Une entente unique des Départements sur ces maladies venues de la faune sauvage

Patricia OLIVIERI

Eliz. Derrière cet acronyme se cache l’un des spécialistes mondiaux des maladies animales transmissibles à l’homme. Une structure créée par les conseils généraux.

On lui doit d’avoir grandement contribué à l’éradication de la rage vulpine en France, les travaux les plus importants jamais conduits sur la planète sur une autre zoonose(1), l’échinococcose alvéolaire, et aujourd’hui un programme tout aussi ambitieux sur une maladie bactérienne en pleine ré-émergence ; la leptospirose. Une carte de visite enviée par les laboratoires et centres de recherche à l’étranger, qui tombent toujours de haut en apprenant que ce centre français ne compte que... quatre personnes ! Quatre personnes mais un réseau de partenaires qui fait la force d’Eliz, l’Entente de lutte interdépartementale contre les zoonoses, un établissement public de coopération interdépartementale créé en 1973 à l’initiative de plusieurs conseils généraux et qui rassemble aujourd’hui 45 d’entre eux dont celui du Cantal. C’est ce dernier qui a décidé jeudi dernier de mettre en lumière les travaux d’Eliz avec un éclairage plus spécifique sur la leptospirose délivré par le spécialiste international de cette épizootie, Angeli Kodjo.

Une entente unique des Départements sur ces maladies venues de la faune sauvage

Fossoyeur de la rage

“Nous avons eu l’idée de procéder à la vaccination des renards en adoptant une technique utilisée en Suisse, celle du largage d’appâts par hélicoptère mais en ne travaillant que sur le front de progression de la rage”, a expliqué Benoît Combes directeur d’Eliz aux élus et salariés du laboratoire départemental d’analyses (géré par le Département) en amont de la conférence du professeur Kodjo. Le processus a pris du temps mais en 1998, les deux derniers cas de rage vulpine étaient recensés dans l’Hexagone. Et de la rage à l’échinococcose alvéolaire, il n’y a qu’un pas, ces deux ma ladies ayant en commun d’avoir comme hôte le renard. Présente de façon endémique en Franche-Comté, Lorraine et sur l’îlot cantalien, cette maladie provoquée par un ténia est également véhiculée par les petits mammifères (réservoirs du parasite) qui ingèrent les œufs excrétés dans les crottes de renards, porteurs sains tout comme les chiens. Chaque année, une vingtaine de cas humains de cette maladie grave sont recensés en France (512 cas de 1982 à 2011). Les larves issus des œufs ingérés accidentellement s’enkystent dans le foie provoquant une atteinte hépatique cancéreuse. Depuis les années 90, le parasite a fait son apparition chez le renard très à l’Ouest et jusque dans le Parc de la Courneuve (Seine-Saint-Denis), comme l’a montré une vaste opération de cartographie conduite par Eliz. L’Entente a ainsi travaillé en lien avec l’université de Franche-Comté et l’Anses sur la moitié du territoire national, plus de 300 000 km2 quadrillés par petits carrés au sein desquels des renards ont été prélevés et analysés pour détecter la présence du parasite. Résultats : la zone endémique s’est avérée beaucoup plus étendue, au-delà des milieux riches en prairies auxquelles on la croyait inféodée. Ainsi, on la trouve en Beauce, dans le vignoble bourguignon... Par ailleurs, en 20 ans, sa prévalence s’est considérablement accrue sur son territoire historique : au début des années 90, on comptait un renard sur quatre contaminé dans le Doubs, en Franche-Comté, aujourd’hui on atteint un sur deux, voire dans certains secteurs trois sur quatre. Dans le Cantal, ce seuil atteint un peu plus de 10 % avec des renards principalement concernés dans le nord du département.

Vermifugez !

“Ce programme de cartographie a coûté plus d’un million d’euros, chaque conseil général a apporté une contribution d’environ 10 000 euros au-delà de sa cotation à Eliz, a précisé le directeur, se félicitant du rôle actif du Cantal sur ces dossiers. Mais à partir de ce constat, comment expliquer ces évolutions et endiguer cette expansion ? Deux programmes - l’un de vermifugation des renards conduit par l’Entente dans les secteurs périurbains d’Annemasse (74) et Pontarlier (25), l’autre de régulation de la population de renards autour de Nancy - ont montré que la vermifugation de cette espèce dans les zones endémiques était favorable à l’abaissement de la prévalence de l’échinococcose tandis que la mesure de régulation avait paradoxalement l’effet inverse : dans la zone où les renards ont été prélevés, leur nombre a eu tendance à croître avec une colonisation par des jeunes renards plus contaminés que les adultes. Eliz s’est enfin intéressée au rôle du chien en mobilisant tous les cabinets vétérinaires de plusieurs départements avec des analyses sur près de 1 500 chiens, dont 1 % se sont révélés porteurs du parasite. “Un pour cent, c’est peu mais quand on sait la proximité du chien avec son maître, s’il y a un message à retenir c’est qu’il faut vermifuger son animal domestique dans le Cantal pour éviter que son meilleur ami ne devienne son premier ennemi...”, a conclu Benoît Combes, insistant une nouvelle fois sur le rôle essentiel des partenaires pour ces recherches : laboratoires départementaux, GDS, fédérations de chasse, écoles vétérinaires, universités... Et en ajoutant : “L’État lorgne sur nos résultats mais ces derniers servent avant tout les populations des départements adhérents.”

(1) Maladie animale transmissible à l’homme.

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

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