Un parcours et un accompagnement à l’installation cousus main

Patricia OLIVIERI

En vigueur depuis un peu plus de trois ans, le nouveau parcours à l’installation en agriculture s’adapte aux projets et profil des candidats comme en témoigne Patrice Amilhaud.

Patrice Amilhaud entouré à gauche de Benoît Julhes et Benoît Aurière, à droite de Nicolas Bardy et de son père.

Saint-Clément, à quelques encablures du col de Curebourse, à 1 000 m d’altitude, ce vendredi 18 janvier, la neige est bien présente. C’est là que d’ici une dizaine de jours, Patrice Amilhaud devrait officiellement s’installer en se lançant dans la production de volailles fermières, c’est là aussi que les Jeunes Agriculteurs du Cantal ont choisi de tenir une conférence de presse pour faire le point sur leurs acquis, objectifs et attentes en faveur de l’installation. Un choix des plus appropriés pour illustrer le bien-fondé du parcours à l’installation remodelé il y a un peu plus de trois ans.

Un projet de diversification soigneusement préparé

À 26 ans, Patrice Amilhaud a déjà en effet derrière lui une expérience dans la production, mais dans le domaine industriel : pendant plus de trois ans, il a en effet été salarié du groupe Michelin à Troyes dans le secteur de la maintenance industrielle. Un parcours professionnel choisi qu’une réorganisation du site aubois a modifié. Le jeune homme s’engage alors dans une reconversion professionnelle avec en ligne de mire de s’associer en Gaec avec son père. Aiguillé par le Point info installation de la Chambre d’agriculture, il suit un BPREA financé par le Fongecif avec un stage dans un élevage lotois de canards gras qui va lui donner l’idée de sa future diversification. Car l’objectif de Patrice et de ses parents agriculteurs est bien celui d’apporter un complément de revenus sans trop augmenter les charges et encore moins les surfaces. Dans le cadre de son PPP, plan personnalisé de professionnalisation, il s’oriente vers quatre autres formations (financées par les pouvoirs publics) afin d’acquérir les compétences nécessaires à son futur atelier - céréales bio ; hygiène en laboratoire ; formation sociétés ; et aviculture (par correspondance) - ainsi qu’un stage dans une exploitation de Haute-Vienne associant veaux de lait et volailles festives et à rôtir. L’idéal pour Patrice dont l’atelier viendra compléter l’élevage d’une cinquantaine de mères limousines que conduisent en agriculture biologique son père, Jean-Baptiste, et sa mère, Isabelle, salariée. Ces vaches de réforme et veaux rosés sont abattus à Aurillac (Covial) puis transformés par le couple dans son laboratoire avant d’être commercialisés en caissettes de 5 à 10 kg auprès d’une clientèle du bassin aurillacois et quelques points de vente à Brive et Clermont-Ferrand. Le laboratoire va être agrandi pour permettre de transformer quelques vaches et veaux supplémentaires mais surtout les poulets, pintades et volailles de Noël de Patrice (2 000 par an). “L’avantage de cette diversification, c’est aussi que cette activité est amortie en moins de dix ans, et comme d’ici 10 à 15 ans mes parents seront à la retraite, j’ai fait en sorte de ne pas me surcharger ni en travail ni en amortissements sur le long terme”, expose Patrice. “C’est ce genre de profil qui nous a amenés à faire évoluer en 2010 le parcours à l’installation. Des jeunes qui ont déjà une expérience extérieure à valoriser mais aussi des attentes bien particulières”, explique Nicolas Bardy, membre du bureau des JA du Cantal et président des JA du Massif central. “On voit avec l’exemple de Patrice que les formations qu’il a suivies dans le cadre de son PPP sont vraiment adaptées à son projet, ce qui n’aurait pas été le cas avec l’ancien parcours”, ajoute Benoît Aurière, président des JA 15. “Les retours d’expériences sur ces trois premières années montrent que ce parcours personnalisé amène une vraie plus-value, plus de facilité aux jeunes pour l’exercice de leur futur métier, c’est un vrai gage de réussite”, relève pour sa part Benoît Julhes, vice-président des JA 15. C’est pourquoi le syndicat milite afin que cet accompagnement personnalisé à l’installation soit aujourd’hui ouvert et financé pour tout candidat à une installation qu’elle soit aidée ou non.

Un financement à revoir

De même, s’ils viennent d’obtenir un allègement des démarches administratives jusqu’alors exigées en cas d’avenant au projet de développement économique initialement élaboré par le jeune(1) revendiquent-ils une vaste simplification des procédures administratives. Autre combat qu’ils comptent voir aboutir, notamment dans le cadre des Assises à l’installation qui viennent d’être lancées par le ministère de l’Agriculture : celui d’une revalorisation du financement des installations et de leur accompagnement (Point info installation, mesures à destination des cédants, Répertoire départemental à l’installation...). “Le coût moyen des installations a doublé en dix ans alors que les financements n’ont pas bougé depuis les années 80”, soulignent les trois responsables. À cette revalorisation et optimisation du financement des outils d’accompagnement, ils entendent associer, au-delà de l’Europe et l’État, les collectivités et les filières. “Il y a deux points sur lesquels nous seront extrêmement vigilants, insistent-ils. Maintenir un socle national de financement avec une vraie cohérence de méthode quels que soient la région et le département où le jeune s’installe.” Un financement qui doit aussi être personnalisé : “Certains ont besoin davantage d’emprunts, d’autres de trésorerie,...” (1) Un enregistrement annuel réalisé par le jeune lui-même sur la base de ses résultats comptables suffit depuis le 1er janvier là où une procédure longue et payante était exigée.

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