Un élevage éphémère à Paris pour qu’il soit durable en France

Sophie Giraud-Chatenet

Dix mille agriculteurs et 600 animaux ont marché sur Paris dimanche, pour dire combien la France est riche de son élevage, mais que ce trésor est actuellement menacé.

La circulation était compliquée dimanche, au cœur de la capitale. Et pour cause, tracteurs, animaux et éleveurs ont défilé entre Montparnasse et les Invalides. À l’appel du réseau FNSEA et JA, quelque 10 000 agriculteurs ont répondu présents pour une journée placée sous le signe de “l’élevage, cause nationale”. Parmi eux, une importante délégation venue des départements du Massif central, particulièrement touchés par les problèmes rencontrés actuellement par le secteur de l’élevage. Une quinzaine de cars sont arrivés en provenance de l’Auvergne et du Limousin : deux de Haute-Vienne, un de Corrèze, deux de la Creuse, un de l’Allier, deux du Puy-de-Dôme, deux de Haute-Loire et cinq du Cantal. Dès 10 heures, chaque délégation a pris place dans le cortège, aux côtés des animaux, dont des bovins venus du Cantal, de la Creuse et de l’Allier. Direction l’esplanade des Invalides. Au gré du défilé, on a vu fleurir des slogans - “Le redressement productif passe par l’élevage”, “Pas d’éleveurs sans revenu, “Un élevage qui ferme = sept emplois en moins”… - comme autant de messages pour démontrer que les éleveurs ont besoin de prix plus rémunérateurs et d’une Politique agricole commune plus équitable.

Un élevage éphémère à Paris pour qu’il soit durable en France

Engager le dialogue

Aux journalistes, qui ont été nom­breux à suivre cette journée, Xavier Beulin, président de la FNSEA, a expliqué : “L’agriculture est aujourd’hui menacée. L’équilibre entre tous ces territoires et ces systèmes de production n’est plus assuré.” En cause, une répartition déséquilibrée des marges. “Sur 100 euros de dépenses alimentaires, seuls 7,60 euros reviennent aux agriculteurs, le reste allant aux intermédiaires de la chaîne alimentaire.” Ce type d’informations, les agriculteurs n’ont pas manqué de les relayer aux Parisiens, plutôt attentifs à leurs revendications. Autour de stands régionaux, érigés sur l’esplanade des Invalides en fin de matinée, l’heure était à la dégustation et à la discussion. Démontrer au public que l’élevage est une chance pour l’économie et la gastronomie française, voilà l’objectif. Largement rempli, selon les témoignages des participants : “On a ressenti un soutien. Beaucoup de gens se sont dits heureux de discuter avec nous. J’ai le sentiment qu’ils nous comprennent mieux”, témoigne Pierre, un éleveur du Cantal. Entre deux tranches de saucissons, un morceau de viande grillé, de bleu d’Auvergne et un canon de Saint-Pourçain, les échanges se sont multipliés. Littéralement pris d’assaut par des citadins, visiblement en quête d’authenticité, les stands régionaux n’ont pas désempli jusqu’à plus de 18 heures. Après avoir fait déguster 230 kg de viande limousine, 150 kg de charcuterie et autant de fromages, le petit coin de Massif central s’est éclipsé, avec l’impression d’avoir tissé quelque chose de fort avec le public et d’avoir défendu l’avenir de leurs collègues restés “au pays” mais dont ils avaient l’entier soutien. Reste désormais à convaincre les pouvoirs publics de soutenir les producteurs dans leur bataille en faveur d’un meilleur équilibre des relations commerciales, mais aussi en défendant une Pac solide. Une rencontre est prévue entre Xavier Beulin et le Président de la République, début juillet.

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

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