratiques, de calcul de rations, de bilan fourragers, etc. S'il avance un montant de 6,5 millions d'euros potentiels pour couvrir les 15 cantons sur lesquels on peut prétendre à une accession au fonds calamités, en revanche il ne décolère pas que dix autres cantons voient leur sort différé. “C'est incompréhensible, quand on sait que le Cantal présente le plus fort déficit de pluviométrie des départements d'Auvergne. On atteint sur ces secteurs des taux de pertes de 32 à 40 %, il n'est pas question d'accepter qu'ils restent non classés”, lâche-t-il.

Un sentiment d'injustice

M. Fontant affirme qu'un travail est engagé avec l'administration pour que, le 12 octobre, soient trouvés les arguments à même d'obtenir le classement. Par ailleurs, il reconnaît le soutien de l'État, notamment en termes de logistique et de transport ; mais aussi du Conseil général et prochainement du Conseil régional à qui il conseille la seule méthode à effet levier : l'intervention auprès d'opérations collectives. Jean-Claude Sartre (canton de Saint-Flour nord) craint “des rebellions entre agriculteurs s'il y a trop de disparité de traitement selon les communes” ; Florence Raynal (Chaudes-Aigues) calcule que les carburants utilisés pour le transport de fourrage, à la hauteur à laquelle il est taxé, est une manne d'argent qui entre dans les poches de l'État et des compagnies pétrolières ; Gilles Amat (Allanche) remarque que la calamité s'abat sur une agriculture déjà fragilisée : “L'État avait omis d'abonder le fonds sécheresse...” ; Jean-Marie Fabre (Salers) espère que des enseignements jusqu'au niveau de l'Europe seront tirés, pour que cesse une agriculture à deux vitesses, “celle de la production végétale spéculative et celle des petits territoires” ; Patrick Bénézit (Pierrefort) constate : “Il y a ce qui est affiché et la réalité”, accusant l'État de repousser des décisions.

 

La décapitalisation est amorcée

Patrick Chazal, sous-directeur de la Chambre d'agriculture, a fait un point suite à des enquêtes menées auprès des ressortissants. La totalité des éleveurs a acheté du fourrage. Dans 80 % des cas, ils essuient des pertes de largement plus de 30 % (jusqu'à 80 % et plus). Les stocks prévus ont basculé sur la pâture et ceux déjà réalisés étaient entamés avant la pousse qui a repris fin juillet. L'enquête montre aussi que la moitié des personnes rencontrées ont augmenté les surfaces cultivées en maïs ou sorgho. Puis est arrivé le délicat volet de la décapitalisation, à laquelle le bureau de la Chambre est très hostile. Elle est pourtant amorcée dans les deux tiers des cas, concernant jusqu'à 17 % de l'effectif (vente de lots de génisses, des broutards qui ne sont plus achetés pour la repousse, etc.). “On peut s'attendre à une nouvelle vague de décapitalisation chez ceux qui n'auront pas assez de fourrage et pas de trésorerie pour en acheter”, prévoit P. Chazal. Mais quelles que soient les circonstances, il est rappelé aux éleveurs qu'il leur faut rester exigeants sur le prix.
Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.
Droits de reproduction et de diffusion réservés.

Source L'Union du Cantal

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires