“Un ou deux pourcents sur la misère ça fait pas grand-chose !”

Patricia OLIVIERI

Malgré des avancées obtenues depuis une dizaine d'années sur les pensions, la situation des retraités agricoles reste des plus précaires dans le Cantal.

La génération des agriculteurs qui a contribué aux Trente glorieuses est-elle vouée à rester celle des parias des retraites françaises jusqu'à ces derniers jours ? C'est la question qu'on était en droit de se poser cette année encore, le 23 septembre, au sortir du congrès de la section cantalienne des anciens exploitants qui se tenait à La Roquebrou. Car si le syndicalisme agricole est souvent accusé de crier au loup sans en avoir vu les crocs, les chiffres de la Mutualité sociale agricole (MSA) sont eux implacables : la moitié des anciens chefs d'exploitation de l'Hexagone bénéficie d'une retraite inférieure à 658 euros mensuels et pour la moitié des conjoint(e)s, la pension mensuellement versée ne dépasse pas 530 euros, tout compris, et ce dans l'hypothèse d'une carrière complète.

Même pas le minimum vieillesse

Une situation qu'a une nouvelle fois dénoncée la SDAE par la voix de son nouveau président départemental Géraud Fabre, qui a invité les “politiques parisiens” à venir vivre un mois durant avec un tel revenu en milieu rural. Ces chiffres, son collègue finistérien, Jean-Paul Bizien, élu en mars à la tête de la section nationale des anciens exploitants de la FNSEA et invité de ce congrès, les a mis en parallèle des 780 euros fixés pour le minimum vieillesse en 2012. On en est encore bien loin, loin aussi de l'objectif légal des 75 % du Smic (acté en 2002 par le Parlement), notamment dans le Cantal puisque jusqu'en 1990, les cotisations du régime des non salariés agricoles étaient basées sur les revenus cadastraux, dont les faibles niveaux en zone de montagne, ont conduit à de petites retraites. “Qu'on ne vous dise pas que vous n'avez pas cotisé, vous avez cotisé sur ce que la législation vous a demandé”, a abondé Albert Chandon, président du comité départemental de la MSA Auvergne, avant que ne soit présenté le contrat groupe Mutualia “complémentaire santé” négocié pour les adhérents des SDAE d'Auvergne. Certes, depuis le début de cette “guerre des retraites”, des batailles ont été gagnées, comme l'a rappelé le président de la SNAE : la durée minimum d'activité en tant que chef d'exploitation nécessaire pour l'accès aux mesures de majoration des plus faibles retraites est ainsi passée de 32,5 ans avant les années 2000 à 17,5 ans actuellement. “Sauf que cette condition n'existe pas dans le régime général”, a précisé le secrétaire de la SDAE, Jean Lacambre, qui demande, comme l'échelon national, sa suppression dans le cadre d'une pétition qui sera adressée au Président de la République (voir ci-contre).

Poids électoral

Autres acquis depuis la dernière décennie : l'institution d'une retraite complémentaire obligatoire (RCO), la mensualisation des retraites agricoles (en 2003 seulement), des mesures de revalorisation des retraites des “laissés pour compte” (notamment des femmes et conjoints), la suppression totale des minorations sur les revalorisations des petites retraites, la réversion de la RCO sur les points gratuits... Enfin, depuis cette année, le capital d'exploitation agricole et les bâtiments qui en sont indissociables sont exclus du recours sur succession pour les exploitants agricoles bénéficiant de l'Allocation de solidarité pour personnes âgées.

Sans vouloir minimiser la portée de ces mesures, Raoul Raynal, représentant des anciens exploitants de la région à l'APCA (chambres d'agriculture), n'a pas caché son exaspération : “Un ou deux pourcents sur la misère, ça fait toujours pas grand-chose, on nous amuse avec des pourcentages, des échéanciers, alors que dans le même temps, nos conditions de vie se dégradent très rapidement en milieu rural”, a-t-il une nouvelle fois alerté. Une préoccupation qui sera d'ailleurs l'objet d'un groupe de travail de la section cantalienne. Alors pourquoi ne pas avoir rejoint il y a un an le mouvement social contre la réforme des retraites ? “Parce que nous avons jugé un peu déplacé d'aller se joindre à des gens qui défendent des acquis alors que notre régime est le plus défavorisé”, a expliqué Chantal Cor, vice-présidente de la FDSEA. Il faudra donc trouver d'autres moyens de se faire entendre.

À bon entendeur...

Si la pétition lancée par la SNAE en est un, son président a reconnu qu'il faudrait aussi sans doute “taper plus fort du poing sur la table lors de nos rencontres avec les parlementaires”, comme lui a suggéré le conseiller général Michel Cabanes. “Je vous engage à être ferme dans les négociations. Dans huit mois, il y a les élections et nos hommes politiques et le Président de la République feraient bien de regarder comment votent les agriculteurs et les nombreux retraités agricoles...”, a lancé en conclusion Géraud Fabre. À bon entendeur...

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